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Affaire Benalla: l'ex-chargé de mission de l'Elysée estime avoir été piégé

Lors de sa garde à vue au mois de juillet dernier, Alexandre Benalla a fait part aux enquêteurs de ses interrogations quant à l'origine de la vidéo de la manifestation du 1er-Mai. Selon lui, tout aurait pu être orchestré.

Une affaire qui ne devrait rien au hasard. A l'inverse de son audition devant la commission du Sénat de ce mercredi où Alexandre Benalla dit se rendre pour éviter les poursuites judiciaires, lors de sa garde à vue, le 20 juillet dernier, l'ancien chargé de mission de l'Elysée a été plus prolixe. Dans le procès-verbal de cette audition par les policiers, que s'est procuré BFMTV, le jeune homme de 27 ans a émis ses interrogations et ses doutes concernant un piège qu'on aurait pu lui tendre ce fameux 1er mai.

"Cette vidéo est sortie sur les réseaux sociaux moins d’une heure après les faits. Elle a été virale, visionner des millions de fois entre le 1er et le 3 mai. Pourquoi mon identification n’est pas sortie à ce moment-là alors que j’étais déjà connu sur les réseaux d’extrême gauche comme l’homme de Macron", questionne Alexandre Benalla devant les enquêteurs de la police judiciaire de Paris le 20 juillet dernier.

"Beaucoup d'ennemis"

Lors de son interrogatoire, Alexandre Benalla évoque la vidéo publiée le 18 juillet par le journal Le Monde où on le voit maîtriser avec violence un jeune manifestant en marge de la manifestation parisienne du 1er-Mai place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement. Le point de départ de cette affaire politico-judiciaire qui porte son nom. Les responsables de la sécurité de l'Elysée mais aussi son secrétaire général, le directeur et le chef de cabinet ont tous été entendus par la commission d'enquête crée au Sénat pour travailler sur des possibles dysfonctionnements à la tête de l'Etat.

L'une des questions soulevées par les sénateurs est de savoir par qui a été invité, comme observateur, Alexandre Benalla lors de la manifestation du 1er mai. Qui lui a fourni casque, brassard police et radio? "A l’occasion de cette manifestation j’ai fait l’objet de toutes les attentions au moment de ma présence boulevard de l’Hôpital (photos, prise de vidéo mises en ligne ensuite) y compris place de la Contrescarpe", se rappelle devant les enquêteurs l'ancien chargé de mission de l'Elysée, mis en examen pour "violences en réunion" et "port public sans droit d’insignes réglementés" entre autre.

"Dans le cadre de mes fonctions, je me suis constitué beaucoup d’ennemis dans toutes les strates de la machine administrative et politique", soupçonne-t-il encore.

Atteindre Macron

Alexandre Benalla, âgé de 27 ans et titulaire d'un Master 1 de sécurité publique, a assuré la sécurité du candidat Emmanuel Macron. Une fois à l'Elysée, ce dernier a rappelé le jeune homme. Lors de la soirée victorieuse du 7 mai, il est le dernier à accompagner le président Macron sur la scène installée au Louvre. Celui qui traite d'égal à égal avec les officiers en charge de la sécurité de l'Elysée pilotait aussi un projet de fusion des différents services en charge de la sécurité du chef de l'Etat.

Outre ses inimitiés avec d'autres responsables, Alexandre Benalla a évoqué devant les policiers la possible volonté de certains de s'attaquer à son patron, Emmanuel Macron, alors au plus bas dans les sondages. "Je m’interroge sur le timing de la sortie et la rédaction de cet article à charge du Monde du 18 juillet, deux mois et demi après les faits qui me sont reprochés (…) en le sortant à ce moment précis, l’opportunité d’atteindre le président de la République en détruisant ce qui apparaître comme un maillon faible de son entourage était trop belle."

Une stratégie de défense que pourrait avancer Alexandre Benalla devant les sénateurs mais aussi devant les juges d'instruction devant lesquels il doit se rendre le 28 septembre. "C’est la première fois que l’on peut atteindre Emmanuel Macron et il y a beaucoup de gens qui se sont engouffrés dans cette brèche et il y a beaucoup de gens qui utilisent Alexandre Benalla comme la torpille à balancer à Emmanuel Macron", dénonçait vendredi sur BFMTV son avocat Me Lienard.
Sarah-Lou Cohen avec Justine Chevalier