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Juliette Binoche dans une comédie féministe: "plus jeune je n’avais pas forcément confiance pour faire rire"

Juliette Binoche dans La Bonne épouse

Juliette Binoche dans La Bonne épouse - Copyright Memento Films Distribution

Juliette Binoche est à l’affiche le 11 mars de La Bonne épouse. Elle raconte les coulisses de cette comédie dramatique sur l’émancipation des femmes ainsi que son rapport au rire.

Malgré un contexte tendu, marqué par l’épidémie mondiale de coronavirus, qui a conduit certains distributeurs à décaler les sorties de plusieurs films, la société Memento a tenu bon: La Bonne épouse, pétillante comédie dramatique de Martin Provost avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky, Edouard Baer et François Berléand sortira bien ce mercredi 11 mars dans plus de 600 salles françaises. Un geste fort dans une situation de crise, d’autant que La Bonne épouse est le parfait antidote à la déprime hivernale.

Situé à l’aube de mai 1968, le film suit Paulette Van Der Beck (Juliette Binoche), directrice d’une école ménagère alsacienne qu’elle tient d’une main de fer. A la mort brutale de son mari, elle découvre qu’il était criblé de dettes et doit apprendre à gérer seule son établissement. Alors que les échos de la révolution à venir commencent à parvenir en Alsace, Paulette voit ses convictions peu à peu ébranlées par le vent de liberté qui souffle en France.

"Ce bonbon merveilleux que les hommes adorent"

La Bonne épouse est né d’un coup de foudre artistique entre Juliette Binoche et Martin Provost. Il lui a écrit ce rôle de Paulette, qui lui permet de camper un personnage complexe, à la fois loufoque, romanesque et émouvant. Un personnage que le réalisateur et la comédienne ont conçu pas à pas ensemble. Martin Provost s’était inspiré, à l’origine, de Cyril (Lesley Manville), la gouvernante un peu stricte et pince-sans-rire de Phantom Thread (2017), le film de P. T. Anderson sur un couturier imaginaire joué par Daniel Day-Lewis.

"Je me souviens que Martin m’avait téléphoné en me disant, 'Je sais tout sur le personnage, je sais comment tu dois le jouer, ta coiffure, ton costume.' J’étais un peu surprise. Ce n’était pas du tout ce que je voulais jouer. Je ne savais pas comment faire pour l’attirer vers autre chose, sans le blesser", raconte aujourd’hui Juliette Binoche.

Martin Provost complète: "Je voyais un personnage austère..." "Très austère!", renchérit Binoche. "Je me suis dit que j’avais envie de prendre le parti pris complètement opposé! Je voyais ses tenues roses, les cheveux lâchés..." Provost accepte les idées de Binoche pour amener le personnage vers la comédie et la parodie, "vers ce bonbon merveilleux que les hommes adorent: la femme parfaite, merveilleuse, avenante, accueillante, souriante, avec toujours le bon mot", analyse Binoche.

Des comédies avec Juliette Binoche
Des comédies avec Juliette Binoche © DR

"Il faut oser la comédie"

Depuis une vingtaine d’années Juliette Binoche tourne de plus en plus de comédies. On l’a vue dans Décalage horaire (2001) avec Jean Reno, Coup de foudre à Rhode Island (2007) avec Steve Carell ou encore Telle mère, telle fille (2016) avec Camille Cottin. Tente-t-elle de s’éloigner de son image d’actrice cérébrale entretenue par ses rôles dramatiques chez André Téchiné (Rendez-vous), Leos Carax (Les Amants du Pont-Neuf) ou encore Olivier Assayas (Sils Maria)? "Non", répond la comédienne, qui tient à rappeler, non sans fierté, ses débuts dans la comédie franchouillarde des années 1980:

"J’ai quand même fait Mon beau-père a tué ma sœur de Jacques Rouffio en 1985 [avec Michel Serrault et Michel Piccoli, NDLR]! Et Les Nanas! [avec Dominique Lavanant et Anémone, NDLR] J’avais 19 ans. J’étais déjà branchée sur la comédie", assure-t-elle.

Si elle reconnaît n’avoir pas toujours prêté son talent à des comédies dignes de ce nom, elle a pu développer au fil des années la capacité, rare, de savoir passer des larmes aux rires. "Il faut oser la comédie. Il faut avoir la nature, l’énergie", précise-t-elle, avant d’ajouter: "Je pense que j’ai cette nature-là." "Juliette est très rieuse. Je ne le savais pas", s’amuse Provost.

"Quand j’ai vu la mère Noémie [Lvovsky, qui joue une religieuse, NDLR] arriver avec ses petites socquettes, ses sandales et ses lunettes, je me suis dit que [Martin] était complètement fou", complète Binoche. "Je me suis demandée comment j’allais pouvoir jouer face à cette énergumène-là! Au départ, je ne pouvais pas la regarder! C’était terrible!"
Juliette Binoche et Noémie Lvovsky dans La Bonne épouse
Juliette Binoche et Noémie Lvovsky dans La Bonne épouse © Copyright Memento Films Distribution

"Je vais vous raconter un drame qui s’est passé"

Pour faire rire, "il y a aussi une histoire de confiance", ajoute-t-elle encore. Si rire et faire rire sont dans sa nature, elle a mis du temps à apprivoiser ce talent: "Je pense que plus jeune je n’avais pas cette confiance-là. On a peur de ne pas être drôle, de décevoir. Je sais que je me raccrochais plus au drame, parce que ça me semblait plus facile. Il faut vraiment des complices sur lesquels on peut s’appuyer."

Elle a pu trouver en Martin Provost le parfait complice pour apporter la bonne dose de comique et de ridicule à son personnage de directrice d’école ménagère. "Si on joue la comédie sans avoir le fond, ce n’est pas crédible, ce n’est pas drôle, ce n’est pas touchant. On a été extrêmement vigilant avec Martin là-dessus. Parfois, je forçais le curseur au départ pour descendre ensuite un peu d’un ton."

Il faut dire que son rire, si caractéristique, si franc et si imposant peut troubler - et être mal interprété. Il a pu lui jouer de mauvais tours: "Je vais vous raconter un drame qui s’est passé. Ma mère qui était séparée de mon père n’avait pas d’endroit où vivre. Son frère lui a dit, 'Viens à la maison'. On a habité chez mon oncle pendant un temps. À un moment donné, pendant un repas, j’ai éclaté de rire. Mon oncle n’a pas supporté mon rire et on a dû se casser de la maison."

Que voulait dire ce rire? "J’étais trop, quoi. C’était trop de vie. La joie de vivre. L’envie d’être vivant. Je ne l’explique que comme ça." Une soif de liberté qu’elle a retrouvée dans son personnage de La Bonne épouse.

Jérôme Lachasse