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Rain Man, Hot Shots!, Euforia… Valeria Golino commente sa filmographie

Valeria Golino en mai 2018 lors de la présentation de son film Euforia au Festival de Cannes.

Valeria Golino en mai 2018 lors de la présentation de son film Euforia au Festival de Cannes. - Loic Venance - AFP

A l’occasion de la sortie de son second film en tant que réalisatrice, Valeria Golino se souvient de certains de ses rôles marquants et raconte ses tournages avec Tom Cruise, Nicolas Cage et Valeria Bruni-Tedeschi.

Actrice dans plus de 70 films, Valeria Golino a aussi réalisé Miele en 2013 et Euforia en 2019. Ces deux films, qu’elle a aussi écrits, partagent des thématiques communes: la mort et la maladie. Mais loin de basculer dans le pathos, la comédienne s’empare de son sujet avec tendresse et bienveillance.

Dirigeant la star italienne Riccardo Scamarcio (Dalida, John Wick 2), elle raconte l’histoire de deux frères, l’un extravagant, l’autre introverti. Lorsque le premier découvre la maladie incurable du second, il décide de lui cacher la nouvelle pour enfin prendre soin de lui.

A l’occasion de la sortie d’Euforia, mercredi 20 février, Valeria Golino raconte les coulisses de ce film très personnel, inspiré par un proche, et revient sur sa carrière passée entre l’Italie et Hollywood. Elle se souvient de certains de ses rôles marquants et évoque les mythes du cinéma américain qu’elle a croisés: Tom Cruise, Charlie Sheen, Nicolas Cage…

Euforia (2019)

Euforia s’ouvre sur une fameuse chanson de Joe Dassin: "Pendant que j’écrivais Euforia, j’étais dans une voiture avec un copain cinéaste. On allait manger et il a mis Et si tu n’existais pas de Joe Dassin. J’ai ressenti comme une épiphanie. Je ne m’attendais pas à cette chanson, que je n’avais pas écoutée depuis que j’étais petite. Je l’avais complètement oubliée. C’était une chanson que ma mère écoutait quand elle nous emmenait, mon frère et moi, à l’école. J’adore cette chanson: elle est sublime et ridicule en même temps. En la réécoutant, j’ai compris qu’elle devait être la première chanson du film. Ses paroles, comme celles d’In a Manner of Speaking de Tuxedomoon, qui clôt le film, sont très proches de ce que raconte le film."

Outre la musique, c’est par les images et la composition de ses plans que la réalisatrice raconte son histoire. Elle a ainsi imaginé une mise en scène très précise pour encadrer le chaos dont parle son film. Ses personnages sont littéralement enfermés dans le champ et elle multiplie les images de cercles ou de cadres créés naturellement avec le décor: "Ils n’en sortent pas. Il y a toujours un cadre qui les soutient", analyse-t-elle. Ces images, ainsi que celle d’un mur qui apparaît puis disparaît à l’aide d’un interrupteur, soulignent avec tendresse les thématiques de la mort et de la maladie, au cœur du film. Une manière aussi pour la réalisatrice de montrer que "nos états d’âme ne ressemblent pas toujours à la réalité, ne sont jamais exactement comme il faut."

Hot Shots! (1991)

Valeria Golino n'est pas étrangère au chaos, elle qui a participé à Hot Shots!, réjouissante parodie de Top Gun et du cinéma hollywoodien signée Jim Abrahams, l’un des trois "Zaz", les auteurs de Y a-t-il un pilote dans l’avion? "C’est un film auquel je suis très attachée. Plus le premier que le deuxième, parce que je me suis plus amusée", se souvient-elle. "J’ai beaucoup de respect pour le réalisateur de ce film. Il est très intelligent, sympa."

Tout le monde se souvient de la scène où Charlie Sheen cuit un œuf sur son ventre pour parodier Neuf semaines et demie. "Ils m’ont fait un ventre en porcelaine qui se chauffait pour faire cuire l’œuf. C’était une espèce de cuisine qui avait la forme de mon ventre." L’actrice ne l’a pas conservé: "J’ai beaucoup d’objets d’Hot Shots!, mais on ne m’a pas donné mon ventre." De son partenaire, elle conserve des souvenirs très précis:

"Charlie [Sheen] était extrêmement gentil. Il n’avait pas encore fait son parcours vers la folie. Je ne l’ai pas vu depuis 15 ans. Il m’est très sympathique. Même dans sa folie totale, il est très intelligent."

Valeria Golino et Tom Cruise dans Rain Man
Valeria Golino et Tom Cruise dans Rain Man © Metro Goldwyn Mayer

Rain Man (1988)

Valeria Golino a côtoyé un autre Charlie quelques années auparavant: Charlie Babbitt, joué par Tom Cruise, dans Rain Man. "Il venait d’exploser avec Top Gun. Il y avait partout des gens qui essayaient de le voir." Du tournage, elle se souvient de sa prise de conscience:

"C’est le premier film où j’ai appris qu’il fallait être discipliné", raconte-t-elle. "Je faisais ce travail depuis quelques années, cinq ans environ, mais je m’en foutais un peu. J’avais 22 ans, ça me plaisait beaucoup, je fumais des joints, mais je ne me rappelais plus de mon texte: tout le monde était préparé, sauf moi. Barry Levinson [le réalisateur de Rain Man, NDLR] m’a appris qu’il fallait commencer à faire des choix, qu’il fallait être préparé, être discipliné, que c’était un vrai travail, pas un jeu."

Valeria Golino dans Los Angeles 2013 de John Carpenter
Valeria Golino dans Los Angeles 2013 de John Carpenter © Paramount

Los Angeles 2013 (1996)

À Hollywood, Valeria Golino côtoie les mythes américains. Après les avoir parodiés dans Hot Shots! et avoir partagé l’affiche avec deux d’entre eux dans Rain Man (Tom Cruise et Dustin Hoffman), elle apparaît dans Los Angeles 2013 de John Carpenter, le deuxième volet des aventures de Snake Plissken. Un souvenir contrasté pour la comédienne:

"J’ai adoré Carpenter, moins Kurt Russell. Il me plaît quand il joue Snake Plissken. C’est une image très intéressante. Lui l’est beaucoup moins, humainement. Il est républicain, macho, mais gentil... J’ai dû arrêter le tournage, parce que je me suis fait mal. Je suis tombée et je me suis cassé la cheville. Ce n’est pas un bon souvenir. On a dû tuer mon personnage plus tôt dans le récit, parce que je ne pouvais pas tourner: on devait courir tout le temps."

Paul Reubens et Valeria Golino dans Big Top Pee-Wee
Paul Reubens et Valeria Golino dans Big Top Pee-Wee © Paramount

Big Top Pee-Wee (1988)

La même année que Rain Man, Valeria Golino côtoie un autre mythe américain: le personnage humoristique de Pee-Wee Herman, incarné par Paul Reubens.

"Il était très étonnant comme être humain et comme artiste. Il est très timide en vrai. Il n’a rien à voir avec son personnage [un adulte extravagant qui agit comme un enfant, NDLR]. C’est un peu l’archétype du comique: il est très triste, très mélancolique. Et il a une maison remplie de jeux d’enfants pour lui. Il adorait les jeux. Je l’aimais bien. Quelquefois, on s’écrit, on se demande comment ça va. On ne s’est pas vu depuis des années. Il a eu ce scandale qui a détruit sa carrière."

Nicolas Cage et Valera Golino dans Leaving Las Vegas
Nicolas Cage et Valera Golino dans Leaving Las Vegas © United Artists

Leaving Las Vegas (1996)

"Je suis venue faire une scène, car Mike Figgis [le réalisateur, NDLR] était un très bon copain et il n’avait pas d’argent pour faire le film. Il a demandé à tous ses amis de venir faire une scène. Nicolas [Cage], je le connais bien. Il était alors à sa meilleure période, c’était un acteur formidable. Après, ça a pris une étrange tournure. Il a voulu devenir un super-héros. Les dix premières années de sa carrière, il a fait des choses vraiment originales: Eclair de lune, Arizona junior, Sailor et Lula… Il était fantastique dans Leaving Las Vegas. Après, il a fait d’autres films, mais quelque chose a changé dans son visage. Les acteurs, ce sont des êtres très fragiles. Il faut faire attention. Je le voyais beaucoup à une époque. Il était marié avec une copine, Patricia Arquette. Je ne le vois plus."

Valeria Golino (à gauche) et Pierre Arditi dans Les Estivants
Valeria Golino (à gauche) et Pierre Arditi dans Les Estivants © Copyright Ad Vitam

Les Estivants (2019)

Dix ans après Actrices, Valeria Golino est une nouvelle fois dirigée par la comédienne et réalisatrice Valeria Bruni-Tedeschi dans Les Estivants. Dans la fiction, Golino joue la sœur de la cinéaste. S’agit-il de Carla Bruni-Sarkozy?

"C’est une biographie imaginaire, comme [Valeria Bruni-Tedeschi le] dit", répond Valeria Golino. "Il y a des odeurs, mais ce n’est pas elle et je ne pensais jamais à Carla quand je jouais le personnage. Carla a des enfants alors que mon personnage est désespéré, parce qu’elle n’en a pas. Ce n’est pas le même caractère que celui que je connais à Carla. Si la mère [de Valeria] est jouée par sa véritable mère, la fille par sa véritable fille et la tante par sa véritable tante, ça ne veut pas dire que je suis Carla."

Jérôme Lachasse