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Lambert Wilson de retour en grand méchant dans "Les Traducteurs": "Je ne sais pas si je suis démoniaque"

Lambert Wilson dans Les Traducteurs

Lambert Wilson dans Les Traducteurs - Copyright Magali Bragard

L’acteur est à l’affiche des Traducteurs, un whodunit à la française. Il y incarne un personnage comme il les aime, celui du grand méchant froid, manipulateur et un poil ridicule.

De retour au cinéma, Lambert Wilson s’offre un whodunit, un de ces récits policiers à la Agatha Christie, en attendant son autre sortie importante de l’année: De Gaulle. Dans Les Traducteurs, qui sort le 29 janvier, l’acteur incarne un personnage comme il les aime, celui du grand méchant froid, manipulateur et un poil ridicule.

Il y est entouré - whodunit oblige - d’un casting quatre étoiles: Olga Kurylenko (Quantum of Solace), Riccardo Scamarcio (John Wick 2), Sidse Babett Knudsen (Borgen), Alex Lawther (The End of the F***ing World), Frédéric Chau (Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu?) et Sara Giraudeau (Le Bureau des légendes). À cette occasion, Lambert Wilson évoque son actualité, mais aussi son statut dans un milieu où il faut aussi être, comme son personnage des Traducteurs, un tant soit peu manipulateur... 

Vous avez déclaré en 2014 dans L’Obs: "Je sais instinctivement si je pourrais endosser un personnage ou pas." C’était le cas pour le personnage des Traducteurs?

Oui, parce que j’aime bien les grands méchants. C’est vrai qu’on aimerait jouer des personnages sympathiques, parce que instinctivement on veut être aimé par le public. Même si les spectateurs apprécient les performances des acteurs qui jouent les méchants, ils aiment bien aussi les détester... Il y a un mélange entre le personnage et l’acteur. Ce personnage m’a tout de suite séduit. Cela me paraissait dans mes cordes. Je ne sais pas si je suis démoniaque… 

Le film joue avec l’image que le public a de vous…

J’ai renoncé depuis longtemps à me poser la question de la perception que le public a de moi ou que le métier a de moi. Je ne veux pas le savoir. Sans doute est-ce une faiblesse, une erreur de ne pas vouloir y réfléchir. Peut-être serait-ce bien avisé de me poser la question. Régis Roinsard [le réalisateur, NDLR] cherchait un personnage qui puisse être dans la lignée des méchants de James Bond - élégant, suave, charmeur - et en même temps pris dans une machination dont il devient victime. 

Vous semblez apprécier ces personnages de pouvoir qui perdent pied et se révèlent pathétiques, comme Le Mérovingien dans Matrix ou le Général Pochero dans Sur la piste du Marsupilami…

Oui. J’aime bien chercher la part de pathétique, de ridicule des gens qui se sont construits avec force et ont l’impression de porter une armure invincible. Dans la vie, on est tous fragile. En ce moment, on observe comment un personnage comme Carlos Ghosn se débat, lui qui a une armure tellement solide. En même temps, on voit tellement les fissures, les faiblesses, son désarroi total… Je trouve ça toujours passionnant. À la fin, on est tous pareil. On essaye de faire au mieux, de gérer des événements très compliqués avec plus ou moins de bonté ou d’avidité. Il y a ça aussi, historiquement, dans les grandes figures du théâtre, dans les grands méchants shakespeariens. Ce ne sont finalement que de pauvres humains qui se débattent. 

Pourquoi ce type de personnage vous colle-t-il à la peau? 

Dans l’imaginaire des metteurs en scène et des producteurs je peux incarner un personnage autoritaire, de pouvoir, de sophistication, d’expérience aussi. J’ai un physique qui me pousse vers ces emplois-là. C’est un problème. J’ai dû mal à m’échapper de ce physique - même avec l’aide des techniques modernes de prosthétique que j’ai utilisées récemment sur De Gaulle [Lambert Wilson joue le général dans un film qui sort le 4 mars, NDLR]. J’ai un corps et un visage taillés à la serpe - ce qui implique des caractéristiques psychologiques dans les rôles que l’on me propose. On impose par sa physionomie des clichés d’emploi et nous acteurs devons faire avec. Il faut faire des variations sur ça. C’est pour ça que j’essaye d’aller au-devant de la question de l’enfermement dans un type de rôle en m’amusant, en proposant d’autres choses de temps en temps. Puis, subitement, arrive une proposition très classique, celle du grand méchant. Si c’est riche en scènes, j’y vais. 

Comme dans Les Traducteurs. 

Oui. Il y a une déconstruction totale. On va jusqu’à la folie. Ce qui me plaît dans ce film, c’est que la résolution de l’intrigue ne s’obtient que dans l’avant-dernière réplique. Je n’aime pas tellement les whodunits. Ça me crée toujours de l’angoisse en tant que lecteur ou spectateur. Je n’aime pas subir la pression du suspense. 

Là, c’est vous qui la faites subir.

Oui. Sur le tournage, il fallait sans arrêt se reposer la question de qui sait quoi. On est dans un rébus, un labyrinthe. L’acteur doit oublier ce qu’il sait pour redevenir un personnage qui, lui, ne sait pas. Il fallait refaire le point tous les jours avec le metteur en scène et la scripte. C’est un peu comme un jeu de société. C’est la même situation que ces soirées Cluedo que les gens organisent en ce moment où chacun à un personnage et un secret. Je connais quelqu’un qui en écrit pour des soirées et chacun a une biographie et doit jouer sa partition devant les autres.

Avant Les Traducteurs, vous avez souvent fait des films de groupe, que ce soit avec Alain Resnais ou dans Des hommes et des dieux. Vous aimez?

Je crois que les metteurs en scène et les auteurs français aiment bien les films de groupe, les destins croisés. Je ne les recherche pas particulièrement. Les Traducteurs, c’était très différent. On était à onze sur le même plateau pendant plusieurs semaines dans le fameux bunker. On venait d’horizons très différents (cinéma, télévision, théâtre). Il y avait des degrés de notoriété différents, des techniques différentes. On observe comment les autres se préparent, comment chacun se met dans une situation de tension extrême. Sur le tournage, Régis avait envie que l’on vive des petits chocs de surprise.

Vous avez l’impression d’avoir progressé en tant qu’acteur? 

J’espère. J’espère que l’on progresse tout le temps. On progresse si l’on veut bien progresser. On se nourrit des gens qui nous entourent, mais qui ne sont pas forcément là pour nous donner une leçon. On prend d’eux. C’est le cas de Sidse Babett Knudsen [connue notamment pour la série Borgen et L’Hermine, qui lui a valu un César, NDLR], qui est extraordinaire. Elle impose un réalisme organique par sa présence. Ce qu’elle fait est toujours vrai, juste. On s’adapte et on apprend. Je m’intéresse aussi à la mise en scène, comment un metteur en scène travaille, comment il découpe un film. J’espère que je pourrais devenir metteur en scène avec l’expérience que j’ai acquise pendant toutes ces années. 
Jérôme Lachasse