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Pourquoi la mort de Paul Walker nous touche autant?

A Valencia, en Californie, des fans se recueillent devant des bougies, des photos, des fleurs, en hommage à Paul Walker.

A Valencia, en Californie, des fans se recueillent devant des bougies, des photos, des fleurs, en hommage à Paul Walker. - -

La mort accidentelle de Paul Walker, le 30 novembre dernier dépasse largement le cadre de sa carrière et de son personnage dans "Fast and Furious". Comment expliquer un tel phénomène?

Il était beau, il était généreux, et il avait le regard azur des vrais héros américains. L'acteur Paul Walker, s'est tué le 30 novembre dernier à 40 ans dans un accident de Porsche. Sa mort a suscité une émotion et un intérêt qui dépassent le cadre de sa carrière au cinéma. Pourquoi la mort de l'acteur, dont le nom et la filmographie n'évoquaient à certains pas grand chose, a-t-elle pu créer un tel ras-de-marée?

Eléments de réponse avec le Dr Eric Corbobesse, psychiatre et auteur avec Laurent Muldworf, de Succès damné.

Paul Walker, un "saint moderne"

Au fil des jours, des anecdotes surgissent, qui dessinent un portrait excessivement positif du héros de Fast and furious. On sait qu'il venait d'assister à un gala de charité en faveur des enfants victimes du typhon Haiyan lorsqu'il a trouvé la mort. Qu'il avait sa propre fondation. On a également appris qu'il avait secrètement financé la bague de fiançailles d'un vétéran d'Irak...

"Les célébrités sont des saints laïcs, des saints modernes", confirme Eric Corbobesse. "On aime bien les voir se sacrifier sur l’autel de la gloire". Pour le psychiatre, Paul Walker serait ainsi "une sorte de martyr".

Du rêve et des larmes

Accident de voiture, jeunesse, beauté, on a beaucoup comparé le destin de Paul Walker à celui de James Dean, lui aussi passionné de courses automobiles et mort au volant d'une Porsche. Pour Eric Corbobesse, les gens "ont besoin des James Dean et des Marilyn Monroe. Ils sont prêts à prendre un peu tout ce qui se présente. Les gens ont besoin de rêves, d’émotion. Ils ont besoin de pleurer".

"Nous avons un besoin de porter des gens plus haut que nous, de se projeter dans d’autres personnes", souligne encore le psychiatre. "On idéalise les stars en leur prêtant des caractéristiques qu’ils n’ont pas toujours. Mais cela nous fait beaucoup de bien d’imaginer qu’il y a des gens plus beaux, plus forts, plus riches que nous".

Une vie par procuration

"Cela nous donne un certain frisson de voir des gens qui prennent des risques, meurent dans des voitures de sport en allant très vite, à nous qui menons des petites vies étriquées, avec nos petits problèmes", analyse Eric Corbobesse. "On a l’impression qu'on ne peut pas le faire, mais que d’autres le peuvent. Voilà aussi pourquoi on les admire et on les pleure."

Du tragique et du grandiose

"A une époque où l'on rend de moins en moins de culte à nos propres disparus, où on incinère de plus en plus, ça nous permet de jouer une sorte de rituel social autour de la disparition et de la mort", décrypte Eric Corbobesse.

Et puis, "aujourd'hui, il nous manque du tragique et on est prêt à se jeter sur ce qui nous en donne. On n’a pas les grandes conquêtes, on n’a plus la religion. La célébrité nous permet de vivre ce genre de choses. C’est moins glorieux, mais ça nous procure ces mêmes sensations".

Et d'ajouter: "il a une mort assez grandiose aussi: il était beau, il est mort dans une voiture de luxe. C’est une mort qui colle assez bien à notre époque aussi: il roulait très vite dans une voiture de sport".

Quand la réalité et la fiction se télescopent

Pour Eric Corbobesse, ce qui est important aussi, et explique l'intérêt du public pour la mort de Paul Walker, "c'est le fait qu’il soit mort en voiture et qu’il ait joué dans des films où l’on conduit des voitures". En effet, selon lui, "il y a toujours une tension entre le vrai et le faux, chez le spectateur. On aimerait que les stars qu’on idéalise soient vraiment comme elles sont, même si on sait qu’elle ne le sont pas".

"Du point de vue du spectateur, il y a aussi tout un plaisir à savoir ce qui est vrai et ce qui est faux. C'est d'ailleurs ce qu'on va chercher dans les magazines". Enfin, note le psychiatre, dans cet accident, "il y a quelque chose de très troublant pour les gens, une sorte de collapsus entre la réalité et la fiction, entre le fantasme et la réalité".

"Cela doit réveiller quelque chose d’assez énigmatique. On navigue tous dans ce monde de l’art entre le vrai et le faux et là il y a un télescopage de la réalité et de la fiction qui doit beaucoup plaire et assez réjouir le spectateur", souligne-t-il, précisant que "cela procure un mélange de tristesse et d’excitation".

Une tragédie dont on se remet vite

Enfin, une telle mort "permet de pleurer et de se retrouver comme dans les grands deuils nationaux, où l’on pleure des gens que l’on ne connaissait pas, parce que ça nous fait du bien".

"Il y a beaucoup de personnes qui vivent des choses par procuration autour de ce deuil. Ca donne l’occasion d’un rituel de deuil. De faire quelque chose que l’onne fait plus beaucoup, parce que la mort est cachée de plus en plus. L’occasion de vivre une tragédie sans être vraiment touché. Ca permet de pleurer et de s’en remettre assez facilement, comme un jeu finalement. Un jeu comme les enfants peuvent jouer, c’est-à-dire un jeu important, qui permet de se construire, de dire et de vivre des choses".

Magali Rangin