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20 ans après sa mort, Kurt Cobain fascine toujours

Si aujourd'hui son visage sert à faire vendre des sacs à main, Kurt Cobain, mort il y a 20 ans, a été l'icône d'une génération et l'emblème du mouvement grunge.

Si aujourd'hui son visage sert à faire vendre des sacs à main, Kurt Cobain, mort il y a 20 ans, a été l'icône d'une génération et l'emblème du mouvement grunge. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Vingt ans que Kurt Cobain, le charismatique leader de Nirvana, emblème du mouvement grunge, s'est tiré une balle dans la tête. Aujourd'hui, que reste-t-il de ce mouvement?

Le 5 avril 1994, Kurt Cobain se donnait la mort dans sa maison de Seattle. Après la mort de son leader charismatique, le groupe Nirvana, un des chefs de file du mouvement grunge, cessait d'exister.

Que reste-t-il aujourd'hui du grunge et de l'héritage de Nirvana? Florent Mazzoleni, auteur de Nirvana et le grunge: 15 Ans de Rock Underground américain, aux éditions Hors Collection nous livre son éclairage.

Kurt Cobain a-t-il des successeurs?

Depuis 20 ans, depuis la percée de Nirvana, de Pearl Jam, de Soundgarden, et de quelques groupes issus de la mouvance de Seattle, du mouvement grunge, il n'y a pas eu de résurgence en terme musical.

On a tous les deux ans des "revivals" de tel ou tel courant musical, mais avec le grunge, cela n'a pas eu lieu. Pourtant, on arrive aux 20 ans du mouvement. 22 ans après la sortie de Nevermind, il n'y a toujours pas eu de successeur.

Les adolescents qui écoutaient du grunge il y a 20 ans ont vieilli et je ne pense pas qu'il y ait un engouement immense pour le grunge aujourd'hui.

Que représente le mouvement grunge?

Kurt Cobain est devenu par son suicide, par sa mort tragique, l'emblème, l'icône d'une génération, celle que l'écrivain Douglas Coupland a surnommé la "génération X", dans les années 90. C'est une génération qui était en quête de repères, en quête d'identité.

Il a été très important en terme générationel, mais pas forcément au niveau musical, même si certains disent que Nirvana a quand même plutôt bien survécu à l'épreuve du temps. Mais je ne pense pas que le grunge en tant que tel ait fondamentalement changé les choses en matière de musique populaire, c'était plutôt une poussée d'acné adolescente

Le mouvement a été important en terme d'énergie. Quand on regarde les photos - de nombreux photographes ont documenté ce mouvement - on voit des types en train de danser des pogos. C'était essentiellement des adolescents blancs, des jeunes hommes. Le mouvement était très peu féminisé. C'était comme une poussée de sève, il y avait un côté hormonal très fort dans cette musique. Il s'agissait de faire du bruit, de faire entendre son énergie.

Nirvana est un petit groupe sans prétention devenu tout à coup la coqueluche du monde entier, des adolescents blancs, aisés, du monde occidental. Celle d'une génération à l'attitude désabusée et au côté je m'en foutiste. Le tube Smells like teen spirit, devenu l'hymne de toute une génération, est un morceau qui se moquait gentiment d'une marque de déodorant branché des années 80 pour adolescents américains.

Quelle est son origine?

Le mouvement grunge a explosé en 1992, au moment de la sortie de Nevermind (sorti en septembre 91), qui s'est vendu à des millions d'exemplaires dans le monde.

Lorsque le grunge est sorti de l'underground dans lequel il reposait depuis déjà quelques années, c'était des groupes, comme les Wipers ou Dinosaur Jr. produits par des petits labels, qui faisaient des tournées dans des vans pourris, avec des fanzines et des émissions de radio estudiantines. Nirvana est le produit de ça.

Nirvana, "soupape" d'une génération?

C'est comme si, avec l'élection de Bill Clinton, en novembre 92, le mouvement avait enfin percéet crevé la bulle underground. Douze ans de pouvoir républicain (deux mandats de Ronald Regan et un mandat de George Bush père) ont fait le lit du grunge. Nirvana est devenu la soupape qui fait respirer cette jeunesse.

C'est comme si l'underground débordait, c'est une rivière souterraine qui tout à coup aurait réussi à trouver son exutoire en la personne de Kurt Cobain. On parle souvent de Nirvana, mais Nirvana c'était Kurt Cobain. Il avait une figure angélique, c'était ce gamin un peu paumé, cette gueule cassée, avec beaucoup de charisme, un regard intense, quelqu'un de réellement torturé.

Il a été vraiment emblématique de cette révolution, de ce triomphe de l'underground. Sa disparition a été emblématique de toute une époque qui naviguait à vue. C'était avant Internet, avant la démocratisation des téléphones portables. Aujourd'hui tout est devenu beaucoup plus facile, beaucoup plus virtuel, plus lisse, plus aseptisé. Kurt Cobain transpirait, il donnait beaucoup en concert, il plongeait dans le public, il fracassait sa guitare sur scène.

Youri Lenquette. Image issue de la dernière séance photo de Nirvana.

Que s'est-il passé après la mort de Cobain?

Certains essaient de capitaliser encore sur le mouvement grunge, comme Courtney Love, la veuve de Cobain, qui parle de reformer son groupe de l'époque, Hole. Mais la poussée initiale était sincère.

Après la mort de Cobain, en 94, toutes les grandes formations du grunge, Nirvana, Soundgarden, Pearl Jam, même si certains ont continué à faire des albums, c'est comme si la source s'était tarie d'elle-même. Toute cette culture qui a crevé l'écran entre 91 et 94, ça s'est arrêté d'un coup et on est revenu à quelque chose de plus contemplatif. Après l'explosion grunge ça a été la vague du trip hop.

La session accoustique, le MTV unplugged in New York a donné une vision plus humaine de Nirvana. On voyait le sens des compositions, des chansons. Il y avait un côté humain, une profondeur et de la sincérité.

Propos recueillis par Magali Rangin