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Marianne, série d'horreur française signée Netflix, festival de formules éculées

Victoire Du Blois dans "Marianne"

Victoire Du Blois dans "Marianne" - Emmanuel Guimier - Netflix

Première série d'épouvante made in France de la plateforme, Marianne se perd en reprenant tous les codes du cinéma américain.

L'heure de la diversification dans l'urgence a sonné. Alors que les projets de nouvelles plateformes de VOD se multiplient, menaçant le quasi-monopole de Netflix sur le marché, le géant du streaming propose une offre toujours plus variée. Les productions originales françaises, particulièrement, foisonnent: après l'anticipation (Osmosis), la comédie romantique (Plan Coeur) et l'humour (Family Business), Netflix s'essaye à l'horreur avec Marianne, série en huit épisodes mise en ligne vendredi 13 septembre. 

Si l'unique objectif était de faire peur, alors la série remplit sa part du marché: le programme créé par Samuel Bodin vous glacera parfois, et quelques jump scares (séquences destinées à faire sursauter le spectateur) vous obligeront à regarder par-dessus votre épaule. Mais si le téléspectateur comptait être surpris, qu'il passe son chemin: Marianne est un concentré de ce que les amateurs d'épouvante connaissent déjà par coeur. Les ressorts éculés sentent le réchauffé, les dialogues sonnent parfois faux et l'ensemble laisse l'impression d'une resucée divertissante mais vite oubliable. 

La Bretagne américaine

Le pitch de départ est digne des meilleurs épisodes de Chair de poule: une auteure d'ouvrages horrifiques voit les créatures de ses romans prendre vie. Emma Larsimon, campée par Victoire du Blois, décide alors de retourner dans sa Bretagne natale accompagnée de son assistante (Lucie Boujenah) pour tenter de combattre ces démons, fantomatiques comme familiaux. 

Dès les premières images on sourit devant l'inutile américanisation du programme. La commune où se situe l'intrigue s'appelle Elden, un nom pas franchement franchouillard, et l'auteure écrit sur une héroïne baptisée Lizzie Larck, qui évolue dans la ville fictive d'Harrow Bay. Tout cela ne sent pas la crêpe au sucre mais la suite nous prouvera que nous ne sommes pas à une incohérence près (seuls quelques détails du premier épisode seront révélés dans les lignes qui suivent).

Comme un goût de déjà vu

Très vite, le décor est planté. Bien sûr, la maison hantée affiche des volets cassés et on entend les corbeaux croasser dès qu'on gare la voiture. À l'intérieur, le papier peint est sombre, l'oiseau en cage s'excite et la radio diffuse une musique joviale des années 1930 (qui n'est pas sans rappeler celle d'Insidious, sorti en 2010). 

L'inquiétante vieille femme qui habite la maison urine dans son fauteuil face aux deux personnages principaux... sans surprendre grand monde: l'actrice Mireille Herbstmeyer est absolument terrifiante et l'image pourrait être saisissante, si la petite fille possédée de L'Exorciste n'avait pas fait exactement la même chose en 1974.

Les hommages au cinéma d'horreur américain se multiplient tout au long du premier épisode. Notamment lorsque la malheureuse assistante, cachée dans l'escalier, aperçoit la mère de l'héroïne se promener entièrement nue en vomissant sur le sol. Soit exactement la même crise de somnambulisme que la grand-mère de The Visit (M. Night Shyamalan, 2015), surprise par ses petits-enfants. Cachés, eux aussi, dans l'escalier.

De l'horreur à l'humour

Outre ces similitudes, le programme souffre de quelques répliques d'une absurdité quasi comique, qu’on dirait taillées pour que le téléspectateur n’y croie surtout pas. Lorsqu'une ancienne camarade de collège visiblement perturbée lui remet un sachet contenant des cheveux et des dents, et qu'elle trouve un sachet identique pendu à la porte d'entrée de chez ses parents, Emma Larsimon inspecte ledit sachet avec circonspection en murmurant "Mais qu'est-ce que c'est que cette merde?". (Et notons, au passage, que l'héroïne du Projet Blair Witch trouvait un sachet au contenu identique dans le long-métrage culte sorti il y a 20 ans.)

Beaucoup de ces longs-métrages sont cités comme sources d'inspiration par Samuel Bodin dans les colonnes Première. Difficile, voire impossible, de se défaire de l'influence de tels classiques lorsqu'on s'attaque au genre. Mais l'effet de surprise n'en est pas moins altéré. 

Le casting à la rescousse

Côté scénario, Marianne hésite entre horreur pure et parenthèses comiques. L'humour, souvent utilisé comme soupape de décompression dans le cinéma d'horreur (Scream), se mêle ici difficilement avec l'intrigue globale. 

Heureusement les acteurs, tous convaincants, réussissent à donner du relief à un ensemble un peu plat. On peut également saluer la réalisation, impeccable, preuve que Netflix accorde à ses productions françaises le même soin qu'à ses fleurons américains. Mais en traversant l'Atlantique, la plateforme perd le goût du risque et du neuf qui a fait d'elle une référence dans la fiction internationale. Le géant du streaming vendait Marianne comme "la série que vous ne voudrez pas regarder seul"; libre à vous de forcer quelqu'un à vous tenir compagnie. 

Benjamin Pierret