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François Cluzet dans L'école buissonnière: "Au cinéma, j'aime avoir des contraintes"

François Cluzet et Jean Scandel dans "L'école buissonnière" de Nicolas Vanier, en salles 11 octobre 2017

François Cluzet et Jean Scandel dans "L'école buissonnière" de Nicolas Vanier, en salles 11 octobre 2017 - Radar Films

ENTRETIEN - A l'affiche de L'école buissonnière, le nouveau film de Nicolas Vanier en salles ce mercredi 11 octobre, François Cluzet se confie à BFMTV.com sur ce rôle inédit, évoquant sa carrière, ses projets et la vision de son métier.

Il compte une centaine de films à son actif, a décroché un César du Meilleur Acteur (pour Ne le dis à personne en 2007) et peut se targuer d'être la tête d'affiche de l'un des gros plus succès français au box-office (Intouchables et ses 19,4 millions de spectateurs). La carrière de François Cluzet parle pour lui. A 62 ans, le comédien a une soif de tourner et multiplie les projets. Il est à l'affiche ce mercredi de L'école buissonnière, le nouveau long-métrage de Nicolas Vanier tourné au coeur de la Sologne. Un rôle inédit pour l'acteur qui incarne Totoche, un braconnier atypique qui va prendre sous son aile un jeune garçon de 12 débarqué de Paris.

A l'occasion de la sortie du film qui réunit également Eric Elmosnino, François Berléand, Valérie Karsenti et Jean Scandel, François Cluzet s'est confié à BFMTV.com. Il partage son expérience sur ce film pas comme les autres, livre sa vision du métier d'acteur et en profite pour faire le point sur des projets auxquels son nom est associé, l'hypothétique Les Petits Mouchoirs 2 de son ami Guillaume Canet et la série à succès de France 2, Dix pour cent.

Nicolas Vanier a loué votre investissement total pour ce rôle dans L'école buissonnière. Pour quelles raisons vous êtes-vous autant investi?

Je suis un amoureux des arbres, alors quand on me propose un film en forêt, vous ne pouvez pas me faire plus plaisir! Et puis, des avocats, des médecins, des citadins, j’en ai joués. Mais je n’avais jamais interprété un "homme des bois". D'ailleurs, si j’étais metteur en scène, même moi je ne me proposerais pas le rôle, j’irais cherché un acteur qui a la gueule! (rires) Donc là, je me suis laissé pousser la barbe pendant six mois, on m'a fourni le costume deux mois avant... J’ai eu une préparation très enthousiasmante. Je n'étais pas dans mon élément car je suis né à Montmartre, mais je l'étais quand même un peu, car c’est celui où je préfère être: la forêt.

Dépendre de la nature et des éléments rend les tournages plus compliqués. C'était un challenge encore plus intéressant pour vous?

Par expérience et par plaisir, j’aime avoir des contraintes! Je n’aime pas quand tout coule, c’est trop facile. Par exemple, je pourrais faire une déclaration avec un caillou dans la chaussure, je préférerais! Tu as la douleur et en même temps, tu parles d’un sentiment.

"C'est une sorte de conte initiatique qui nous alerte sur la protection de la nature"

Comment décririez-vous le personnage de Totoche, qui est aussi bourru qu'attachant?

C’est un type qui vit seul avec la nature, qui n’a pas besoin de communiquer, qui n’a pas l’habitude des autres. C’est un solitaire, donc pour lui, un enfant est une gêne. Il a la science des animaux, de la forêt et des arbres, il connaît le silence, sait marcher à pas feutrés. Quand Nicolas Vanier (le réalisateur, NDLR) m’a amené pour la première fois en forêt en Sologne pour me montrer une harde de sangliers, je l'observais, je regardais comment il avançait, se comportait... Et ça m’inspirait pour mon personnage.

Le film est porté par un jeune acteur, Jean Scandel, âgé de 12 ans. Est-ce plus difficile de donner la réplique à un enfant?

Non, ça n'a été compliqué pour personne, car on a eu la chance de tomber sur un enfant intelligent, discipliné, qui arrivait à se concentrer. Il avait une volonté de bien faire, il intégrait tout très vite et il avait la candeur du personnage. Au bout d’une semaine, je lui ai d’ailleurs dit: "Ecoute, tout le monde est content de toi, alors fais-moi plaisir, je veux que tu sois heureux!" Là, j’ai vu dans ses yeux une reconnaissance immense car je lui disais un peu comme un père, "sois heureux maintenant".

Dans son intrigue et ses ressorts, L'école buissonnière ressemble presque à un "Oliver Twist en Sologne". Etait-ce volontaire?

Alors personne n’en a jamais parlé, mais vous avez raison! Le film nous en rappelle d'autres qu’on croit avoir vus. C'est pour cette raison que le faire aujourd’hui est une bonne chose. Les gens connaissent la nature, mais là, ils la redécouvrent. Ce qui arrive à point nommé. Aujourd’hui, on parle de la surconsommation, on est en état de faillite avec la nature. On consomme plus que ce qu’elle n’offre. C’est très important de dire comment ça se passait dans les années 1930 et comment ça risque de ne plus se passer si on ne prend pas garde à ce trésor. C’est une sorte de conte initiatique qui nous alerte sur la protection de la nature.

"Je fais tous mes films pour mes enfants"

Justement ce côté "engagé" du film vous a-t-il séduit aussi?

Oui, en y participant, j’étais obligé de partager ces inquiétudes. L’idée, par exemple, de vouloir s’approprier un domaine de 600 hectares en le grillageant est complètement débile. C'est uniquement pour s’assurer que les animaux sont là le jour où on veut chasser. Donc on les enferme… Cette révolte exprimée par Vanier est tout à fait judicieuse et légitime.

Est-ce que vous faîtes aussi ce genre de films pour vos enfants?

Je fais tous mes films, tout mon travail, pour mes enfants. Si j’ai évité d’être gangster, c’est parce que je voulais des enfants, je n’avais pas très envie comme le fils de Pablo Escobar de dire: "Je ne suis pas vraiment fier de ce que mon père a fait"! (rires). Bon, je ne suis pas spécialement fier de ce que je fais, mais je leur montre qu’une vie artistique, c’est faisable. Après, je ne vais pas ce métier pour enchaîner les films, c’est aussi parce que je rencontre des gens magnifiques. Si vous les choisissez bien, vous rencontrez des personnes comme Vanier qui sont pleins de savoir et d’une humilité incroyable.

Jean Scandel et François Cluzet dans "L'école buissonnière", en salles le 11 octobre 2017
Jean Scandel et François Cluzet dans "L'école buissonnière", en salles le 11 octobre 2017 © Radar Films

Vous avez l'image d'un acteur intense, voir parfois nerveux, alors que vous avez tourné de nombreuses comédies, loin de cette image justement. Essayez-vous parfois de la contrôler?

Non, pourquoi je calculerai? Je ne sors pas, je ne vais dans aucun festival, je déteste ça, je ne suis absolument pas mondain, et j’ai toujours travaillé. Donc je n’ai jamais changé. Mais j'ai eu tellement de chance. C’est ce qui m’a permis de croire en moi, en mon destin. Et ensuite, c’est même une chance physique. Il y a 50 ans, si vous n’étiez pas un très beau mec, vous n’aviez pas les rôles principaux. Aujourd’hui, on n’en veut plus du "très très beau", car il ne peut jouer que des "très très beaux". Si vous avez un physique médian, sympathique et un peu de charme, vous pouvez tout jouer. Là, je n'y peux rien, ce sont mes parents qui me l'ont donné! (rires). Mais je reste humble, car je suis toujours ambitieux et curieux. La pire des choses serait de se prendre au sérieux et de se dire: "Quel type formidable je suis!"...

"Dix pour cent? Je ne crois pas que ce soit pour moi."

Qu'en est-il des Petits mouchoirs 2 annoncé pour l'année prochaine?

Guillaume Canet ne veut pas trop qu’on en parle, car je crois qu’il hésite entre plusieurs films. Il ne sait pas si les gens veulent ce film-là, ou un autre. Aujourd’hui, on ne sait encore rien. Je pense qu’il le fera, mais quand je ne sais pas. Guillaume est un instinctif, pas un intellectuel donc il fera ce qu’il sent être le plus urgent, c’est comme ça qu’il réussit ses films.

Dominique Besnéhard a émis le souhait de vous avoir pour la saison 3 de Dix pour cent. Va-t-on vraiment vous retrouver dans la série?

Je ne crois pas que ce soit pour moi. J’ai fait beaucoup de télé, mais maintenant que je fais du cinéma, je vois ce que le cinéma offre. Le cinéma, c’est une scène par jour. La télé, c’est deux ou trois. Il y a un luxe en terme de temps qui a à voir avec la qualité. Après, j’ai des enfants. Si je ne travaillais pas, j’irais tout de suite faire Dix pour cent. Je crois que c’est assez bien ce qu’ils font. Plusieurs amis m’ont dit qu’ils s’étaient bien marrés en jouant dedans et ça a du succès. Je ne dis pas non à l’avenir, mais pas là précisément. Ca m'a fait plaisir qu'on pense à moi, mais j’ai 60 ans, je suis en pleine maturité de jeu et en pleine demande. La plupart des scénarii me tombent des mains. A partir du moment où j’ai des propositions, pourquoi je ne prendrais pas la meilleure? Et la meilleure, elle est obligatoirement au cinéma avec des grands metteurs en scène et des grands partenaires. Tant que j’aurais cette chance, je resterai là.