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Philippe Rebbot dans "Mine de rien": "une réponse poétique à un monde qui ne l’est plus du tout"

L’acteur est à l’affiche de Mine de rien, une comédie sociale où des mineurs au chômage décident de construire un parc d’attraction. Un film qui fait du bien et s’adresse aux laissés-pour-compte de la société.

Il est le visage des comédies sociales françaises. Avec ses faux airs de Patrick Dewaere, Philippe Rebbot fait partie de ces comédiens qui excellent dans les rôles de losers sympathiques et farfelus. Souvent bien plus complexes qu’il n’y paraît, ces personnages incarnent aussi la grogne qui monte en France depuis quelques années. 

Figure importante de comédies à petit budget, Philippe Rebbot fait une nouvelle fois des merveilles dans Mine de rien, qu’il a co-écrit. Entouré d’Arnaud Ducret (Les Profs), Mélanie Bernier (Sa Majesté Minor), Hélène Vincent (La Vie est un long fleuve tranquille) ou encore Marianne Garcia (Les Invisibles), il incarne un mineur au chômage qui décide de construire dans son ancienne mine un parc d’attraction fait maison. 

Depuis sa présentation au festival de l’Alpe d’Huez, où il a remporté le prix du public, Mine de rien cartonne dans les avant-premières. A l’occasion de la sortie du film, ce mercredi 26 février, Philippe Rebbot en raconte les coulisses et évoque l’acte de résistance que constitue ce film. 

Comment est né Mine de rien?

C’est une idée de Mathias [Mlekuz, le réalisateur, NDLR]. Il ne me l’a pas proposé comme ça, mais c’est un hommage à son enfance, à son père. Il est originaire de Sallaumines (Pas-de-Calais). Il est venu me voir avec cette idée d’anciens mineurs et de chômeurs longue durée qui décident de se reprendre en main, de faire un pas de côté et créent un parc d’attraction. Je me suis enchâssé là-dedans. Dès qu’on me parle de gens qui résistent au monde, je m’y retrouve. 

Vos personnages ont été virés comme des malpropres par une entreprise qui refuse de payer ses impôts en France. Le film vient-il aussi d’une forme de colère face à la situation actuelle? 

Le film répond au monde dans lequel on vit. Dans notre histoire, les personnages échappent à tous les diktats. Ils en ont marre de réclamer des miettes et décident de faire ce qu’ils veulent. Ils font une réponse poétique à un monde qui ne l’est plus du tout. Cela crée une ouverture politique, mais ce n’était pas notre idée de départ. Notre idée, c’était d’écrire un conte social sur l’entraide: comment, pendant un temps éphémère, ces gens vont reprendre espoir dans la vie.

Vous n’avez pas évoqué cette dimension politique pendant le tournage? 

Non. On n’avait pas du tout conscience de ça, même si je suis chargé de cela. Il y a un bon gauchiste en moi - même si, comme m’avait dit Clémentine Autain, je suis un révolutionnaire assis. On voulait juste faire un film qui caresse, qui soit gentil, comme un chaton sur Internet, ou un petit poussin. Et dans un monde de brutes, regarder un petit poussin, ça donne envie de pleurer. C’est ce que vivent les gens en découvrant le film. Tout le monde est très politisé en ce moment, parce que tout le monde est très écrasé, très en colère. Ils sont blessés, ils se sentent méprisés. Ça dépasse même le cadre de la politique. C’est dans le rapport humain. Il y a quelque chose qui se dérègle. Et ce film tombe à ce moment-là et fait réagir. 

C’est un film qui montre que les gens ont de la valeur...

Il n’y a pas que "des rien" dans les gares [Philippe Rebbot fait référence à une célèbre phrase dite par Emmanuel Macron en 2017, NDLR]. Personne n’est rien, on a tous notre place dans l’histoire. Tout le monde a le droit à son quart d’heure de tranquillité. Mais les gens n’y croient plus, ils pensent qu’il faut devenir quelqu’un pour y avoir le droit. Ils sont démobilisés. 

Mine de rien mêle comédiens professionnels, comme Arnaud Ducret, Mélanie Bernier et Hélène Vincent, et des non-professionnels, comme Marianne Garcia.

Ça dit beaucoup. On vient tous d’histoires très différentes, pourtant on s’est tous retrouvés sur ce fil rouge: nous sommes tous des fragiles, des faillibles. C’est ce que nous avons voulu transmettre. On vit dans un monde où on voudrait tous être des solides, sans affect, mais ce n’est pas vrai. Quand on garde pour soi cette fragilité, ça finit en fait divers. Pour pouvoir l’exprimer, il faut du temps: le temps de planter des fleurs, etc. J’ai un discours de hippie, mais j’ai peut-être la nouvelle solution radicale: ne plus parler au gouvernement et aller dans les champs. Il y a un film qui a été tourné en 1973, L’An 1 de Jacques Doillon et Gébé, où des employés de bureau décident un jour d’arrêter de travailler. Ça s’appelle le pas-de-côté et ça fait vaciller le gouvernement. J’y crois - et surtout en ce moment. N’affrontons plus l’ennemi: fuyons. 

Le parc d’attractions du film existe-il réellement?

Le manège principal est un vrai petit manège artisanal, mais tout le reste, c’est de la déco de film. Ce n’est pas pérenne. Plein de gens dans la région ont posé la question lors des avant-premières. C’est une bonne idée. On devrait faire un petit parc pour enfants. Sur le tournage, on travaillait vraiment la comédie, mais je me dis maintenant que ce film a une force poétique assez dingue. 

C’est important pour vous d’apparaître dans des comédies sociales comme Mine de rien?

C’est important d’appartenir à ces économies de cinéma-là - des films à petit budget, qui montrent qu’une résistance est possible face aux grosses machines. Il y aura toujours du cinéma alternatif. Faire ces films, c’est mettre le pied dans la porte, ne pas appartenir à l’histoire du cinéma: faire des films, en fait. C’est important. C’est un peu ce qu’on a perdu. Le cinéma est devenu une grosse entreprise. On a oublié que c’est juste des gens qui font des films. 

C’est ce que vous avez retrouvé sur le tournage d'Effacez l’historique, la comédie sociale de Kervern et Delépine qui sort en avril? 

Leur geste est là depuis leur premier film. Ils aiment les gens - parfois, ça les égare pendant le tournage. Ils aiment tellement les gens qu’ils vont boire des coups avec eux au lieu d’aller sur le plateau. C’est la légende, mais je crois que c’est assez vrai. Je ne l’ai pas vu le jour où j’y étais. Le jour où j’y étais, ils avaient fait la fête la veille, donc c’était la gueule de bois pour toute l’équipe.

Vous préférez les petits films aux grosses productions? 

Je crois qu’elles ne veulent pas de moi et ce n’est peut-être pas plus mal. C’est vrai. Il ne faut pas se gourer de place. Je ne suis peut-être pas fait pour un cinéma plus encadré. Peut-être que ce que je sais faire, c’est me déplacer de film en film, évidemment en m’adaptant aux personnages, mais en m’y retrouvant beaucoup aussi. C’est comme ça que les réalisateurs me proposent les rôles. Il y a quelque chose en moi qui les intéresse.

D’une certaine manière, vous êtes le visage des comédies sociales.

J’aime bien. Ça me va bien les personnages comiques un peu largués. Je ne pense pas être hyper marrant. Ce qui fait marrer, c’est que je ne comprends pas tout à la vraie vie. Dans la vraie vie aussi je suis à la marge, je ne comprends pas tout, je ne suis pas très concret, je ne suis pas très adulte. 

Ce qui fait rire, au cinéma, ce sont aussi les cheveux, la moustache, les lunettes…

J’imagine! Alors que moi j’essaye de croire que j’ai une belle gueule. Quand je me balade dans la rue et que je ne me vois pas, je me dis que je suis George Clooney puis d’un coup je découvre ce physique certes particulier. Mon fils et ma fille me trouvent hyper beau gosse. Et mon ex-femme aussi [l’actrice Romane Bohringer, avec qui il a réalisé L’Amour flou, NDLR]. Je veux bien incarner ce gars-là [un peu loser] et même le revendiquer maintenant, parce que je peux en faire un personnage politique. J’ai trouvé mon endroit.
Jérôme Lachasse