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Christian Clavier: "L'autocensure et le politiquement correct sont en train de nous envahir"

Christian Clavier dans Rendez-vous chez les Malawas

Christian Clavier dans Rendez-vous chez les Malawas - Pathé

L'acteur revient sur son nouveau film, en salles le 25 décembre. Il évoque aussi le mystère qu’il continue de cultiver autour de sa personne, les tensions avec Alain Chabat sur le tournage d’Astérix, mais aussi ses projets, dont la suite du Bon Dieu.

C’est un mythe de la comédie française, qui a fait rire des millions de spectateurs. Il n’a plus rien à prouver et pourtant il continue de consacrer son énergie à jouer dans des comédies. Le 25 décembre, Christian Clavier est à l’affiche de Rendez-vous chez les Malawas, le nouveau film de James Huth (Brice de Nice). 

Dans cette parodie de l’émission Rendez-vous en terre inconnue, l’ex-Splendid donne la réplique à Michael Youn, Ramzy Bédia et Sylvie Testud. Chacun incarne une célébrité fictive catapultée chez les Malawas, une des tribus les plus isolées du monde. S’en suit une série de gags burlesques auxquels Christian Clavier participe avec délectation. 

A l’occasion de Rendez-vous chez les Malawas, Christian Clavier se confie à BFMTV. L’acteur revient sur son nouveau film, sa conception de l’humour, le mystère qu’il continue de cultiver autour de sa personne, les tensions avec Alain Chabat sur le tournage d’Astérix, mais aussi ses projets, dont la suite du Bon Dieu et son polar déjanté Do You Do You Saint Tropez

Rendez-vous chez les Malawas est un film sur l’image des stars, la manière dont le public voit les stars. C’est d’autant plus intéressant de vous y voir, vous dont la personnalité a sans cesse été confondue avec vos rôles au cours de votre carrière…

Je n’ai pas tellement pensé à ça. Je ne me suis jamais intéressé aux images. Ce n’était d’ailleurs pas à la mode quand j’ai commencé. Rochefort, Noiret, Serrault, Poiret ne se posaient pas ce genre de questions. Delon devait probablement se la poser. Il était terriblement dans l’image. Mais c’était une exception. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux et Internet, les gens ne parlent que d’images, de postures, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils ne sont pas. Les gens pensent que ça a de l’importance. Je pense que ça n’en a aucune. Nous sommes des interprètes, point à la ligne.

Votre personnage ressemble à l’image que le public a de vous, même si on sait que vous ne feriez jamais ce genre d’émission... 

Je n’en ai jamais fait. J’ai toujours été très mal à l’aise par pudeur naturelle. Je peux me tromper, mais j’aurais été très mal à l’aise avec ce genre d’émission. La caméra placée au moment où vous êtes ému en regardant le petit garçon handicapé me gêne effroyablement. Je ne peux pas vous dire pourquoi. Je trouve ça terriblement putassier, donc je ne peux pas. Je ne peux même pas le regarder. C’est une gêne de spectateur. Donc vous m’imaginez le faire... 

Vous êtes aussi quelqu’un de très mystérieux...

Tant mieux. J’y tiens beaucoup.

Libération écrivait à ce sujet en 1995: "On ne rencontre Christian Clavier que par effraction"

C’est assez juste, oui.
Michaël Youn et Christian Clavier dans Rendez-vous Chez Les Malawas
Michaël Youn et Christian Clavier dans Rendez-vous Chez Les Malawas © Pathé

Le tournage de Rendez-vous chez les Malawas a été compliqué? 

Oui, très difficile. 54 degrés au soleil, c’est vraiment rude. Il fallait boire tout le temps de l’eau, sinon on tombait à la renverse. C’est un pays magnifique, étourdissant [le tournage s’est déroulé en Afrique du Sud, NDLR]. Il faut y aller en touriste, pas pour travailler. En tout cas pas l’été, comme on l’a fait. 

Cette chaleur influence-t-elle le jeu?

C’est difficile de ne pas l’influencer. C’est compliqué. Il faut rester très concentré pour arriver à garder la ligne que vous avez définie ou qui est nécessaire. C’est fatiguant. La fin des journées est vidante.

Il y a eu des tensions sur le tournage?

Pas tellement de tensions, mais tout le monde était crevé. Il y avait un moment où on rechigne à faire la quinzième prise. 

Vous tourniez autant?

C’est un malade mental, Huth. Il fait quinze, vingt, vingt-cinq prises, s’il peut. Il y a un moment où il faut l’arrêter. Il a senti qu’on allait s’énerver et on s’est arrêté. 

Michaël Youn a dit au micro d'Europe 1 que vous étiez "chiant"...

C'était le seul pas drogué, c'est pour ça.

Vous jouez avec Michaël Youn et Ramzy Bedia, une génération de comiques qui a grandi avec vos comédies. Vous vous êtes toujours mêlé à différentes générations d’humoristes. C’était le cas dans Papy fait de la résistance, mais aussi dans Les Profs, Babysitting 2 et Le Bon dieu. Qu’est-ce que cela vous apporte? 

Je l’ai refait sur Do You Do You Saint Tropez. Je me rappelle toujours de moi regardant avec admiration Noiret, Marielle et Rochefort dans Que la fête commence [de Bertrand Tavernier, en 1975, NDLR] où on avait des petits rôles [avec Thierry Lhermitte et Gérard Jugnot, NDLR]. Je n’avais qu’une envie: qu’ils nous tendent la main. J’ai toujours pensé à cela à l’envers. C’est un métier de cooptation, de transmission, de troupe. On ne joue jamais mieux qu’avec de très bons partenaires. C’est très intéressant de voir arriver des jeunes. C’est eux qui vont nous remplacer. 
Michael Youn, Sylvie Testud, Christian Clavier et Ramzy Bédia dans Rendez-vous chez les Malawas
Michael Youn, Sylvie Testud, Christian Clavier et Ramzy Bédia dans Rendez-vous chez les Malawas © Pathé

Dans vos films, vous fonctionnez le plus souvent en duo ou en groupe. Vous jouez rarement seul. La comédie se joue forcément à plusieurs?

Le cinéma, ce n’est pas du one man show ou du stand-up. On finit par l’oublier d’ailleurs. Bizarrement, c’est rare que les gens de stand-up fonctionnent au cinéma, justement parce qu’ils ne savent pas jouer avec les autres. Au cinéma, on doit jouer avec les autres. La comédie, ça se joue en troupe. Fondamentalement. Après, vous avez des acteurs qui écrasent tout: c’est le cas de Louis de Funès, de Peter Sellers… Encore que dans The Party ils sont tous géniaux.

Quand vous jouez, êtes-vous conscient qu’il faut laisser la place aux autres?

J’essaye, en tout cas. 

Dans Babysitting 2, Le Bon Dieu ou encore Les Malawas, on vous sent plus à l’aise avec la nouvelle génération que dans Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre… C’est ce que vous avez ressenti à l’époque?

C’était plus complexe. Je ne sais pas si le réalisateur avait tellement envie de faire le film avec moi.

Alain Chabat?

Oui.

Pourquoi?

Aucune idée. Vous me demandez ce que j’ai ressenti et je pense qu’il y avait de ça. 
Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre
Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre © Pathé

Il paraît que vous étiez aussi perdu sur le tournage du premier Astérix de Claude Zidi.

C’était un tournage plus complexe. Astérix est un personnage complexe à jouer, parce qu’il n’y a rien à jouer. Après, ce sont des films qui plaisent beaucoup et que j’ai été ravi de faire. Le couple emblématique que j’ai été avec Gérard a beaucoup servi Astérix et Obélix. C’était bien.

Vous avez joué dans Astérix et L’Enquête Corse. La mise en scène de James Huth dans Les Malawas est elle-même très inspirée par les BD. Vous en lisez?

Oui, beaucoup. J’ai une très grosse collection. Je lis tout ce qui sort, tout ce qui me tombe sous la main, quand je trouve qu’il y a un bon scénario. Ça va des Alix aux nouveaux Blake et Mortimer en passant par la heroic-fantasy d’aujourd’hui. La BD Berlin n’est pas mal, aussi. 

La fin des Malawas fait penser à un moment célèbre de votre carrière: la 100ème de Ciel mon Mardi! avec Christophe Dechavanne en 1990.

(Rires). C’était dément. C’était un happening dément. C’est un très bon souvenir. On s’aperçoit que la liberté que l’on avait à cette époque-là est totalement terminée aujourd'hui. Tout est fabriqué aujourd’hui. Alors que là c’était complètement improvisé. L’émission partait dans tous les sens. Dechavanne et ses compères étaient formidables. Tout le monde se laissait aller. On ne savait pas où on allait. Aujourd’hui, tout est calibré. C’est cela qui est triste.

Vous êtes nostalgique?

Je ne suis pas du tout nostalgique. Je vous dis simplement que c’était mieux que ce que la télévision fait aujourd’hui. Je ne suis pas du tout nostalgique. [Je ne pense pas que] c’était mieux avant. La censure, l’autocensure, la politiquement correct sont en train de nous envahir. C’est compliqué pour la comédie, les bêtises.

Quand vous avez appris mi décembre la mort de Guy Laporte, qui a joué dans Les Bronzés, vous avez ressenti de la nostalgie?

Je lui ai rendu hommage sur Twitter. C’est beaucoup trop jeune, 71 ans. C’était un garçon absolument adorable. C’était une aventure formidable. C’est tout une époque. On ne peut pas manquer d’avoir de la tristesse et une forme de nostalgie. Ça fait partie des gens qui commencent à partir [Anémone est, elle aussi, morte en début d’année, NDLR]. C’est triste.

La fin des années 2010 approche. Cette décennie se conclut après plusieurs succès comme Les Profs, Babysitting 2 et Le Bon Dieu, mais aussi des retrouvailles avec Gérard Depardieu chez Bertrand Blier. Il y a un moment en particulier que vous chérissez?

(Il réfléchit) Je ne sais pas… Tout ça, c’est bien, mais je ne sais plus, ce n’est pas le moment. Le Bon Dieu est certainement un pic.

C’est une décennie qui n’avait pas commencé sous les meilleurs auspices avec l’échec d’On ne choisit pas sa famille et les critiques dans la presse…

Oui, oui. Les gens ne supportent pas beaucoup que vous ne soyez pas de gauche. Ils ont l’air fin aujourd’hui (rires)!

Quel regard avez-vous sur Les Visiteurs 3?

Il faut un peu plus de temps pour analyser. Après, on passe d’un film à l’autre. Avec Jean-Marie, on a eu ensuite envie d’écrire Do You Do You Saint Tropez. On a toujours fait un film dans un sens, un film dans un autre. Je me suis beaucoup amusé avec les personnages de Jacquouillet et de Robespierre. Il y a une dimension marrante. 

Jacquouille vous manque? 

Non, pas du tout. Les personnages ne me manquent pas. Je les joue avec plaisir, mais je n’ai pas de problématique comme ça. Je ne revois jamais les films que j’ai faits. Je n’y pense pas. Je pense à jouer. Au présent. Ce qui me plaît, c’est jouer. Pas de me regarder jouer. Je n’ai pas envie de regarder mes films en boucle en me disant que c’est formidable. J’ai même oublié les répliques. J’avance. Tant que j’ai l’énergie pour jouer, c’est ça qui me plaît.

Le tournage de Do You Do You Saint Tropez s’est bien passé?

Formidable. Extraordinaire. Benoît Poelvoorde est un génie pur. On forme un duo. Il y a Gérard Depardieu, Thierry Lhermitte, Jérôme Commandeur, Vincent Desagnat, Rossy de Palma, Virginie Hocq… Il y a une jeune génération de comédiens qui s’en est aussi très bien sortie. Ça va décoiffer. Il y a des gags partout. C’est une enquête du commissaire Boulin [joué par Christian Clavier, NDLR], qui est le fils naturel de Maigret et de Clouseau. Ça a toujours été un rêve pour moi de me mettre dans les pas de Blake Edwards.

Et Le Bon Dieu 3?

Philippe [de Chauveron, le réalisateur,] est en train d’écrire.

Vous savez de quoi ça parle?

Oui, mais c’est à lui d’en parler. 

Vous avez d’autres projets? 

Je pense que je vais ouvrir des laveries en Chine (rires). Je ne sais pas du tout ce que va me proposer le cinéma. J’ai envie d’écrire un peu pendant quatre-cinq mois. Et après voir ce qui va se passer au cinéma ou dans les séries. Ça me plaît beaucoup, les séries. Il y a vraiment des choses à faire. On renoue presque avec la littérature du XIXe siècle. Je vais probablement faire une série à un moment ou à un autre. Ce ne sera pas forcément une comédie, [mais plutôt dans la lignée] des Misérables ou de Napoléon à la télévision. 
Jérôme Lachasse