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"On va dans le mur avec le système actuel": l'appel de Geluck pour tout réinventer après le Covid-19

Philippe Geluck et son "Chat", en septembre 2017 à Paris.

Philippe Geluck et son "Chat", en septembre 2017 à Paris. - Joel Saget - AFP

Le dessinateur espère que cette période aura permis de "réfléchir autrement" et permettra de "réinventer un monde plus équitable, moins polluant".

"Ce n'était pas le moment pour les trucs trash." Le dessinateur belge Philippe Geluck, créateur du Chat, reconnaît avoir mis des limites à son humour pendant la pandémie de coronavirus, et opté pour "des messages positifs" en pensant aux malades:

"Ceux qui connaissent mon parcours savent que j'aime l'humour trash, dérangeant, incisif. Ils savent que ce type d'humour fait aussi partie de moi. Là je n'ai pas du tout eu envie de faire le malin avec des trucs gore. J'aurais pu, des idées monstrueuses me sont passées par la tête, mais je me suis empêché de les dessiner parce que je n'ai pas eu envie que des gens ayant souffert de cette crise reprennent un coup de massue en lisant mes dessins."

Alors que le virus a fait 9.500 morts en Belgique, Geluck s'est obligé "à traiter le sujet [du Covid-19] de façon fraternelle, amicale": "Je devais véhiculer des messages positifs même si je dénonçais certaines choses [le Chat a notamment été solidaire des soignants mal payés ou fustigé les violences faites aux femmes, NDLR]. Oui je me suis autocensuré mais de façon librement consentie".

"On va dans le mur avec le système actuel"

Contraint de repousser d'un an une exposition de chats monumentaux qui était prévue au printemps sur l'avenue des Champs-Elysées à Paris, l'artiste dit avoir profité du confinement pour ranger de fond en comble son atelier bruxellois.

"Vous ne pouvez pas imaginer ce que j'ai pu accumuler ici en 15 ans. Tout était planqué dans des armoires, j'ai tout classé et j'ai retrouvé des documents qui seront les très bienvenus pour le futur musée du Chat (prévu à Bruxelles au plus tôt en 2023). Ce temps a été très utile".

Il espère aussi que cette période aura permis de "réfléchir autrement" et d'envisager un monde sans "production à outrance" ni "hyper consommation": "On a eu la preuve que c'était parfaitement possible de s'arrêter!", explique le dessinateur. Il poursuit: 

"Il faut prendre conscience qu'on va dans le mur avec le système actuel... La pandémie a été une sorte de muret qui nous a obligés à marquer l'arrêt avant qu'on se prenne le vrai gros mur. Ce muret il y a différents moyens de le franchir; on peut le défoncer, passer en force et continuer à se remettre en route comme avant. Mais on peut aussi réfléchir au mur 50 fois plus grand qui est derrière".

Après la pandémie de Covid-19, il faut selon lui "profiter de ce moment pour réinventer un monde plus équitable, moins polluant":

"On a les moyens de le faire! Le monde peut continuer à tourner sans qu'il y ait des milliers d'avions volant dans tous les sens tous les jours. Inventer une partie du travail en télétravail pour limiter les déplacements en bagnole, c'est possible! Nous avons été privés de biens de consommation pendant deux mois et demi et on n'en est pas morts. En fait, ce que Greta Thunberg et moi appelions de nos voeux s'est réalisé en un claquement de doigts."
Jérôme Lachasse avec AFP