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Jain: "Je fais de la musique pour réunir les gens"

Jain a conquis le public avec son premier album "Zanaka"

Jain a conquis le public avec son premier album "Zanaka" - Columbia

La nouvelle sensation de la scène musicale française s'appelle Jain. En un seul album, Zanaka, la jeune femme de 25 ans a mis le public français dans sa poche. Alors que sa tournée s'achève cet été et attendant la sortie prochaine de son second opus, l'interprète de Come et Makeba revient pour BFMTV.com sur son succès, son envie de conquérir les Etats-Unis et nous présente son nouveau clip, Dynabeat...

Un premier album double disque de platines, deux Victoires de la musique, une tournée aux quatre coins de la France... Avec sa musique (et ses entêtants et incontournables Come ou Makeba) et son look décalé (robe noire à col Claudine), Jain a débarqué dans le paysage musical français en rencontrant un succès exceptionnel. Les critiques et le public l'ont adoptée. Alors que s'achève cet été une tournée de près de deux années, la jeune femme de 25 ans, qui mélange tous les genres et les influences, a accordé un entretien à BFMTV.com.

Entre deux festivals, celle qui a passé sa jeunesse entre le Sud-Ouest, Dubaï et le Congo s'apprête à tourner définitivement la page de son premier album Zanaka en dévoilant son clip Dynabeat. Son succès français, ses envies de conquérir le reste du monde, son prochain album prévu pour 2018, le rôle de la musique, Jain se livre avec sincérité. Entretien avec une jeune femme qu'aucun challenge ne semble effrayer.

Comment vivez-vous ce qui vous arrive depuis la sortie de Zanaka?

C’est assez fou et en même temps, ça va bientôt faire deux ans que je suis en tournée. Elle se termine en août avec Rock-en-Seine donc je suis à la fois très fatiguée et très émue en ce moment, car je me dis que j’ai vécu un truc de dingue. Je commence à le réaliser et je me dis que c’est bientôt la fin, donc c’est plein d’émotions.

Avez-vous pu prendre un peu de recul pour analyser votre succès justement?

Non, pas du tout! Et je crois qu’il ne faut pas trop se demander pourquoi ça marche, car on serait tenté de refaire exactement la même chose et ce n’est pas ce qui m’intéresse. Je suis très contente d’avoir fait cet album, mais je n’ai pas envie de m’enfermer dans un cercle. Je veux continuer à explorer d’autres univers musicaux, comme la musique orientale par exemple. J’ai encore envie de tester plein de choses. Je n’écoute pas un style de musique en particulier, car je me dis qu'il existe un génie dans chaque style. Il y a toujours quelque chose de bien, il ne faut pas le dénigrer. La musique, c’est aussi ce mélange-là. Elle sert à voyager.

A quel moment avez-vous compris que le "phénomène Jain" était en train de prendre?

Je ne me le suis jamais vraiment dit. J’ai réalisé que ça commençait à marcher l’été dernier lors des festivals. Lorsqu’aux Vieilles Charrues par exemple, je me produisais le dimanche à 14h, je m’attendais à voir 2.000 personnes. En fait, 30.000 sont venus voir le show! Là, je me suis dit que les gens étaient curieux, qu'ils se déplaçaient aussi pour moi.

"Le succès de Christine and The Queen aux Etats-Unis m'a ouvert beaucoup de portes là-bas"

Imaginiez-vous toucher un public aussi large en sortant Zanaka?

Mon public va vraiment de 7 ans à 50 ans, c’est un public très curieux qui généralement écoute de tout: world music, pop, électro, etc. Le fait que je mélange plusieurs styles ramène un public très différent, parfois très hip-hop, parfois très familial. Ca paraîtra sûrement cliché, mais j’ai vraiment le public que je rêvais d’avoir quand j’ai commencé la musique. De toutes nationalités, tout âge, tout milieu social. Pour moi, c’est le but de la musique. J’ai commencé à en faire pour réunir les gens.

Vous venez de dévoiler votre nouveau clip Dynabeat, la page de votre premier album Zanaka est quasiment tournée désormais...

Oui, ce clip est la fin de la trilogie lancée avec Come et Makeba. C'est un autre univers, un autre milieu, mais il a été fait dans le même esprit, toujours avec Greg & Lio. On commence à bien se connaître. On se parle beaucoup, ils me donnent des tas d'idées.

Après avoir conquis le public français, vous tentez votre chance aux Etats-Unis. Vous avez ce fantasme du "rêve américain" ?

Ce n'est pas tant le rêve américain en lui-même, c’est plutôt le fait de jouer partout et de toucher des publics très différents. C’est ça qui m’intéresse et c’est un challenge pour moi d’arriver quelque part et de refaire ce que j’ai déjà fait en France, repartir seule, essayer de capter les gens. Comme au début. J'aime ce challenge!

Pourtant, vos débuts en France ne sont pas si lointains...

Non, c’est vrai, mais malgré tout, ça me paraît loin! (rires)

Christine and The Queen est notamment passée avec succès de l'autre côté de l'Atlantique. Est-ce un modèle à suivre pour vous?

Le chemin qu’elle a fait là-bas m'a beaucoup aidé, ça m’a ouvert beaucoup de portes car grâce à elle, ils deviennent plus curieux sur la musique française. Après, le public, qu’il soit américain ou français, réagit pareil. Parfois ils rient à mes vannes, parfois je me prends des bides, c’est la même réaction! La seule différence, c'est qu'aux Etats-Unis, je suis toute seule sur scène alors qu'en France, je suis maintenant avec mes musiciens à certains moments. 

"Je chanterai en français sur mon prochain album"

Le public vous a justement découverte seule sur scène. Difficile de se soustraire à cette image désormais?

Ca fait partie de mon identité et de ma mise en scène. J'ai été plus d’un an et demi toute seule, je ne voulais pas perdre ça non plus, mais j’avais juste envie que les musiciens montent pour me mettre un nouveau challenge. Quand on tourne toute seule aussi longtemps, parfois on s’ennuie un petit peu, on n’a plus d’excitation, et on a besoin de personnes avec soi pour donner un nouveau défi.

Votre prochain album (attendu pour 2018, NDLR) sera le concentré de cette année écoulée et non plus le fruit de dix ans de travail comme le précédent. L'approche a forcément été différente pour vous?

Je pensais avoir du mal, mais en fait, c'est assez libérateur! Toutes mes chansons sont prêtes, il suffit juste d’aller en studio pour les enregistrer. Mais du coup, c’est un album qui est très actuel car il correspond à celle que je suis aujourd’hui. Ca fait du bien de préparer de nouvelles chansons qui me ressemblent plus que certaines du premier album.

Jain a conquis le public avec son premier album "Zanaka"
Jain a conquis le public avec son premier album "Zanaka" © Columbia

Vous avez déjà confié qu'il y aurait à la fois du hip-hop, de la world-electro et même de la rumba dans ce nouvel album...

Oui, il va être encore plus bordélique que le premier album! (rires) Dans un sens, il va ressembler au premier car il sera très éclectique, mais en même temps, il aura de nouvelles influences. J’espère que le public va aimer, mais moi, je ne voulais pas reproduire le premier album parce que j’allais m’ennuyer... Ma maison de disques Columbia m'encourage d'ailleurs à cultiver cette originalité-là. Ils me laissent très libres.

Chanterez-vous en français sur votre deuxième album?

Oui, mais il y aura au maximum deux chansons. C’est une envie de ma part. On me l’avait beaucoup demandé en interview, et j’avais envie de me challenger pour me convaincre que je pouvais aussi écrire en français. Il y aura également peut-être une collaboration sur l'album, mais pour le moment, c'est encore en discussions...

"Faire de la musique en cette période, c'est un engagement social"

Avec votre succès, on imagine que vous avez dû recevoir de nombreuses propositions...

Oui, et notamment pour pour participer des compiles! Le problème, c'est toujours qu’il fallait chanter en français et moi je n’avais pas envie de chanter en français avant de faire ma propre première chanson et première expérience dans cette langue.

Après les attentats du 13-Novembre, vous étiez descendue dans les rues de Paris pour "remettre de la musique dans Paris". Pour vous, la musique n'est pas qu'un divertissement, c'est aussi un devoir?

Dans une période comme celle qu’on vit en ce moment, où on voit que les concerts sont notamment touchés, faire de la musique sur scène est un vrai acte, car on prend un risque pour rassembler les gens. On réunit les gens dans une période où ils ont peur de se réunir. C’est un engagement social, pas politique. Aller dans des festivals où il y a 30.000 personnes, aujourd’hui, ça peut faire peur. Mon but, c’est juste de monter sur scène pour dire aux gens qu’il ne faut pas avoir peur.

"Je vais changer de look"

Votre succès fait-il qu'on vous reconnaît désormais plus facilement dans la rue?

Pas forcément! En festival, c'est assez flagrant quand j'ai ma robe ou non. Lorsque je traverse l'allée, avec ma robe, pour aller sur scène, tout le monde me reconnaît. Dès que je l’enlève et je retraverse la même allée, il n’y a plus personne, tout le monde s’en fiche. Du coup, c’est génial! (rires). La robe a beaucoup joué sur mon anonymat. Les gens ne regardent que ça et du coup, ça m'aide plutôt bien aujourd’hui dans le métro.

Vous pensez garder toujours ce look dans les années à venir?

Je vais le changer, car je veux garder une identité par album. Je trouve important de trouver à chaque fois une identité qui ressemble à la musique. Mais j'aime bien l’identification.