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Le cinéaste polonais Andrzej Wajda est mort

Andrzej Wajda, le 6 septembre 2013

Andrzej Wajda, le 6 septembre 2013 - Tiziana Fabi - AFP

Le réalisateur est mort dimanche soir à l'âge de 90 ans d'une insuffisance pulmonaire.

Le célèbre metteur en scène polonais Andrzej Wajda est mort dimanche soir à Varsovie à l'âge de 90 ans, ont annoncé ses proches et plusieurs médias polonais.

Le réalisateur de L'Homme de Marbre et de nombreux autres films reflétant l'histoire complexe de son pays est décédé d'une insuffisance pulmonaire. Hospitalisé depuis plusieurs jours, il se trouvait dans un coma pharmacologique, a indiqué un proche de la famille qui a demandé à garder l'anonymat.

"Nous espérions qu'il en sortirait", a dit le scénariste et metteur en scène Jacek Bromski sur la chaîne privée TVN24.

Un cinéaste engagé

Malgré son grand âge, le cinéaste était resté très actif ces dernières années, secondé par sa femme Krystyna Zachwatowicz, actrice, metteur en scène et scénographe.

Dans Katyn, nommé à l'Oscar en 2008, il racontait l'histoire tragique de son propre père, Jakub Wajda, qui fut l'un des 22.500 officiers polonais massacrés par les Soviétiques en 1940, notamment à Katyn. Capitaine d'un régiment d'infanterie de l'armée polonaise, il fut exécuté d'une balle dans la nuque par le NKVD, la police secrète de Staline.

Son dernier film, Powidoki (Après-image, 2016), qui a eu sa première en septembre au Festival de Toronto (Canada) et qui n'est pas encore sorti en salle, sera le candidat polonais à l'Oscar. Wajda y raconte les dernières années de la vie d'un peintre d'avant-garde et théoricien de l'art, Wladyslaw Strzeminski, en lutte contre le pouvoir stalinien. Certains critiques y ont vu une métaphore de la Pologne actuelle dirigée par les conservateurs du Droit et Justice (PiS).

De la peinture au cinéma

Né le 6 mars 1926 à Suwalki (nord-est), Andrzej Wajda veut suivre l'exemple de son père, militaire de carrière, et tente, sans succès, d'entrer en 1939 dans une école militaire, à la veille de la Seconde guerre mondiale.

Pendant l'occupation nazie, il commence à suivre des cours de peinture qu'il prolongera après la guerre à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie (sud), avant d'entrer dans la célèbre école de cinéma à Lodz (centre). Ses premiers films sont imprégnés de l'expérience douloureuse de la guerre, de la résistance polonaise contre les nazis.

Son premier long métrage Génération (1955), un récit portant sur le sort de jeunes des faubourgs de Varsovie pendant l'occupation, a donné naissance à la célèbre "Ecole polonaise de cinéma", courant où l'on entreprenait un débat sur l'héroïsme et le romantisme polonais.

En 1957, Andrzej Wajda obtient à Cannes le Prix spécial du Jury pour son chef d'oeuvre sur l'insurrection de Varsovie en 1944, Kanal (Ils aimaient la vie).

"Ce fut le début de tout", avoua-t-il 50 ans plus tard. "Cela m'a permis de faire ce qui devait être mon film suivant, Cendres et diamant (1958). Il m'a donné une position forte dans le cinéma polonais".

A partir des années 70, l'oeuvre d'Andrzej Wajda s'inspire du patrimoine littéraire polonais: Le bois de bouleaux (1970), Les Noces, (1972), La Terre de la grande promesse (1974).

Une Palme d'or à Cannes en 1977 qui lui sauve la vie

En 1977, il présente au Festival de Cannes L'Homme de marbre, critique de la Pologne communiste, à qui il donne une suite trois ans plus tard dans L'Homme de fer. Le film, racontant pratiquement en temps réel l'épopée de Solidarité, premier syndicat libre du monde communiste, est récompensé par la Palme d'or à Cannes.

"Le jour de la Palme a été très important dans ma vie, bien sûr. Mais j'étais conscient que ce prix n'était pas uniquement pour moi. C'était aussi un prix pour le syndicat Solidarité", a-t-il expliqué.

Andrzej Wajda a offert sa Palme d'or à un musée de Cracovie. Elle y est exposée à côté d'autres trophées comme l'Oscar qui lui a été décerné en 2000 pour l'ensemble de son oeuvre.

Alors que ses nombreux amis sont emprisonnés lors du coup de force du général Wojciech Jaruzelski contre Solidarnosc en décembre 1981, la Palme d'Or le sauve de la prison.

Romain Iriarte avec AFP