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Comment Moha La Squale est devenu en moins d'un an la coqueluche du rap français

Âgé de 23 ans, il sort son premier album, Bendero. Inconnu il y a un an, le jeune rappeur connaît une ascension fulgurante.

Il y a un an, il ne rappait pas. Moha La Squale, qui sort ce vendredi son premier album Bendero, s'est pourtant depuis imposé comme "le newcomer le plus charismatique du rap français", comme le résument Les Inrocks qui lui consacrent cette semaine leur une.

Le succès de Mohamed Bellahmed, dit Moha La Squale est fulgurant. Tout commence le 23 juillet 2017 sur Facebook. Le jeune homme de 22 ans publie Tout seul, un freestyle de moins de deux minutes visionné plus de 185.000 fois et se terminant sur une invitation: "La suite dimanche prochain". 

Jusqu'en décembre, cet habitant du quartier de La Banane, dans le XXe arrondissement de Paris, sort chaque semaine une nouvelle vidéo. De semaine en semaine, le succès grandit et ses fans sont de plus en plus nombreux. "Dès la publication du deuxième freestyle, j'ai compris qu'il se passait vraiment un truc. J'avais fait 50.000 vues en une journée je crois. C'était un délire. Du coup, je n'ai pas arrêté de bosser", explique-t-il aux Inrocks.

"Je vendais de la drogue, tout en allant à l'école"

Il a commencé l'enregistrement de son premier album en février. Il y a quelques mois pourtant, Moha La Squale ignorait tout de la musique, y compris le mot mixtape (compilation de chansons):

"Je ne savais pas que les clips sur YouTube venaient des chansons des albums. Le mot 'streaming' n’avait pas de sens". Aujourd’hui, je rappe ma vie et ma musique se retrouve sur des plateformes dont je n’avais jamais entendu parler".

Même le rap lui était un peu étranger, admet-il. "Quand j’étais enfant, je n’étais pas à fond dans le rap. Je ne connaissais pas les artistes mais c’était clairement la musique d’ambiance de ma vie". Son premier souvenir de rap est Gravé dans la roche de Sniper (2003).

Très tôt, il commence à vendre de la drogue: "J'avais évidemment des délires d'enfant vers 12 ans mais je ne faisais pas que des trucs de gamin tu vois. Je vendais de la drogue, tout en allant à l'école". A 16 ans, alors en seconde, il décide de ne plus jamais y retourner: "J'étais dans la rue, je faisais ma vie", raconte-t-il. 

De Fleury au Cours Florent

Après deux passages à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, il décide de changer de vie. "Mais ce n'est pas venu direct", précise-t-il. "Pour moi, vendre de la drogue c'était la vie normale. Quand je suis sorti, j'ai un peu refait le con parce qu'il me fallait de l'argent et puis j'ai cherché un travail à côté". Il enchaîne ensuite les petits boulots de coursier tout en apparaissant dans des clips de rap tournés dans son quartier. 

En 2015, il décroche le rôle principal du court-métrage La Graine, réalisé par Barney Frydman. "Quand le film a été diffusé, c'était une fierté de malade. Je n'attendais que ça et ça m'a grave motivé à continuer dans cette voie", raconte celui qui a grandi en regardant La HaineMa 6-T va crack-er ou encore Heat et Les Affranchis.

Motivé, il décide d'auditionner pour le Cours Florent. Il est pris. Là-bas, il découvre un autre monde: "Je me suis ouvert au monde à ce moment-là. Pour la première fois de ma vie, je n'étais qu'avec des mecs pas comme moi". Il y est resté deux ans, avant de le délaisser lorsque sa musique a rencontré du succès.

Il veut désormais poursuivre dans cette voie. Si "la musique a pris le dessus", il garde toujours en tête le cinéma. Moha La Squale sait surtout qu'il doit "temporiser". "Il ne faut pas que je fasse le con", dit-il. "Le but c'est de temporiser et de prendre les bonnes décisions. Je n'ai pas envie de foncer droit dans le mur pour me briser."

Jérôme Lachasse