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Dans "Le Blues de Ma Rainey", Chadwick Boseman livre "une des meilleures prestations de l’histoire"

Chadwick Boseman dans "Le Blues de Ma Rainey"

Chadwick Boseman dans "Le Blues de Ma Rainey" - Netflix

Chadwick Boseman dévoile dans Le Blues de Ma Rainey, son dernier film, une élégance et une cruauté insoupçonnées chez lui. George C. Wolfe, le réalisateur du long-métrage, se souvient de sa collaboration avec le comédien.

Regarder Le Blues de Ma Rainey, disponible à partir de ce vendredi 18 décembre sur Netflix, est une expérience particulièrement douce-amère. Son acteur principal, Chadwick Boseman, mort en août d’un cancer du côlon, y livre la meilleure (et dernière) prestation de sa carrière.

Le comédien incarne Levee, jeune trompettiste impulsif qui doit participer à l'enregistrement d'un album de la reine du blues Ma Rainey (Viola Davis). L’action, située dans l'enceinte d'un studio d’enregistrement, se déroule sur fond de crispation raciale aux premiers temps du blues dans l'Amérique des années trente. Le temps de cette session d'enregistrement, les rancœurs et les jalousies surgissent entre les musiciens, avant un dénouement tragique.

Souvent réduit à des emplois de taiseux dans Message from the King et Black Panther, Chadwick Boseman dévoile dans Le Blues de Ma Rainey une élégance et une cruauté insoupçonnées chez lui. Jamais le comédien n’a été aussi magnétique et aussi sensuel à l’écran:

"Sa prestation est stupéfiante", confirme George C. Wolfe, le réalisateur de Ma Rainey. "Si on fait abstraction du fait que je suis le réalisateur de ce film et que j’ai donc un attachement particulier envers ce film, je crois que c’est une des meilleures prestations jamais filmées dans l’histoire du cinéma. C’est cru, à vif, intelligent, séduisant et complètement pur. C’était très étonnant. Travailler avec lui a été une vraie bénédiction et une merveilleuse expérience. C’était très excitant de le regarder travailler. Leevee est un personnage très étonnant et il est aussi idiot qu’intelligent et aussi effronté que naïf. Toutes ces choses qui sont en totale contradiction, Chadwick les a rendues réelles."

"Il était attiré vers la tristesse et la tragédie"

Le Blues de Ma Rainey, adapté d'une pièce du dramaturge américain August Wilson, aurait dû marquer une nouvelle étape dans la carrière de Chadwick Boseman, et son évolution vers des rôles plus intenses, qui auraient exploité à fond son potentiel dramatique.

Spike Lee l’avait déjà bien pressenti dans Da Five Bloods, lui faisant jouer le fantôme d’un soldat tué pendant la guerre du Vietnam. "Vous sentez que ses possibilités sont infinies, mais qu’il était aussi attiré vers la tristesse et la tragédie", analyse George C. Wolfe.

Il est impossible, en regardant Le Blues de Ma Rainey, de deviner l'état de santé de Chadwick Boseman. Il n'a rien laissé paraître sur le tournage, qui s'est déroulé au cours de l’été 2019, et où l’acteur a pris beaucoup de plaisir à taquiner ses collègues, et à improviser.

Viola Davis dans "Le Blues de Ma Rainey"
Viola Davis dans "Le Blues de Ma Rainey" © Netflix
"Je le regardais chaque jour plonger dans ce personnage, et donner chacune de ses forces pour rendre ce personnage réel", se souvient George C. Wolfe. "On enchaînait les prises et lui continuait de donner toutes ses forces. C’était fascinant. On a dû tourner les scènes de Viola très tôt, pour lui permettre de rejoindre le plateau de sa série, Murder. Chadwick a donc tourné ses scènes les plus crues, les plus difficiles au cours des six derniers jours de tournage. L’emploi du temps était monumental. Et il n’a jamais cessé de me surprendre."

"J’espère qu'il sera nommé aux Oscars"

Certaines scènes ont été très éprouvantes à filmer pour Boseman. Le tournage d’un monologue, où son personnage évoque un traumatisme passé, fut particulièrement intense. Le comédien a terminé la prise au sol, en sanglots, se remémore le réalisateur.

La mort de Chadwick Boseman n’a pas perturbé le montage. Le film était déjà terminé: "J’étais à trois semaines de la fin du montage quand le confinement a débuté", indique George C. Wolfe. J’ai terminé le film pendant l’été, en juillet. Chadwick a vu un premier montage du film en mai. On en a beaucoup discuté."

La prestation du comédien est si intense qu’elle pourrait lui valoir une nomination posthume aux Oscars, annonce la presse américaine. George C. Wolfe n’a pas encore la tête à ça: "Je l’espère, mais je ne veux pas y penser! Tout cela est très chouette, mais c’est le souvenir de la fabrication du film que je veux garder à jamais en moi."

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV