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Reconfinement: les humoristes en manque de vannes, mais pas de projets

Melissa et Fred

Melissa et Fred - Capture d'écran YouTube - Melissa&Fred

Le premier confinement a permis à certains comiques méconnus d'acquérir plus de notoriété sur les réseaux sociaux. Mais difficile de se renouveler lorsqu'on est cloîtré chez soi pour la deuxième fois.

"Le deuxième confinement, c'est un peu comme ressortir avec son ex, c'est du déjà-vu": la crise sanitaire ne fait plus rire les humoristes comme Melissa, dont les sketches avec son conjoint Fred ont cartonné au printemps. Mais paradoxalement, cette année très dure pour les artistes a mis un coup de projecteur sur des comiques peu connus du grand public, grâce aux réseaux sociaux.

"Par rapport au premier confinement, on est beaucoup moins amusé par la situation, moins inspiré", affirme à l'AFP Melissa Billard. "On était beaucoup plus isolés les uns des autres, et la frustration a amené pas mal d'imagination", ajoute cette comédienne toulousaine de 38 ans qui a écrit ses sketches avec son mari Fred Menuet, 40 ans.

30 millions de vues

Avec un confinement XXL (y compris avec sa soeur, son beau-frère et leurs enfants), ils ont parodié leur quotidien: entre apéritifs sur FaceTime, séries Netflix regardées secrètement en plein télétravail ou encore "le plaisir de claquer la porte" quand on est enfermé chez soi. "Plus le temps de m'épiler, j'ai la même moustache que celle de José Bové", entend-on dans une chanson. "Le défi est de se dire 'réinventons-nous' mais on a quand même envie de recréer de l'imaginaire (...) et pas de faire les mêmes blagues tout le temps", souligne Melissa.

Si le printemps a été prolifique, "Melissa et Fred" n'ont diffusé que deux vidéos depuis fin octobre, dont une à l'occasion d'Halloween, avec des blagues sur ce reconfinement "autant respecté que le clignotant à Toulouse". Un carton: 30 millions de vues tous réseaux sociaux confondus.

Nouvelle notoriété acquise pendant le confinement

"Lors de 'l'entre-deux confinements', quand on a repris notre activité théâtrale, les gens venaient car ils avaient vu les vidéos et nous remerciaient pour leur avoir donné une bouffée d'air frais", se réjouit Melissa. Le duo a également été sollicité pour collaborer sur des projets de séries, encore en gestation.

Lison Daniel a connu le même "coup de pouce": cette humoriste de 28 ans est devenue un phénomène sur Instagram (les.caracteres, plus de 230.000 followers). Elle s'est mise dans la peau de divers personnages grâce à des filtres qui déforment son visage et avec une imitation bluffante de leur intonation: une millenial désabusée, un Marseillais fatigué de voir des Parisiens, un caviste bio volubile ou encore un professeur pédant qui "télé-prépare" son élève au concours du Conservatoire.

"J'ai déjà fait vivre au premier confinement tous les personnages face à leur confinement; là, ça n'intéresse plus personne, ce n'est même plus drôle", affirme la scénariste passée par plusieurs écoles de théâtre.

Mais cette année sombre a été une bénédiction pour elle: "mon travail a été reconnu et j'ai commencé à travailler comme scénariste avec Fanny Herrero (Dix pour cent) pour sa prochaine série sur Netflix sur le stand-up".

Moins d'effet surprise?

Le couple Marion Creusvaux et Julien Pestel (compte Instagram "Creustel", près de 350.000 followers) s'amusent eux depuis mars à faire des détournements hilarants à la sauce Covid de scènes cultes de films et de séries.

"Il y a certes moins l'effet surprise qu'au premier confinement", affirme Marion, qui a beaucoup travaillé à la télévision (notamment pour le Palmashow) et qui ne fait pas que de l'humour (elle a écrit avec son mari un court-métrage sur les violences conjugales, Derrière la porte).

Ils ont détourné pas moins de 60 scènes: dans Grease, Sandy affirme "je me suis biturée en Zoom avec mon ex"; dans Star Wars, le droïde C-3PO interrompt la célèbre scène de baiser entre Han Solo et la princesse Leia: "je trouve que vos gestes barrières laissent un peu à désirer"; Alf, l'extraterrestre de la sitcom culte, est arrêté pour non respect du port du masque. "Vous avez vu mon nez?" rétorque-t-il à la policière.

"On s'est dit que les gens avaient moins envie de rire parce que c'est usant d'être reconfiné, mais ils étaient au rendez-vous", dit Marion. "Bon, on va espérer qu'il n'y aura pas de troisième confinement quand même", plaisante-t-elle.

B.P. avec AFP