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Comment Bruno Podalydès et Emeline Bayart ont ressuscité Bécassine

Bécassine

Bécassine - UGC Distribution

Rencontre avec le réalisateur Bruno Podalydès et l'actrice Emeline Bayart, qui redonnent vie au célèbre personnage du début du XXe siècle.

Après Rouletabille, dans Le Mystère de la chambre jaune (2003) et Le Parfum de la dame en noir (2005), le cinéaste et acteur Bruno Podalydès se penche sur une nouvelle figure marquante du début du XXe siècle: Bécassine. Créé en 1905 par l'écrivaine Jacqueline Rivière et le dessinateur Émile-Joseph-Porphyre Pinchon, ce personnage débarque au cinéma ce mercredi 20 juin sous les traits d'Emeline Bayart. Pour autant, Bruno Podalydès n'a pas cherché à moderniser le personnage: 

"Retrouver une époque, ce n’est pas juste retrouver des costumes, des voitures ou des meubles, mais une pensée, avec tous ses archaïsmes, y compris les pensées racistes ou de classe", explique Podalydès. "C’est amusant que Michel Vuillermoz dise: 'Une belle fille comme toi trouvera tout ce qu’elle veut à Paris'. Aujourd’hui, on dirait que c’est très sexiste, mais à l’époque, on pouvait le penser."

Contrairement aux films de Michel Hazanavicius, qui privilégient souvent le pastiche et le second degré, Podalydès préfère que ses comédiens jouent son scénario au premier degré, sans moquerie ou cynisme: "J’aime bien m'identifier à des gens que je n’ai pas connus dans une période que je n’ai pas connue. Je trouve que la fiction permet de retrouver non pas les faits (un documentaire le fait très bien), mais la pensée, les émotions de l’époque".

C'est pour cette raison que son film s'intitule Bécassine! et non Bécassine. "C'est une interpellation, c'est joyeux. Je ne voulais pas avancer en étant gêné d’avoir choisi un personnage du début du siècle [dernier]. Je trouvais que c’était vivifiant", indique, à propos du point d'exclamation du titre, Bruno Podalydès.

"Tout est joliment maladroit chez Bécassine"

Bécassine, selon Emeline Bayart, est un personnage très difficile à jouer, car il ne faut "jamais perdre de vue l’authenticité de l’enfance qu'elle porte en elle". Pour l'incarner, il faut l'attraper "par le corps", précise la comédienne, avant d'ajouter: "Elle est à tous les niveaux singulière, cette Bécassine. Elle l’est par le corps, par l’expressivité, par ses intentions toujours changeantes. A l’instar du film, elle passe du burlesque à une émotion à fleur de peau". 

Bécassine, chez Podalydès, marche ainsi comme Charlot: "Le dessin est très parlant: elle n’est jamais symétrique", analyse-t-elle. "Tout est joliment maladroit chez elle. Tout est cahin-caha, mais avec une belle vivacité. Elle a une démarche singulière. C’était important que ça transparaisse à l’image".

Emeline Bayart apparaît aussi souvent figée à l'écran, comme dans une case de BD: "La bande dessinée est une succession d'instants. Il fallait restituer cette sensation-là à l’image. Ce n’est pas facile, mais c’est très jouissif à faire pour un acteur". Elle poursuit:

"ll faut être toujours authentique dans les intentions, parce qu’il faut gérer l’outrance, parce que c’est un personnage de bande dessinée, et il ne faut pas trop en faire, parce qu’on est au cinéma. Le dosage est précis".

Bécassine
Bécassine © UGC Montparnasse

"Bécassine est plus intéressante que Tintin"

Cette précision se retrouve notamment dans la tenue de Bécassine, et en particulier dans sa coiffe. "Bruno a eu une idée extrêmement ingénieuse: les oreilles de la coiffe sont bien ouvertes quand elle est heureuse, et quand elle est malheureuse, elles tombent".

Cette délicatesse se retrouve aussi dans le personnage du père de Bécassine, incarné par le dessinateur Blutch, Grand Prix d'Angoulême en 2009. "Quelqu’un dont le père était paysan a été très touché par le fait qu’il ne lève pas le regard, qu’il soit toujours baissé, plongé dans sa fatigue, presque timide avec sa fille. Blutch n’a pas de répliques. J’ai été très touché qu’il s’empare du rôle comme ça", dit Podalydès.

Le réalisateur a souvent glissé dans son œuvre des références à Tintin, allant même jusqu'à reproduire une scène d'un album dans un de ses films. Si ce dernier estime que le cinéma ne pourrait rien apporter à Hergé, il assure que Bécassine ne peut que bénéficier de l'apport du cinéma: 

"Bécassine, je la trouve plus mystérieuse que Tintin. Tintin, c’est le redresseur de torts. C’est qui est intéressant chez lui, c’est tous les personnages secondaires. Bécassine n’est pas comme lui un centre vide. Elle est humaine, elle s’engage du côté des sentiments quand Tintin ne le fait pas. C’est un personnage plus intéressant à porter à l’écran". 

Jérôme Lachasse