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Les Tuche: pourquoi ça marche?

Claire Nadeau, Isabelle Nanty, Jean-Paul Rouve, Pierre Lottin, Theo Fernandez et Sarah Stern à l'affiche des "Tuches 2 - Le rêve américain"

Claire Nadeau, Isabelle Nanty, Jean-Paul Rouve, Pierre Lottin, Theo Fernandez et Sarah Stern à l'affiche des "Tuches 2 - Le rêve américain" - 016 Eskwad - Pathé Production

A la télévision, au cinéma, sur Internet, le succès des Tuche ne se dément pas. Depuis 2010, cette famille un peu spéciale est devenue un véritable phénomène. Que certains ont parfois du mal à comprendre...

Si vous ne connaissez pas l'expression "Un pour Tuche, Tuche pour un" et que vous ne comprenez pas les rires provoqués par "Des frites, des frites, des frites", alors c'est que vous êtes passés à côté du phénomène "Tuche" qui t(o)uche la France depuis 2010.

Alors que Les Tuche 2 - Le rêve américain, sorti le 6 février, a réalisé le meilleur démarrage de l'année (201.264 entrées, loin devant les 124.641 spectateurs des Huit salopards de Tarantino ou les 51.772 spectateurs de Chocolat avec Omar Sy), retour sur la naissance de ce phénomène que peu de gens avaient vu venir. Pas même les principaux intéressés.

"Les gens se sont appropriés le film"

A la sortie du premier volet des Tuche en 2010, le film reçoit un accueil correct du public (1,5 millions d'entrées en salles). Pas de quoi faire trembler le box-office, mais suffisant pour faire le bonheur des producteurs et du réalisateur Olivier Baroux (l'ex complice de Kad Merad dans le duo Kad et O). Mais le bouche-à-oreille va bénéficier au film qui va très vite connaître une deuxième vie en dehors des salles obscures.

"Les gens se sont appropriés le film pendant trois-quatre ans, confie Olivier Baroux à BFMTV. On s’est rendu compte que c’était devenu un truc de fou sur les réseaux sociaux et sur Internet, avec le nombre de clips qui reprennent les répliques des Tuche. Il y a même une équipe de handball qui s’appelle les Tuche en Belgique..."

La première diffusion du film en clair sur TF1 en 2014 confirme la naissance du phénomène, puisque que Les Tuche rassemble 8 millions de téléspectateurs. Pour leur deuxième diffusion le 7 février 2016, ils font encore plus fort en réunissant 8,5 millions de fidèles. Le succès est incontestable pour ce film mettant en avant une famille de la classe populaire qui remporte 100 millions d'euros à la loterie et décide de partir vivre à Monaco. 

Un humour gras et des répliques qui fusent

Pourtant, rien ne laissait véritablement présager le succès de cette comédie sur cette famille un peu spéciale, mais que Jean-Paul Rouve, (qui incarne le patriarche millionnaire de la famille) refuse de cataloguer dans la case "beauf". A la sortie du premier volet, la presse ne s'emballe pas. Le Monde déplore que "Les Tuche paressent entre gentille absurdité et niaiseries sans imagination" quand Métro étrille le réalisateur qui "rate presque tout ce qu'il entreprend: des personnages poussés à l'extrême (...), des dialogues d'une platitude absolue et une pluie de séquences qui ne font surtout pas rire." Pour le second volet, Le Parisien résume le film à cet adjectif: "accablant". Mais malgré une presse récalcitrante, les Tuche vont se faire une place dans le coeur des gens.

Lors de son passage dans Boomerang sur France Inter, Jean-Paul Rouve s'agaçait de voir les critiques résumer le film à une "grosse comédie beauf". "C'est très punk!" assurait-il avant de rappeler que les scénaristes des deux volets des Tuche (ex auteur des Guignols de l'Info), "ne se refusent rien dans la vanne et vont très loin". Un détail qui a sans doute son importance dans la façon dont le public reçoit le film.

Car qu'est-ce qui séduit chez les Tuche au point d'en faire des phénomènes? Pour Jean-Paul Rouve, Les Tuches est simplement une comédie qui offre "un regard de notre société un peu drôle", dans laquelle il n'y a "aucun jugement" et qui se refuse de défendre des valeurs ou une certaine morale. L'humour parfois gras et les situations improbables de ces personnages qui pensent parfois comme des enfants expliquent en partie le succès du film. Pour l'interprète de Jeff Tuche, les spectateurs ont pu s'approprier cette comédie, notamment grâce à ses répliques qui fusent et que certains se renvoient désormais comme d'autres le faisaient à l'époque d'un Père Noël est une ordure par exemple. Et la puissance des réseaux sociaux aujourd'hui amplifie le phénomène.

Télérama demande à ses lecteurs de ne pas discriminer les Tuche

Mais ces Tuche pourraient-ils vraiment laisser leur empreinte comme l'a fait la troupe du Splendid par le passé? Sans doute. Car même si le film d'Olivier Baroux ne réinvente en rien la comédie française, elle a cette faculté à réconcilier l'inconciliable: la comédie populaire et un public élitiste faussement branchouille. Preuve en est avec la critique de Télérama qui s'excuse presque d'avoir aimé Les Tuches 2, d'avoir "ri franchement" et a prié ses lecteurs de ne pas "discriminer" cette sympathique famille simple, mais pas simplette. 

Au regard du succès des deux précédents volets, un Tuches 3 devrait logiquement se profiler dans les salles obscures. Sur le plateau du Grand Journal, Jean-Paul Rouve et Isabelle Nanty s'amusaient déjà à imaginer les Tuche partir, après Monaco et les Etats-Unis, à la conquête de l'Elysée pour un troisième épisode. Une boutade bien sûr. Mais qui prouve que rien n'est impossible pour les Tuche. La French Tuche n'a pas fini de sévir...