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"Bridgerton": les costumes de la série sont-ils fidèles aux tenues de l'époque?

La série "Bridgerton"

La série "Bridgerton" - Netflix

Les spectateurs ont été conquis par la première saison de Bridgerton, son histoire d'amour et ses scandales, mais aussi ses costumes. Des tenues d'époque, mais avec une touche de modernité.

Romance, scandales, sexe, et tubes pop revisités au violon: Bridgerton, série historique sortie le 25 décembre dernier, fait un carton sur Netflix. Adaptée des romans de l'auteure américaine Julia Quinn, elle a réalisé le 5e meilleur lancement pour une série originale depuis la création de la plateforme.

La première saison de Bridgerton, sorte de Gossip Girl à la sauce 19e siècle, se déroule en 1813 dans l'Angleterre pré-victorienne de la Régence. On y suit les aventures de deux familles de la haute-société britannique à la recherche de bons partis pour leurs filles enfin en âge de se marier: les Bridgerton, des aristocrates, et les Featherington, des nouveaux riches.

Le contraire de Jane Austen

Au fil des huit épisodes d'environ une heure chacun, le spectateur en prend plein les mirettes: les maisons et châteaux sont somptueux, le casting plutôt agréable à regarder (Regé-Jean Page, qui incarne le duc de Hastings, est la nouvelle coqueluche des internautes), et les costumes grandioses. On ne peut toutefois pas s'empêcher de se demander: les gens s'habillaient-ils vraiment comme ça, à cette époque?

La série "Bridgerton"
La série "Bridgerton" © Netflix

Ellen Mirojnick, costumière de la série, a imaginé les tenues avec une ligne directrice bien précise: "Notre intention était de faire tout le contraire de Jane Austen, les costumes devaient avoir une dimension de folie des grandeurs", raconte-t-elle au Hollywood Reporter, précisant que les romans de Jane Austen proposent, eux, "la meilleure description de la mode de 1813 et de la réalité". Elle a donc créé des tenues à la coupe fidèle aux modèles de cette année, mais en exagérant certains aspects, en s'amusant avec les couleurs, et en y ajoutant des détails plus modernes. "Tout ce dont j'avais besoin, c'était de la forme initiale, pour ensuite m'amuser", ajoute-t-elle.

"Shonda [Rhimes, productrice de la série NDLR] a une esthétique bien particulière. Quand vous pensez à ses séries, qu'elles soient historiques ou modernes, elles sont toutes très mode, chacune à leur façon. Tout est inspirant, tout doit être beau et luxueux à sa manière", décrit la styliste. "Elle aime les beaux décors, les beaux vêtements, les costumes, les gens beaux. Que les personnages soient bons ou mauvais, scandaleux ou coquins, cela n’a pas d’importance. Mais tout doit avoir l’air désirable et savoureux".

Inspiration Dior et Chanel

Pour créer ses costumes, Ellen Mirojnick a exploré plusieurs périodes du 20e siècle, piochant des idées dans la Haute Couture des années 1950 et 1960, et ajoutant des touches modernes de défilés très récents.

"Par exemple, il y a eu une manière précise d'utiliser les broderies sur un défilé de Chanel du printemps, je crois que c’était en 2017 ou en 2018, et j'en suis tombée amoureuse", confie Ellen Mirojnick. "Il y avait aussi une coupe d’une robe Dior de la fin des années 1940 que j’ai vue au Victoria and Albert Museum, qui était sublime, et dont j’ai utilisé un élément".
La série "Bridgerton"
La série "Bridgerton" © Netflix

La costumière s'est aussi autorisé quelques libertés en réinterprétant la fameuse silhouette de l'époque, dont le corsage court s'arrête sous la poitrine afin de donner une impression de taille très haute - ce que l'on appelait en France le style Empire - en l'affinant, afin de mettre encore plus en valeur le haut du corps.

Le corsetier de Kim Karsashian et Victoria Beckham

Seule la reine Charlotte (et ses sujets) arbore un look inspiré de la fin du 18e siècle et non du début du 19e - et peut-être encore plus excentrique que ceux de tous les autres personnages de la série. Ainsi, ses manches sont longues, la taille plus basse et marquée, les robes structurées par des jupons volumineux, les ornements très voyants et clinquants, les perruques XXL.

"Elle représente le summum de l'esthétique Bridgerton", estime Ellen Mirojnick. "La vraie Reine Charlotte [véritable personnage historique, NDLR] n’avait jamais changé sa silhouette depuis le 18e siècle. Nous avons donc repris la forme de ses robes, et joué avec les couleurs. Nous avons fait de beaux mélanges de tissus différents, de couleurs différentes. Nous avons aussi joué sur la conception de ses coiffures. On a changé la couleur de ses cheveux, la taille de ses perruques, la forme. Tout était orné de détails, c'était sublime".
La série "Bridgerton"
La série "Bridgerton" © Netflix

Une équipe de 230 personnes s'est chargée de fabriquer chaque vêtement et accessoire de la série (près de 7500 pièces en tout), à la main - aucune pièce d'époque n'a été louée ni achetée. "Nous avions quatre tailleurs, un corsetier, un service de broderies, des cordonniers, des bijoutiers, des chapeliers...", énumère Ellen Mirojnick.

Le célèbre Mister Pearl est derrière les fameux corsets. Corsetier moderne, collaborateur de Christian Lacroix, John Galliano, Vivienne Westwood ou encore Thierry Mugler, il est l'homme derrière le corset de mariage de Victoria Beckham, ou encore celui porté par Kim Kardashian au Met Gala de 2019. Difficile de faire plus contemporain.

De l'importance des couleurs et des matières

"On a introduit une palette de couleurs modernes, tout en collant aux fondamentaux de la silhouette de 1813", indique au sujets des couleurs Ellen Mirojnick, dans un making-off de la série.

Pour souligner l'opposition entre les Bridgerton et des Featherington, elle a marqué le contraste grâce à leurs habits. Ainsi, les très respectables Bridgerton sont habillés dans une palette de couleurs froides, avec plusieurs teintes de bleu et de gris, du vert d'eau ou du rose pastel presque blanc. A l'inverse, les Featherington portent du jaune vif, du orange, du violet, du vert acidulé et des motifs imposants.

Les soeurs de la famille Featherington dans la série "Bridgerton"
Les soeurs de la famille Featherington dans la série "Bridgerton" © Netflix

"Les Featheringtons sont des nouveaux riches, ils ne sont pas éduqués de la même façon que les Bridgerton. Ils veulent être remarqués, ils veulent être acceptés", commente la costumière dans The Cut. "Dans les romans, les femmes de cette famille sont décrites comme étant ringardes, mal habillées, laides, dans des teintes acides... Moi je ne les trouve pas moches, je les trouves amusantes. Les habiller était comme décorer un gâteau. C’était si doux, si amusant et si audacieux!".

Les hommes, ces dandys

En ce qui concerne les hommes de la série, ils apparaissent habillés d'un costume trois pièces plutôt moderne, composé d'une redingote, d'une chemise et d'un veston. En guise d'accessoires, ils portent au cou un noeud lavallière ou une cravate nouée.

"En 1813, les hommes étaient des dandys", rappelle Ellen Mirojnick. "Nous avons pris tous les éléments du style de l'époque, et nous en avons changé la palette de couleurs, avons changé les motifs, ajouté une fleur au cou, ou changé la forme d'un col, d'un noeud...".
La série "Bridgerton"
La série "Bridgerton" © Netflix

La personnalité du duc de Hastings, célibataire convoité qui a fait le serment de ne jamais se marier, se retrouve dans des détails subtils sur ses habits. Sa garde-robe comporte des vestes en velours, des gilets ornés de fils d'or, des pointes de rouge...

"Il a parcouru le monde et vient tout juste de revenir à Londres, il apporte avec lui une autre sensibilité", analyse la costumière dans L'Officiel USA. "Sa palette sombre et mature contraste avec les pièces plus douces de Daphné, cela illustre la dynamique de leur relation".

Pas de volonté d'être "100% précis" sur les costumes

Les libertés prises dans les costumes ont fait lever quelques sourcils du côté des historiens de la mode - sur Youtube ou encore Twitter, ils sont plusieurs à avoir questionné les choix d'Ellen Mirojnick (voire à crier au scandale). Interrogée à ce sujet par Slate, la costumière dit ne pas avoir fait appel à un spécialiste pour la création des tenues. Et être parfaitement consciente d'en avoir offusqué plus d'un.

"Je suis sûre qu'ils ont envie de me tuer. Ils peuvent. Mais c’est comme ça. Si vous pouviez plonger dans une histoire d’amour romantique comme si vous en étiez le lecteur, allez-vous être historien, ou allez-vous utiliser votre imagination? C’est le point de vue que nous vons choisi d'adopter, à savoir que nous ne sommes pas des historiens", répond-elle.

La styliste estime s'être mis au service du showrunner Chris Van Dusen et de sa vision créative. "C'est le plus important pour moi. Ce n'était pas du tout notre objectif d’être à 100% précis sur l'époque", résume-t-elle.

Nawal Bonnefoy