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30 ans après les faits, l'"étrangleur" de Strasbourg devant la justice

Photo prise le 05 avril 2007 à Strasbourg de la salle d'audience de la cour d'assises du Bas-Rhin.

Photo prise le 05 avril 2007 à Strasbourg de la salle d'audience de la cour d'assises du Bas-Rhin. - Olivier Morin - AFP

Accusé d'avoir violé et étranglé en 1986 une fillette de 10 ans, puis d'avoir tué une adolescente de 17 ans, Nicolas Charbonnier, bientôt 54 ans, comparaît à partir de jeudi à Strasbourg.  Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.

Il a été trahi par ses empreintes après 27 années passées sans être inquiété. Un homme comparaît à partir de jeudi à Strasbourg pour des crimes commis en 1986: il est accusé d'avoir violé et étranglé une fillette de 10 ans, puis d'avoir tué une adolescente de 17 ans, après s'être introduit chez elles pendant la nuit.

Nicolas Charbonnier, qui aura 54 ans dans quelques semaines, n'en avait que 23 à l'époque des faits dont il est accusé. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité devant la cour d'assises du Bas-Rhin. Le verdict est attendu le 23 mars.

Trente ans plus tard, le témoignage des victimes ayant survécu à ces agressions comptera parmi les moments forts du procès de ce "cold case", résolu grâce à une empreinte de la paume de l'agresseur, laissée sur le lieu d'un de ses crimes.

Les enquêteurs s'étaient rendu compte en 2012 que cette empreinte, jusque là inexploitée, correspondait au profil de Nicolas Charbonnier, qui n'était alors connu de la justice que pour des vols mineurs. Il avait été interpellé en janvier 2013 à Bordeaux, où il vivait depuis les années 1990.

Des victimes ayant survécu viendront témoigner

Devant la police, l'ancien militaire a reconnu avoir étranglé avec une cordelette, puis violé la petite Marion V., 10 ans, qu'il avait surprise chez elle dans son sommeil, dans la nuit du 21 au 22 janvier 1986 à Strasbourg. L'agresseur avait quitté les lieux en abandonnant l'enfant inanimée. Mais celle-ci a survécu. Elle a aujourd'hui 40 ans et témoignera vendredi devant la cour d'assises.

"Forcément, elle est soulagée que ce procès ait enfin lieu", précise son avocat, Me Yannick Pheulpin. "Après toutes ces années, elle ne nourrissait plus beaucoup d'espoir" que son agresseur puisse être interpellé. "Depuis 30 ans, elle n'a pas eu une seule nuit sans cauchemar", a-t-il rapporté.

Deux semaines après les faits, l'agresseur avait revendiqué son crime en passant un coup de fil anonyme au père de Marion. "Est-ce que votre fille va bien, celle que j'ai violée la dernière fois?", avait-il demandé, en se présentant comme "Zorro". Sur l'enregistrement de cette brève conversation, dont dispose la justice, la voix de Nicolas Charbonnier a été formellement identifiée par un expert.

Certains faits sont aujourd'hui prescrits

L'autre crime reproché à l'accusé remonte au 17 mars 1986. Ce soir-là, un mystérieux agresseur s'introduit dans un appartement strasbourgeois où vivent deux soeurs étudiantes, âgées de 17 et 18 ans. Il surprend d'abord dans son sommeil et tue par strangulation la plus jeune, Martine R., puis tente de tuer sa soeur aînée, Patricia. Mais celle-ci crie et il prend la fuite.

Trente ans plus tard, Patricia R., 48 ans, viendra témoigner au procès du meurtrier présumé de sa soeur. L'accusé ne sera cependant pas poursuivi pour avoir tenté de la tuer elle aussi, car ces faits sont aujourd'hui prescrits.

Pour les mêmes raisons, Nicolas Charbonnier ne devra pas répondre des agressions nocturnes commises sur deux étudiantes, en octobre 1985 puis en novembre 1986. Il nie la première, a reconnu la deuxième, mais les deux sont prescrites.

"Toute la difficulté dans ce dossier", estime l'avocat de la défense, Me Eric Braun, "c'est de savoir comment juger, 30 ans après, un individu qui n'est plus du tout le même". Pendant ces 27 années, l'ancien soldat - dont le père était officier supérieur - a "quasiment toujours travaillé, en exerçant différents boulots", comme manoeuvre ou agent de surveillance, et "a toujours été inséré" socialement. Il a également vécu longtemps en couple et a une fille de 10 ans, détaille l'avocat.

La prescription des crimes en droit français est en principe de 10 ans, ce qui, dans ce dossier, aurait dû conduire à l'extinction de l'action publique en 2007, 10 ans après un non-lieu. Mais une loi de 2004 a porté ce délai à 20 ans pour certains crimes commis sur des mineurs, ce qui a rendu ce procès possible.

V.R. avec AFP