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Élection de Miss France: pourquoi le concours Mister France est-il si méconnu?

Les candidats de l'élection Mister France 2015

Les candidats de l'élection Mister France 2015 - DR Hugo Events

Retour sur l'histoire tortueuse de Mister France, l'équivalent masculin du concours de beauté national, qui peine à s'imposer tandis que la version féminine continue de cartonner.

Chaque année, ils sont au moins 7 millions de téléspectateurs à se brancher sur TF1 pour assister à l'élection de Miss France. L'édition 2020, retransmise demain soir en direct du Dôme de Marseille, ne fera probablement pas exception. Mais remplacez les poitrines rebondies par des pectoraux saillants et tous les téléviseurs s'éteignent.

Le concours Mister France, complètement indépendant de Miss France, peine à s'imposer dans le paysage médiatique depuis 20 ans. Rarement diffusée, parfois annulée, l'élection du plus bel homme de l'Hexagone souffre d'une confidentialité étrangère à son pendant féminin. Retour sur l'histoire tumultueuse de ce concours de beauté, alors qu'un nouveau Mister France sera élu le 11 janvier prochain au Palais des Glaces de Paris.

Succession de présidents

Depuis 2001, pas moins de quatre propriétaires se sont succédé à la tête de la marque Mister France. François Deixonne, actuel président, l'a rachetée au début de l'année à la société Hightop Studio. Pour lui, ces nombreux changements de direction constituent "un des éléments qui ont empêché le concours de se développer": "Il fallait trouver quelqu’un qui a les épaules, il faut avoir une vision du concours", estime-t-il auprès de BFMTV.com. 

Cet ancien communicant montpelliérain a travaillé pendant plusieurs années comme délégué régional pour le concours Mister France en parallèle de son travail. Il a décidé de reprendre les rênes à la fin de sa carrière. "Je reste persuadé qu'il y a la place pour un vrai et beau concours masculin en France, le pendant de Miss France", explique-t-il.

Médiatisation timide

Les registres remontent jusqu'en 2001. Cette année-là, c'est Francis Gillain, Mister Paris, qui remporte le titre à l'âge de 23 ans. L'émission n'est pas diffusée mais attise les curiosités; quelques mois plus tard, Mister France est reçu par Laurent Ruquier sur France 2, dans l'émission On a tout essayé

Francis Gillain, Mister France 2001, le 6 novembre 2001 sur France 2
Francis Gillain, Mister France 2001, le 6 novembre 2001 sur France 2 © Capture d'écran YouTube - On a tout essayé

Deux ans plus tard, la consécration arrive et semble annoncer des heures glorieuses: l'élection de Mister France 2003 reçoit le même traitement que la version féminine en étant diffusée sur TF1, en prime-time et en direct. La soirée est présentée par Laurence Boccolini, figure du PAF, et réunit 5 millions de téléspectateurs, selon François Deixonne. 

"Ça aurait dû être le point d'orgue, on était persuadé de devenir moins confidentiels", regrette-t-il. Car il n'y aura pas de second rendez-vous. L'année suivante, le concours n'est même pas organisé.

Migration sur la TNT

Selon François Deixonne, la collaboration entre le concours et TF1 a tourné court à cause de "différends" entre la propriétaire de Mister France de l'époque et la société qui produisait le show pour la Une. Il pointe également du doigt un "budget dérisoire" par rapport à celui qui est alloué au concours Miss France, et qui rend chaque année difficile l'organisation de l'élection.

À la fin des années 2010, la finale est diffusée à deux reprises sur NRJ12, avec Clara Morgane à la tête du jury. Sans vraiment affoler les audiences. "Le concours n'est pas parvenu à davantage d'envergure, médiatiquement parlant." La marque est alors rachetée par la maison d'édition Hugo & Cie... et aucune finale ne sera organisée de 2012 à 2014. 

"On voulait remettre la marque à plat", nous explique Sophie Charlotte Orlowska, présidente du comité après le rachat. "On a changé le comité, la façon de recruter les candidats, et ça a pris trois ans. Après ça, nous avons repris les élections."

"On voulait des finales télévisées, mais c'est compliqué"

Celle qui se qualifie en riant de "Madame de Fontenay des Mister France" se rappelle d'une expérience "exceptionnelle" et de "rencontres formidables", mais aussi d'obstacles pour faire évoluer la marque. "On avait des ambitions qu'on n'a pas forcément réussi à réaliser. On voulait des finales télévisées, mais c'était compliqué. Je pense que les chaînes n'en ont pas encore l'envie; ils étaient tous un peu inquiets au sujet des audiences que ça pouvait générer."

Pourquoi tant de réticences de la part des diffuseurs à retransmettre un concours de beauté masculin quand la version féminine cartonne? Sophie Charlotte Orlowska se souvient d'une conversation avec un producteur: 

"Il m'avait expliqué que Miss France est un programme mixte: les femmes aiment le regarder et les hommes apprécient de voir des jolies femmes sur leurs écrans. Alors que Mister France, les femmes aiment beaucoup mais les hommes sont jaloux de voir leurs compagnes en regarder d'autres à la télévision."

Personne depuis 2017

"C'est toujours un peu dommage que ça n'ait pas réussi à exploser comme on voulait", poursuit-elle. "Si on parle d'une société paritaire, où l'homme a le droit d'utiliser des produits de beauté, d'être plus coquet... Il y a une connotation péjorative pour les garçons qui veulent faire Mister France. Ce n'est pas valorisant."

Des observations dont elle tire, malgré tout, une conclusion optimiste: "Il y a quelques années, être Miss France n'était pas très bien vu non plus, alors qu'aujourd'hui on leur donne leur chance. Je pense qu'il y a encore du travail à faire avec Mister France."

Finalement, en 2017, Hugo & Cie revend la marque. "Ce n'était pas forcément notre ADN en tant que maison d'édition, et c'est un métier qui demande beaucoup de temps". Suivent deux nouvelles années blanches. À ce jour, le dernier Mister France élu est Eloy Pechier, le tenant du titre en 2017. 

Une histoire en zigzag, des rôles hommes/femmes encore très définis... et, aussi, une désolidarisation assumée du côté de Miss France. Sophie Charlotte Orlowska se rappelle d'une année où Laurent Ruquier avait souhaité recevoir Miss et Mister France ensemble dans l'une de ses émissions. "Sylvie Tellier (directrice générale de l'organisation Miss France, ndlr) avait refusé", assure-t-elle. "Elle ne voulait pas y être associée. Alors Laurent Ruquier a choisi de recevoir Miss France." 

Une anecdote confirmée par Endemol Shine France, dont Miss France Organisation est une filiale: 

"Sylvie Tellier avait demandé que ce soit deux plateaux séparés, car ce sont deux concours qui appartiennent à deux organisations différentes et elle ne voulait pas qu'il y ait d'amalgame dans la tête du public", nous explique-t-on, avant d'assurer: "Elle est ravie que le concours existe et elle leur souhaite beaucoup de succès."

Pléthore de Misters

Mister France doit également composer avec de nouveaux rivaux: en 2017 apparaît le concours Mister Universel France, équivalent masculin du concours Belle de France, qui vient s'ajouter à d'autres élections comme Mister Chic France ou Modèle Élégance France. Mais ces compétitions ne tiennent pas la concurrence, selon François Deixonne: "Il existe d'autres concours, mais ils sont beaucoup plus confidentiels et beaucoup moins structurés, ils ne polluent pas du tout le nôtre". Mister National, créé en 2000, a disparu depuis 2017. 

Et l'édition 2020 de Mister France se présente sous des auspices encourageants: "Les billets se sont vendus en 15 jours, il y avait 350 personnes pour l'élection régionale en Bretagne, 700 à 800 personnes à Perpignan. Les gens me le disent lors de ces événements; il y a une vraie demande pour un concours national", s'enthousiasme François Deixonne, qui espère voir son concours devenir "le pendant de Miss France d'ici trois ou quatre ans. Il y a la place, en France, pour un concours masculin de qualité". Pour la finale, le président annonce plusieurs défilés, des tableaux et un numéro musical de Casanova, candidat de The Voice. Surtout, les candidats continuent d'affluer: le 11 janvier, ils seront 28 jeunes hommes, entre 18 et 28 ans, à tenter de décrocher le titre de plus bel homme de l'Hexagone. 

Benjamin Pierret