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Confinement: de Gaël Faye à Ben Mazué, ces artistes qui maintiennent la sortie de leur album

Gaël Faye et Ben Mazué

Gaël Faye et Ben Mazué - BFMTV

Tandis que les reports de sorties d'albums s'accumulent en raison du confinement, certains artistes font le choix de maintenir le leur. Pour garder le lien avec le public, malgré des chiffres de vente forcément menacés.

Ils ont décidé de défendre leur projet, coûte que coûte. À l'heure où Jane Birkin, Gims ou Calogero annoncent les reports des sorties de leurs albums en raison du confinement, certains font le choix de ne pas repenser leur calendrier et de dévoiler, aux dates prévues, leurs nouveaux disques. Malgré la fermeture des commerces spécialisés et des rayons culturels des grandes surfaces, mettant forcément les ventes en péril.

Dadju a ouvert le bal vendredi dernier, au premier jour de ce nouveau confinement, en dévoilant son POA Edition Miel Book. Une réédition de son précédent opus, Poison ou Antidote, enrichie de dix nouveaux titres. L'écrivain et musicien Gaël Faye lui emboîte le pas ce vendredi avec Lundi méchant, son deuxième album studio:

"On sait très bien qu’on vendra moins, qu’on verra moins le public", explique à BFMTV celui qui ne pourra compter que sur les plateformes de streaming et la vente à distance. "Mais les chansons se propagent, elles passent sous le manteau, elles s’échangent et parfois ça peut toucher une personne. Mon ambition, c’est au moins de faire du bien à une ou deux personnes."

Un "produit de haute nécessité"

Gaël Faye fait partie des très nombreux artistes signataires d'une pétition lancée par le Syndicat national de l'édition phonographique (Snep) en faveur de la réouverture des magasins culturels. "On ferme des lieux pour arrêter l’épidémie, tout le monde le comprend, même les artistes qui signent cette pétition", assure-t-il. "Simplement, ne pas mettre la culture au niveau d’un produit de haute nécessité, c’est passer à côté d’une occasion en or."

"Toute l’année, on demande aux artistes d’aller dans des écoles, de rencontrer le public", poursuit-il. "De rappeler à quel point les mots, la culture, c’est important pour nos civilisations, pour vivre en communauté, élever le débat, apporter la lumière. Et d’un coup, dans un discours politique, on fait passer les lieux du savoir, de la culture, au second plan. C’est pour ça qu’on loupe une occasion en fermant catégoriquement tous les lieux de la culture sans explication." Pour le chanteur, "on pourrait les laisser ouverts, même symboliquement. Trouver des astuces pour que le virus se propage le moins possible".

"Ne pas renoncer"

Ben Mazué nourrit une réflexion similaire. Lui aussi a décidé de maintenir la sortie de son quatrième album studio, Paradis, ce vendredi. "C’est très difficile, quand on arrive au bout de cette aventure qui nous a tant coûté, de ne pas pouvoir donner ce bébé", explique à BFMTV le chanteur de 39 ans:

"Je ne voulais pas décaler, je ne voulais pas renoncer, je voulais qu’on reste debout. Et je trouve que c’est un moment où les gens ont besoin de contenus culturels, dans un secteur qui souffre vraiment beaucoup (...) Ce n'est pas l'album le plus important, c'est tout ce qui va se passer dans l'année et demi qui va suivre et tous les concerts qui vont venir, c'est comme ça qu'on défend un projet", ajoute celui qui prévoit une tournée pour 2021.

Et de rappeler qu'un album est avant tout un projet collectif, et que sa sortie ne concerne pas que l'interprète: "Ce sont des gens qui aident à l’élaboration, au planning de cet album, ceux qui aident à le réaliser, ceux qui aident à le diffuser, ceux qui se chargent de jouer dessus... ça fait beaucoup de monde, et ça doit jouer dans le fait d’avoir envie de le sortir: tu représentes une grande équipe très partante pour que ça existe."

Un "bon moment" pour sortir un album

D'autres artistes français ont pris la même décision que Ben Mazué et Gaël Faye. Notamment Vianney, qui a même avancé d'un jour, la sortie de son bien nommé N'attendons, jeudi dernier, pour lui offrir au moins quelques heures dans les rayons des disquaires avant le confinement. Aya Nakamura, dont le très attendu Aya est prévu pour le 13 novembre, n'a pas annoncé de report. Ibrahim Maalouf a également maintenu la sortie de son 40 Mélodies, ce vendredi.

"Je pense, quand même, que c’est un bon moment pour sortir un album", conclut Gaël Faye. "Parce que d’un coup on parle d’autre chose que ce qui nous prend beaucoup d’espace en ce moment, à savoir des catastrophes, des peurs, des angoisses. La musique, c’est un temps de respiration, d’espoir, peut-être un petit temps de bonheur."
Philippe Dufreigne, avec Benjamin Pierret