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"Mank": ce qu'il faut savoir sur le nouveau film de David Fincher sur Netflix

Gary Oldman dans "Mank" de David Fincher

Gary Oldman dans "Mank" de David Fincher - Netflix

Le réalisateur américain revient ce vendredi 4 décembre avec son film le plus personnel, écrit par son père avant sa mort. Un film qui pourrait rafler plusieurs Oscars en 2021.

Six ans après le succès de Gone Girl, David Fincher revient avec un nouveau film, Mank. Produit par Netflix, celui-ci ne sortira pas en salles, mais sur la plateforme de streaming ce vendredi 4 décembre.

Gary Oldman, fraîchement oscarisé pour son interprétation de Churchill dans Les heures sombres, incarne le scénariste Herman J. Mankiewicz, auteur d'un des plus grands scénarios de l'histoire du 7e Art: Citizen Kane, qui lui a valu l'Oscar du meilleur scénario en 1942 .

Le comédien britannique donne la réplique à Tom Burke (dans le rôle d'Orson Welles), Amanda Seyfried (dans un de ses meilleurs rôles) et Lily Collins (tout auréolée du succès d'Emily in Paris). Premier film de David Fincher en six ans, Mank est une œuvre exigeante, à laquelle il est difficile d'accrocher sans en connaître le contexte. Voici ce qu'il faut savoir sur ce film qui pourrait permettre à Netflix de rafler plusieurs Oscars en avril 2021.

● Un film très personnel

David Fincher livre avec Mank son film le plus personnel en s'appuyant sur un scénario écrit par son père Jack, et qu'il a développé avec lui pendant une dizaine d'années avant sa mort au début des années 2000. Fincher voulait le réaliser après Alien 3, puis après The Game, mais il n'a jamais réussi à trouver les financements nécessaires. En bons termes avec Netflix, avec qui il est sous contrat depuis plusieurs années, il a obtenu carte blanche pour réaliser un film de son choix. Il a aussitôt proposé Mank.

Le résultat s'inscrit dans la lignée de ses précédents films. Comme dans The Game, The Social Network ou encore Zodiac, il explore les arcanes du pouvoir, dont il dénonce la corruption. Fincher a aussi tenu à réaliser un film qui ressemble le plus possible à une oeuvre des années trente. Le réalisateur, qui a tourné en numérique, a ensuite retravaillé l'image et le son pour donner l'impression aux spectateurs d'avoir replongé dans les années trente. L'effet est saisissant.

● Herman J. Mankiewicz, une figure méconnue

Personnage haut en couleur, connu pour son alcoolisme et ses bons mots, Herman J. Mankiewicz, frère aîné du réalisateur Joseph L. Mankiewicz, a notamment écrit trois films des Marx Brothers (Monnaie de singe, Plumes de cheval et La Soupe au canard). C'est aussi lui qui a eu l'idée géniale, de tourner les Le Magicien d'Oz avec Judy Garland les scènes au Kansas en noir et blanc et celles au pays d'Oz en couleurs.

Mank alité, avec en fond Orson Welles (Mank de Fincher)
Mank alité, avec en fond Orson Welles (Mank de Fincher) © Netflix

Mank raconte les débuts glorieux du scénariste dans les années vingt et trente. Une époque où il impressionne la faune hollywoodienne avec son sens de la répartie avant de se mettre à dos ses alliés. Diminué par son alcoolisme, et alité, il se met à écrire sur les ordres lointains d'Orson Welles, Citizen Kane. Au cours de l'écriture, qui sonne de plus en plus comme un règlement de compte, il s'inspire de ses proches...

● Un vrai-faux biopic sur la création de Citizen Kane

Mank soutient la thèse selon laquelle Orson Welles n'a pas écrit Citizen Kane, et s'est approprié le travail de Herman J. Mankiewicz. Une thèse qui circule depuis des années et suscite la polémique parmi les spécialistes de Welles. Le très réputé historien américain Joseph McBride voit ainsi dans le film de Fincher le témoignage de la haine tenace des réalisateurs américains contemporains envers le génie de Welles.

Le film montre comment Mankiewicz, persuadé au départ de travailler dans l'ombre, a accepté de "lâcher ses coups" à l'encontre de son entourage et du grand magnat de la presse William Randolph Hearst, explique Fincher dans Première: "La vraie raison de la réussite de cette entreprise est là. [...] Il n'aurait jamais écrit tout ça s'il avait pensé être crédité au générique. Mais quand il a compris qu'il s'agissait de sa plus grande contribution au cinéma, il a changé d'avis." C'est alors qu'il a affronté Welles pour être crédité au générique. Il a obtenu gain de cause, mais n'a plus jamais travaillé après.

Amanda Seyfriend dans "Mank" de David Fincher
Amanda Seyfriend dans "Mank" de David Fincher © Netflix

Certains critiques ont reproché à David Fincher son portrait sans nuance de Welles. A la fin de sa vie, le réalisateur avait pourtant reconnu l'importance de la contribution de Herman Mankiewicz et il avait même dénoncé le manque de considération pour les scénaristes dans le système hollywoodien.

● Un film sur l'invention des fake news

Mank ne porte pas uniquement sur la création de Citizen Kane, et dresse surtout un portrait acéré du Hollywood des années vingt et trente et de la scène politique américaine. Cette partie, qui sera la plus obscure pour le public français, peu familier de l'histoire américaine des années trente, raconte comment le studio MGM a inventé les "fake news" pour discréditer l'écrivain Upton Sinclair lors de l'élection du gouverneur de Californie en 1934. Une sous-intrigue fascinante qui apparaît de prime abord éloigné du sujet principal, mais permet aussi d'éclairer le destin de Herman J. Mankiewicz.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV