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Ad Vitam: la nouvelle série d'anticipation d'Arte explore l'immortalité

Yvan Attal dans Ad Vitam

Yvan Attal dans Ad Vitam - Copyright Ivan Mathie / Kelija

Cette nouvelle série de Thomas Cailley, le réalisateur césarisé des Combattants (2014), imagine une société où les individus ne meurent plus.

Ambitieuse série d'anticipation diffusée sur Arte à partir de ce jeudi soir, Ad Vitam est la nouvelle création de Thomas Cailley, le réalisateur césarisé des Combattants (2014).

L'histoire se déroule dans une société où les êtres humains ont trouvé un moyen de régénérer leurs cellules. Si la majorité de la popularité embrasse ce nouveau mode de vie, qui permet d'accéder à l'immortalité, un partie de la société s'insurge. Après le suicide de plusieurs mineurs, Darius, un policier de 120 ans incarné par Yvan Attal, mène l'enquête avec Christa (Garance Marillier), une jeune femme internée pour avoir attenté à ses jours.

Empruntant la forme d'un polar rétro-futuriste, Ad Vitam s'inscrit dans la tradition du cinéma de science-fiction des années 1970 (La Planète des singes, Soleil Vert...) et des œuvres de John Carpenter: des films de genre où l'horreur et les nouvelles technologies servent avant tout à porter un regard critique sur la société qui nous entoure.

"Un symptôme de la société moderne"

Présentée en septembre dernier au festival de Toronto, la série a été conçue dans le sillon de Trépalium, une série de SF diffusée sur Arte en 2016 et produite comme Ad Vitam par Katia Raïs. Cette dernière, qui avait déjà travaillé avec Sébastien Mounier et Thomas Cailley sur le scénario de Trépalium, leur a demandé après cette aventure "de réfléchir à une idée de série qui mettrait en scène dans un monde et à une époque indéterminés un symptôme de la société moderne".

Après mûres réflexions, le duo a décidé de s'intéresser à la thématique de la jeunesse qui ne trouve pas sa place. Une thématique déjà abordée dans Les Combattants. "C’est une obsession de Thomas", confirme Katia Raïs.

David Lynch et Takeshi Kitano

Pour composer ce monde si proche et si loin de nous, Thomas Cailley a pioché à la fois dans David Lynch et dans le cinéma asiatique. Et notamment dans Memories of Murder, le chef d'œuvre de Bong Joon ho sur un tueur en série insaisissable dans la Corée du sud des années 1980. Autre influence de Thomas Cailley: Wong Kar-wai, le réalisateur d'In The Mood for Love célèbre pour l'utilisation dans ses films de néons et de couleurs fluo.

Pour le flic incarné par Yvan Attal, Thomas Cailley a voulu créer un hybride entre Takeshi Kitano et Robert Mitchum. La star des Patriotes et d'Anthony Zimmer partage avec ces deux "gueules" du cinéma la même intensité du regard: "On a voulu créer une dégaine qui fait penser à la fois à Kitano et à des stars américaines un peu usées et charismatiques", indique Katia Raïs, qui précise que le choix s'est immédiatement porté sur Yvan Attal.

Yvan Attal et Garance Marillier
Yvan Attal et Garance Marillier © Copyright Ivan Mathie / Kelija

Le comédien partage l'affiche avec Garance Marillier, révélée en 2017 par Grave. L'actrice de 20 ans confirme dans Ad Vitam son talent: "On pourrait la croire fragile, mais elle a une vraie témérité, un regard toujours très droit. Un côté assez costaud malgré une fragilité apparente", analyse Katia Raïs. Des espoirs du cinéma français tels Rod Paradot (césarisé pour son rôle dans La tête haute en 2016) et Niels Schneider croisent dans la série des monuments du 7e Art, comme Hanna Schygulla, l'actrice fétiche de Rainer Werner Fassbinder. "Thomas voulait mélanger les familles de cinéma pour reconstituer un univers particulier", dit la productrice.

"Faire de la SF à notre manière"

Pour créer son étrange monde, l'équipe a tourné à Benidorm en Espagne et en région parisienne, notamment au conservatoire d’énergie atomique de Saclay (Essonne). "Le but est que l’on ne reconnaisse pas Paris et l’Espagne: à partir du moment où l’action se déroule on ne sait pas où et on ne sait pas quand, il fallait créer une ville inédite", explique Katia Raïs. Benidorm était en cela le lieu idéal:

"On a vu des photos de la ville la nuit et c'était très étrange: on avait l’impression que c’était Miami. Quand on y est allé, ce que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est que c’est la ville est beaucoup plus glauque que ça. Elle est intéressante au lever et au coucher du soleil et la nuit. La journée, quand la lumière est à plat, c’est atroce. Cette ville qui paraît belle et devient au fur et à mesure de moins en moins fascinante collait parfaitement avec ce que l'on voulait raconter dans la série."

De Méliès à Métal Hurlant, en passant par Mœbius et La Horde du Contrevent d'Alain Damasio, la France est un grand pays de science-fiction. La télévision et le cinéma français s'y sont cependant peu aventurés. L'argument est connu: le genre coûterait cher et n'intéresserait pas le public. Produit pour six millions d'euros (un par épisode), Ad Vitam espère tordre le cou aux clichés.

"C’est faisable avec ce type de budget", plaide Katia Raïs. "Les diffuseurs en Europe ont longtemps pensé que seuls les Américains pouvaient faire de la SF. Or, on a eu Black Mirror en Angleterre et Real Humans en Suède: cela prouve bien que l’on peut le faire à notre manière. Ce serait dommage de ne pas y aller nous aussi."

Jérôme Lachasse