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Affaire Bettencourt: trois juges d'instruction saisis

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par Thierry Lévêque PARIS (Reuters) - Une information judiciaire contre "X" qualifiant les soupçons pesant sur l'UMP et Eric Woerth de "trafic...

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Une information judiciaire contre "X" qualifiant les soupçons pesant sur l'UMP et Eric Woerth de "trafic d'influence" et de "financement illicite de parti politique" est ouverte concernant l'héritière de L'Oreal Liliane Bettencourt.

Le procureur de Nanterre (Hauts-de-Seine) Philippe Courroye a obtempéré à l'ordre de son supérieur hiérarchique en ouvrant cette procédure qu'il refusait depuis six mois. La présidence du tribunal a désigné trois juges d'instruction indépendants, qui auront davantage de pouvoirs d'enquête que le parquet.

Pour la première fois, les soupçons pesant sur le ministre du Travail Eric Woerth, l'héritière de L'Oréal et son entourage sont qualifiés juridiquement, ce qui ne signifie pas que les faits sont avérés, mais ce qui précise la nature de l'affaire.

Le "trafic d'influence par une personne investie d'un mandat électif" concerne l'épisode où la police a établi qu'Eric Woerth était intervenu pour obtenir la Légion d'honneur pour Patrice de Maistre, gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt et lui a remis la décoration en 2008.

Auparavant, Patrice de Maistre avait embauché fin 2007 Florence Woerth pour 200.000 euros annuels et Patrice de Maistre a pourvu au financement légal de l'UMP avec l'argent de Liliane Bettencourt, a établi la police. Eric Woerth était alors ministre du Budget et trésorier de l'UMP.

Par ailleurs, la qualification de "financement illicite de parti politique ou de campagne électorale" est retenue concernant les allégations de l'ex-comptable de Liliane Bettencourt, Claire Thibout, qui a parlé d'une remise de 100.000 euros en espèces à Eric Woerth pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

LA FRAUDE FISCALE VISÉE

Le parquet retient aussi la qualification "d'escroquerie" au préjudice de Liliane Bettencourt concernant divers usages de sa fortune par son entourage, le "blanchiment" concernant la fraude fiscale, notamment la détention de comptes bancaires en Suisse et l'île d'Arros, aux Seychelles.

Tous les autres faits avérés ou supposés sont inclus dans le périmètre de ce dossier très important.

Il y a ainsi "l'atteinte à l'intimité de la vie privée" de la milliardaire commise lorsqu'elle a été enregistrée à son insu par un employé, le délit supposé de publication par la presse de ces conversations, la "dénonciation calomnieuse" qu'Eric Woerth impute à Claire Thibout.

Les "violences" psychologiques, les "escroqueries" et l'"abus de confiance" qu'aurait fait subir à la milliardaire une partie de son entourage sont aussi retenus.

L'information portera aussi sur des soupçons d'abus de biens sociaux à la société de Patrice de Maistre, Clymène.

Le parquet général de Versailles a déjà annoncé qu'il demanderait le "dépaysement", le transfert dans une autre juridiction, de cette procédure. Dès qu'elle sera officiellement saisie, la Cour de cassation aura huit jours pour statuer.

Sera également demandé le dépaysement de la procédure pour "abus de faiblesse" instruite séparément par la présidente du tribunal de Nanterre Isabelle Prévost-Desprez.

Philippe Courroye a défendu vendredi son travail et dans un entretien au Figaro, assurant que si on lui avait laissé les dossiers, il aurait achevé les procédures fin novembre.

Amer d'être dessaisi, il parle d'enquête "modèle" et énumère les 37 perquisitions et transports réalisés, les 950 procès-verbaux d'auditions et de constatations réalisés.

Parlant de "fantasmes", le magistrat a contesté toute orientation politique, malgré les liens d'amitié avec Nicolas Sarkozy, qu'il n'a jamais cachés. "Je n'ai aucune option politique et je n'ai jamais appartenu à aucun parti"

Me Olivier Metzner, avocat de Françoise Meyers, fille de Liliane Bettencourt, a salué le dessaisissement du procureur. "M. Courroye montre que lorsque la justice est remise entre les mains de l'accusation, il y a de graves dangers pour la démocratie", a-t-il dit sur LCI.

Edité par Patrick Vignal