BFMTV

La Pologne refuse de rouvrir la procédure d'extradition de Roman Polanski

Roman Polanski en décembre 2013 à Monaco.

Roman Polanski en décembre 2013 à Monaco. - Valéry Hache - AFP

La Cour suprême vient de refuser d'ouvrir la procédure d'extradition de Roman Polanski vers les Etats-Unis. Le cinéaste y est toujours poursuivi pour avoir eu des "rapports sexuels illégaux" avec une mineure en 1977.

La Cour suprême de Pologne a refusé mardi de rouvrir la procédure d'extradition vers les Etats-Unis contre le cinéaste franco-polonais Roman Polanski, poursuivi par la justice américaine pour le viol d'une mineure en 1977. L'avocat de Roman Polanski a déclaré "se réjouir" de la fin d'une "procédure ubuesque".

La décision rejetant le pourvoi en cassation introduit par le ministre polonais de la Justice Zbigniew Ziobro met définitivement fin à la procédure d'extradition entamée en 2014 à la demande de la justice américaine.

Le pouvoir conservateur polonais avait rouvert en mai la procédure d'extradition de l'artiste, contestant ainsi une décision du tribunal de deuxième instance de Cracovie qui avait tranché en faveur du réalisateur le 30 octobre 2015.

Virulent réquisitoire

En présentant cette décision, le juge Dariusz Mazur s'était livré à un virulent réquisitoire contre la justice américaine. Selon lui, des juges et procureurs américains avaient "gravement violé les règles d'un procès équitable" dans l'affaire Polanski.

Zbigniew Ziobro avait affirmé à l'époque qu'il ne fallait pas favoriser Roman Polanski en raison de sa carrière artistique. "Le droit est le même pour tous", a-t-il dit, alors que selon lui le réalisateur est soutenu "par la crème de la société mondaine et une partie des médias libéraux".

Son initiative semblait s'inscrire dans l'orientation générale du gouvernement populiste de Droit et Justice (PiS) qui avait déclaré mener une oeuvre d'assainissement du pays en prenant pour cible les élites libérales.

Dans son pourvoi en cassation, le procureur général, qui est aussi ministre de la Justice dans le gouvernement populiste de Droit et Justice (PiS), avait reproché au tribunal de Cracovie d'avoir "renoncé à élucider suffisamment" certaines circonstances légales en vigueur aux Etats-Unis et "jugé de manière sélective et trop unilatérale en faveur de Roman Polanski".

l'affaire polanski

En 1977, en Californie, Roman Polanski, à l'époque âgé de 43 ans, avait été poursuivi pour avoir violé Samantha Gailey (aujourd'hui Geimer), 13 ans.

Après 42 jours de prison, puis sa libération sous caution, le cinéaste qui avait plaidé coupable de "rapports sexuels illégaux" avec une mineure s'était enfui des Etats-Unis avant l'annonce du verdict, craignant d'être lourdement condamné, malgré un accord conclu avec la justice américaine.

La ligne de défense de ses avocats polonais consistait à démontrer que la demande d'extradition n'était pas fondée, compte tenu de cet accord et du temps passé par Polanski en prison en Californie, puis en 2009-2010 en résidence surveillée en Suisse. Ce dernier pays a refusé son extradition demandée par les Etats-Unis.

Samantha Geimer a réclamé à plusieurs reprises l'abandon définitif des poursuites, voulant tourner la page une fois pour toutes. Elle affirme dans ses mémoires avoir pardonné à Polanski: "Je ne lui ai pas pardonné pour lui, je l'ai fait pour moi".

Dans son autobiographie, le cinéaste donne sa version du reportage effectué pour Vogue Hommes avec des photos d'ados "sexy, effrontées", et prête à son modèle un comportement provocateur.

Il versera 225.000 dollars à la jeune fille, dont la vie a elle aussi été bouleversée par cette affaire, avec la pression incessante des médias, de la police et de la justice.

Né en France de parents polonais, l'auteur de Rosemary's Baby et de Chinatown vit en France avec son épouse, l'actrice Emmanuelle Seigner, mais se rend souvent en Pologne. Il n'est jamais retourné aux Etats-Unis, pas même pour recevoir l'Oscar du meilleur réalisateur en 2003 pour le Pianiste.

M. R. avec AFP