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Affaire Geneviève Legay: le procureur de Nice se justifie en indiquant ne pas avoir voulu gêner Emmanuel Macron

Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, au palais de Justice de Nice, le 19 janvier 2017.

Le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, au palais de Justice de Nice, le 19 janvier 2017. - VALERY HACHE / AFP

D'après des informations du Monde, le magistrat a justifié ses déclarations, hâtives et fausses, sur la blessure de Geneviève Legay par son désir de ne pas se mettre en porte-à-faux avec les déclarations du président de la République.

Vivement critiqué pour sa gestion de l'affaire Geneviève Legay, cette manifestante de 73 ans blessée lors d'une manifestation des gilets jaunes, le procureur de Nice Jean-Michel Prêtre avait été convoqué par sa hiérarchie en avril pour s'expliquer. D'après des informations du quotidien Le Monde, le magistrat s'est dédouané de ses propos en expliquant ne pas avoir voulu se mettre en porte-à-faux avec Emmanuel Macron, qui avait indiqué à Nice-Matin que la retraitée n'avait "pas été en contact avec les forces de l’ordre". 

Conclusions hâtives

Il faut revenir au 23 mars dernier à Nice. Ce jour-là, une manifestation non autorisée de gilets jaunes à Nice est réprimée par les forces de l'ordre. Pendant la charge, Geneviève Legay est grièvement blessée à la tête puis hospitalisée. Une enquête préliminaire est ouverte pour déterminer les causes des blessures. Sans attendre les conclusions de cette dernière, le président de la République indique dans les colonnes de Nice-Matin:

"Je pense que quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci. Cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre."

Le même jour, le procureur de Nice tient une conférence de presse durant laquelle il déclare:

"Ce dont on est sûr, d'après l'analyse des images, c'est qu'elle n'a pas été touchée par les forces de sécurité, ni par un bouclier, ni par un homme."

Cette conclusion est tirée alors que Jean-Michel Prêtre reconnaît lui-même que "l'exploitation de toutes les images est en cours" et que tous les témoins n'ont pas encore été entendus. Quatre jours plus tard, le magistrat revient finalement sur sa version initiale lors d'une nouvelle conférence de presse au cours de laquelle il indique cette fois qu'il y a bien eu "un contact direct entre un membre des forces de l'ordre et madame Legay." 

Conflit d'intérêts ?

Devant son directeur des services judiciaires, le procureur de Nice a justifié cette première déclaration hâtive en indiquant ne pas avoir voulu avoir "des divergences trop importantes" avec Emmanuel Macron.

Une justification qui fait tiquer alors que d'autres "incongruités" entachent déjà l'enquête judiciaire. En avril, Mediapart avait dévoilé que la policière chargée de l'enquête n'était autre que la compagne du commissaire chargé des opérations lors de la manifestation des gilets jaunes.

Dépaysement de l'enquête

Soulignant que les enquêteurs en charge de l'enquête étaient bien en relation avec des policiers chargés du maintien de l'ordre le 23 mars, la Cour de cassation a décidé de dépayser l'affaire à Lyon le 9 juillet dernier.

"Attac France se réjouit de cette décision, qui devrait pouvoir enfin garantir un travail serein de la justice, sur cette affaire grave, qui ne concerne pas seulement les agissements d’un seul policier, mais aussi ceux de toute une chaîne de commandement", avait réagi dans un communiqué Attac, association où milite Geneviève Legay.

L'affaire Geneviève Legay intervient alors que le procureur de la République de Nice est également dans l'embarras dans d'autres dossiers, explique Le Monde. Son domicile a été perquisitionné par le Parquet national financier en décembre dernier dans le cadre d'une enquête pour trafic d'influence et corruption dans le cadre de la succession d'un célèbre palace de Nice, le Negresco.

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Esther Paolini