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Blanche Gardin, enfin dans la lumière

Blanche Gardin, le 28 mai 2018 sur la scène des Molières.

Blanche Gardin, le 28 mai 2018 sur la scène des Molières. - Geoffroy Van der Hasselt - AFP

C8 diffusait mercredi soir à 21h00 l'avant-dernier spectacle de Blanche Gardin, Je parle toute seule.

D'où vient cette impression qu'on la découvre seulement maintenant, alors qu'elle est dans le paysage humoristique français depuis plus de dix ans? Non seulement Blanche Gardin n'est pas un perdreau de l'année, elle a 41 ans, mais elle a une quinzaine de films à son actif, des scénarios, des rôles dans des séries et des téléfilms, et trois one (wo)man shows. L'avant-dernier, Je parle toute seule était diffusé mercredi soir sur C8. Et Blanche Gardin est actuellement sur la scène de l'Européen à Paris, avec Bonne nuit, Blanche.

Deux cérémonies cette année ont offert un coup de projecteur à son humour décalé et grinçant. La révélant à un public qui ne la connaissait peut-être pas. D'abord il y a eu les César. Pin's Louis C.K. épinglé à la robe, Blanche Gardin a remis le prix du "Meilleur espoir féminin", se réjouissant que "les producteurs n'[aient] plus le droit de violer les actrices". "Par contre il y a quelque chose qu'il va falloir clarifier assez vite, est-ce que nous on a encore le droit de coucher pour avoir le rôle", avait-t-elle enchaîné devant une salle mi-effondrée de rire, mi-effondrée tout court.

Les César n'étaient qu'une petite mise en jambe pour l'humoriste, qui s'est de nouveau illustrée sur la scène des Molières, en mai dernier, se remettant à elle-même "le Molière de la discrimination positive et de l'humour". Et de relever, devant une salle conquise: "Je suis la seule femme nommée, l'année de l'affaire Weinstein... Ca c'est tout moi, l'année où j'ai un prix, il n'a aucune valeur".

"Cette belle angoisse de mort"

Tout sourit pourtant à cette névrosée chronique qui a, au passage, remercié ses parents "qui [lui] ont transmis cette belle angoisse de mort, si indispensable à tout humoriste qui se respecte", et sa psy " qui a réussi à préserver ce fragile équilibre de thérapie qui à la fois me fait me sentir vraiment mieux au quotidien et à la fois fait que je garde quand même des névroses assez intactes, pour pouvoir écrire de blagues".

Des blagues ultra grinçantes et interdites aux moins de 12 ans, qu'elle égrène avec un air candide, dans ses trois derniers spectacles, Il faut que je vous parle (en 2015), Je parle toute seule (en 2017), et Bonne nuit, Blanche, qu'elle joue actuellement.

Cyril Hanouna, la quarantaine chez les femmes, la pédophilie, le célibat, la sodomie... tout passe à la moulinette de Blanche Gardin. On rit tantôt à gorge déployée, tantôt en se demandant si on fait bien de rire. Parce qu'elle sait à merveille appuyer là où ça fait mal, Blanche, et se promener sur la corde raide du mauvais goût.

Mais c'est sur scène qu'elle fait mouche, et sur les réseaux sociaux. La séquence des Molière a ainsi été vue 2,8 millions de fois sur Youtube. Son sketch sur la télévision (qui rend con) et les réfugiés climatiques, sommet de cynisme, enregistré sur la scène de Montreux a été vue plus de 3 millions de fois.

C'est d'ailleurs sur scène que tout a commencé pour elle, au Jamel Comedy Club, en 2006. Pendant trois ans, elle y côtoie Thomas Ngijol et Fabrice Eboué, avec qui elle écrit le scénario du Crocodile du Botswanga (avec Thomas Ngijol), sorti en 2014.

Dépressive et complexée

Zadiste féministe dans Problemos, fable potache et cruelle qu'elle a co-scénarisée en 2017 avec Eric Judor, elle entonne "J'aime mes règles" et est mère de "l'enfant" ("non, je ne lui ai pas collé une étiquette sur le front à la naissance"). On l'a vue également dans Adopte un veuf en 2016, dans la comédie diffusée sur Netflix, Je ne suis pas un homme facile, sur un monde où les rôles sont inversés entre les hommes et les femmes.

Certains l'ont aussi découverte dès 2012 dans la série déjantée de Canal+, Workingirls. Plus vraie que nature dans le rôle d'Hélène, salariée dépressive, asociale et complexée, jamais très loin de la folie.

Une chose est sûre, désormais Blanche Gardin ne parle plus seule.

Magali Rangin