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Accident de Brétigny: un avocat des familles dépose plainte pour "assassinats"

L'accident de Brétigny avait fait 7 morts le 12 juillet dernier.

L'accident de Brétigny avait fait 7 morts le 12 juillet dernier. - -

Deux mois après la catastrophe ferroviaire de Brétigny, un avocat des parties civiles dépose plainte pour "assassinats", convaincu d'être face à une affaire criminelle, bien au-delà du domaine de la négligence dans l'entretien des rails.

Nouvelle étape dans le combat pour la vérité que mènent discrètement les familles des victimes de l'accident de train de Brétignysur-Orge: Xavier-Philippe Gruwez, l'avocat de treize d'entre elles, dépose ce lundi une plainte pour "assassinats et tentatives de meurtres aggravés" à l'encontre de Réseau Ferré de France, auprès des juges d'instruction en charge du dossier.

Parmi la quarantaine d'anomalies détectées sur l'aiguillage, la clé de l'enquête se trouve probablement dans l'état de l'éclisse, cette pièce métallique d'une dizaine de kilos qui sert en quelque sorte à agrafer les rails. Le 12 juillet, c'est une éclisse qui s'est détachée des rails au passage du Paris-Limoges, pour aller s'encastrer dans l'aiguillage, provoquant le déraillement des wagons.

"Si l'expertise judiciaire en cours confirme nos craintes", explique Me Gruwez, "deux boulons manquaient sur l'éclisse avant qu'elle ne saute. Cela signifie que le sabotage est constitué, ce qui n'est pas un délit mais un crime puni de 15 ans de prison". Début septembre, il avait justement déposé une première plainte pour "sabotage en bande organisée".

"Il y a eu guet-apens"

L'avocat poursuit le raisonnement qui le conduit à déposer plainte pour assassinats: "Quand un crime [le supposé sabotage] précède un autre crime, on parle de meurtre aggravé. Ici, on a tendu un guet-apens, on parle donc de préméditation". Autrement dit d'assassinat.

Xavier-Philippe Gruwez évoque "l'homme du 4 juillet", à savoir le dernier employé de maintenance à avoir passé en revue l'aiguillage de Brétigny. Faut-il accréditer l'idée de l'erreur d'un homme, qui n'aurait pas détecté le mauvais état de l'éclisse? L'avocat en est convaincu: le technicien a forcément vu le problème, mais n'a rien fait. "Il y a eu une négligence grossière! Un homme n'a pas fait son travail, se contentant de rapporter un 'rien à signaler'."

En imaginant que l'enquête confirme cette piste, comment passer d'une "négligence" au meurtre avec préméditation? "On a assassiné des gens!" s'emporte Me Gruwez. "Il y a un acte volontaire: cette abstention [d'intervention sur l'éclisse] est criminelle.

La douleur silencieuse des familles

Cet avocat des parties civiles reconnaît que l'enquête avance correctement, et qu'elle est à la hauteur de la gravité des faits - 7 morts le 12 juillet dernier. "Il y a beaucoup de pressions [pour que l'enquête avance], de toutes parts".

Les familles, elles, sont "encore sous le choc" de la catastrophe, et attendent chaque jour les derniers développements de l'enquête. "Les indemnités, elles s'en fichent", témoigne Xavier-Philippe Gruwez. "Ce qu'elles veulent, c'est qu'on retrouve les personnes qui ont fait ça". Il appartient désormais aux enquêteurs de déterminer si l'on doit trouver des responsables... ou des coupables.

Alexandre Le Mer