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Affaire Epstein: 28 ans après, "c'est compliqué de porter plainte", explique l'avocate d'une des victimes potentielles

Trois femmes se sont récemment manifestées auprès de la justice française afin de raconter les abus sexuels qu'elles auraient subis de la part de Jeffrey Epstein et de Jean-Luc Brunel. Elles espèrent ainsi libérer la parole et amener d'autres victimes à se manifester.

L’enquête française sur le scandale Epstein avance. Ouverte en août pour des soupçons de "viols" et d'"agressions sexuelles", elle se joint aux investigations américaines sur Jeffrey Epstein, poursuivi aux États-Unis avant son suicide en prison, en août. Dans l’Hexagone, les enquêteurs s'intéressent notamment au rôle joué par Jean-Luc Brunel, l'agent de mannequins français, proche de Jeffrey Epstein, et accusé de viols par plusieurs anciens top models.

Les témoignages de trois femmes, recueillis les 27 août, 3 et 9 septembre, ont précipité la mise en route de la machine judiciaire. A ces dates-là, deux Françaises et une Néerlandaise ont été entendues par les policiers de L'office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP). La Néerlandaise, âgée de 46 ans, raconte avoir rencontré Jean-Luc Brunel lors d’une soirée, en 1991.

"Etourdissements" et "black-out"

"Ils sont ensuite rentrés au domicile parisien de Jean-Luc Brunel qui lui a servi un verre. Rapidement, ma cliente explique avoir ressenti des étourdissements, puis c’est le black-out. Elle s’est réveillée le lendemain matin, nue, dans lit de Brunel", détaille ce mercredi soir sur notre plateau Me Anne-Claire Le Jeune, avocate de cette femme âgée de 18 ans au moment des faits qu’elle rapporte.

Dans un courrier adressé au procureur de la République de Paris, elle indique que plusieurs mannequins vivaient dans ce logement situé avenue Hoche, près des Champs-Élysée. Des réceptions y étaient organisées "quotidiennement" avec "de riches hommes d'affaires accompagnés de très jeunes filles".

Ce n’est pas la première fois que le nom du fondateur des agences de mannequins Karin Models et MC2 Model Management ressort. Aux Etats-Unis, l’une des principales plaignantes, Virginia Giuffre, avait affirmé avoir été forcée à avoir des rapports sexuels avec Jean-Luc Brunel. Deux femmes l'avaient également accusé d'avoir joué le rôle de rabatteur pour Jeffrey Epstein, amenant aux États-Unis des "jeunes filles" venues de milieux modestes en leur faisant miroiter des jobs dans le mannequinat.

Libérer la parole

Près de trente ans après les faits, trois femmes ont finalement accepté de prendre à leur tour la parole mais refusent toutefois de porter plainte.

"Leurs récits remontent aux années 80-90, or en matière de viol sur personne majeure, la prescription est de 20 ans. Les faits ne sont donc plus recevables devant la justice", explique Me Anne-Claire Le Jeune. Et d’ajouter: "Par ailleurs, dans ce genre d’affaire, c'est compliqué de porter plainte. Il est extrêmement difficile de parler, les victimes ont souvent un sentiment de honte et culpabilité. Beaucoup d’entre elles ont également peur pour leur carrière face à des hommes puissants avec un réseau étendu."

Le but de ces trois femmes est de donner le courage à d’autres victimes ou témoins de se manifester afin de libérer la parole autour de cette affaire.

"On peut penser qu’il existe d'autres victimes communes aux deux hommes, réagit l’avocate pénaliste. J’ai moi-même été en contact avec d’autres victimes mais qui ne souhaitent pas encore donner leur identité car elles ont encore peur des conséquences sur le plan personnel et professionnel."

Appel à témoins

De son côté, l’OCRVP a diffusé ce mercredi sur twitter un appel à "toute victime ou témoin" qui souhaiterait "contacter le service d'enquête" afin d'être entendu.

L'association Innocence en danger - qui dès le mois d'août avait appelé le parquet de Paris à ouvrir une enquête, et avait indiqué avoir reçu dix témoignages concernant des actes liés à l'affaire Epstein commis sur le sol français - s'est dite "ravie" de l'appel à témoin lancé par la justice qui entame, en France, un travail de fourmi pour faire la lumière sur ce scandale.

Ambre Lepoivre avec AFP