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Juan Gimenez, dessinateur de La Caste des Méta-Barons, est mort du Covid-19 à 76 ans

Juan Giménez

Juan Giménez - Glénat - Les Humanoïdes Associés

Le dessinateur argentin, maître de la bande dessinée de science-fiction, est mort à l'âge de 76 ans des suites du coronavirus.

Le dessinateur argentin Juan Gimenez, connu pour avoir dessiné La Caste des Méta-Barons (1992-2004), est mort cette nuit à Mendoza en Argentine, des suites du coronavirus, ont annoncé ses éditeurs Les Humanoïdes Associés et Glénat. Âgé de 76 ans, le dessinateur avait contracté le coronavirus à Sitgès (Espagne) où il vivait depuis plusieurs années.

Auteur majeur du 9e Art et génial illustrateur de science-fiction, il a marqué plusieurs générations de dessinateurs avec son trait réaliste et organique. Mike Mignola, créateur de Hellboy, lui a rendu hommage: "Je ne le connaissais pas, mais j'adorais son travail. Même si cela ne se voit pas, il avait beaucoup influencé une de mes premières séries, Ironwolf." 

Grand coloriste capable de créer des effets d'un réalisme époustouflant, Juan Gimenez a été un modèle pour tous les enfants rêvant de dessiner un jour de la SF, raconte Denis Bajram, auteur de Universal War One

"Je me souviens très bien des premières fois où j’ai vu son travail. On était bien avant l’ère informatique et il était un des seuls qui savaient, à la peinture, faire les effets de lumières propres à la science-fiction. À commencer par les lasers [...] Il était un des rares à parfaitement réussir à combiner la SF d’aspect technologique et l’épique le plus baroque. En ça, il était le maître du space opéra en BD."

"Je recherche avant tout l’esthétisme"

Né en 1943 à Mendoza, Juan Gimenez étudie les Beaux-Arts à Barcelone. Après un passage par la publicité, il se lance dans la BD dans les années 1970, à une période où le 9e Art commence à s'ouvrir aux récits pour adultes. Il s'oriente tout naturellement vers la SF, genre qu'il affectionne pour sa liberté créatrice:

"La science-fiction a un avantage important: on est libre de laisser vaquer son imaginaire et d’inclure au récit toutes les digressions et les inventions que l’on souhaite!", avait-il raconté en 2006 au site spécialisé Actua BD. "Ceci dit, je m’inspire des objets actuels, et sur la base de cette documentation, j’extrapole... tout en veillant à être respectueux des contraintes techniques et scientifiques! Je recherche avant tout l’esthétisme."

Arrivé en Europe en 1981, Juan Gimenez publie L'Étoile noire, son premier album en langue française, puis Léo Roa (1988) et Le Quatrième Pouvoir (1989). Il participe également à cette époque au film culte Heavy Metal

"Gimenez est une île impénétrable"

En 1992, il dessine d'après un scénario d'Alejandro Jodorowsky La Caste des Méta-Barons, série dérivée de L'Incal, BD culte pré-publiée dans les pages de Métal Hurlant. Vaste space-opéra en huit tomes, La Caste des Méta-Barons assoit la place de Juan Gimenez comme un maître de la science-fiction, aux côtés de Frank Herbert (Dune), Enki Bilal, Philippe Druillet et Mœbius.

La Caste des Méta-Barons
La Caste des Méta-Barons © Les Humanoïdes Associés

Le lecteur y suit sur plusieurs siècles la saga de la famille du Méta-Baron, guerrier surpuissant dépositaire d’un code de l’honneur ancestral. Space-opéra métaphysique conçu comme un arbre généalogique, La Caste des Méta-Barons met en scène une dynastie dont chaque membre doit surpasser physiquement son prédécesseur. Si, sur le papier, la rencontre avec Jodorowsky fait des étincelles, leurs relations restent plutôt froides:

"Gimenez est une île impénétrable. On lui donne le script et il fait son travail. Professionnel, professionnel", a raconté l'année dernière Jodorowsky dans le livre Les Sept Vies d'Alejandro Jodorowsky.

Après sa collaboration avec le grand shaman du 9e Art, Gimenez a imaginé la série Segments avec Richard Malka puis Moi, Dragon (2010-2015), saga de héroic fantasy qui lui était très chère. Exposée au Centre Georges Pompidou en 1997, l'oeuvre de Juan Gimenez a également fait l'objet l'année dernière d'une rétrospective à Paris à la Galerie Maghen. 

Jérôme Lachasse