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Ces livres de Jean d'Ormesson qu'il faut retenir

Jean D'Ormesson à Paris en 2006

Jean D'Ormesson à Paris en 2006 - Olivier Laban-Mattei - AFP

L'Académicien Jean d'Ormesson est mort ce mardi 5 décembre à l'âge de 92 ans. Il aura marqué la littérature française en écrivant une quarantaine d'ouvrage en six décennies. Une oeuvre riche dans laquelle certains livres font figure d'incontournable. Voici ceux qu'il faut retenir pour mieux comprendre l'homme et l'écrivain qu'il était.

Aristocrate élégant et charmeur, Jean d'Ormesson était l'une des figures les plus populaires du paysage intellectuel et médiatique français. Si le grand public le connaissait et l'appréciait pour son espièglerie, son esprit malicieux, son hédonisme, son côté séducteur et son regard bleu d'acier, cet écrivain, mort ce mardi 5 décembre à l'âge de 92 ans, laisse derrière lui une oeuvre riche d'une quarantaine de livres écrits en six décennies, mais que tout le monde ne connaît pas forcément.

Retour sur les oeuvres marquantes de celui qui jusqu'au bout se sera astreint à l'écriture d'un livre par an et dont la récompense suprême fut de voir son oeuvre publiée dans la collection La Pléiade des éditions Gallimard en 2015. "C'est une grande émotion La Pléiade!", confiait-il à l'époque. "On entre dans la collection de Chateaubriand, d'Aragon, de Proust..."

Au plaisir de Dieu, son oeuvre phare

Parce qu'il est son premier roman, L'Amour est un plaisir, publié chez Julliard, est inévitablement une oeuvre essentielle dans la carrière de Jean d'Ormesson, même si celui-ci s'est vendu à seulement 2.000 exemplaires. Le futur Académicien l'a écrit à 31 ans et il y fait le récit de trois jeunes hommes et une jeune femme qui partent un été sur les routes de Provence au volant d'un cabriolet sous fond d'amitié et de soleil. Un hymne à la jeunesse pour cet éternel optimiste, fervent défenseur de la vie et ambassadeur du bonheur qui revenait sur ce roman dans un entretien au Point en 2012. Il expliquait que son rôle n'était "pas de donner des leçons à la jeunesse." "L'idée que les vieillards ont de l'expérience, je n'y crois pas du tout. La jeunesse ne doit pas en tenir compte, il faut qu'elle fasse ce qu'elle croit.", confiait-il.

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En 1971, Jean d'Ormesson publie La gloire de l'Empire aux éditions Gallimard, un livre dans lequel l'écrivain s'amuse à pasticher les récits d'historiens en recréant l'histoire d'un empire avant la naissance de Jésus-Christ. Il se voit alors récompensé par le grand prix de l'Académie française et sa carrière littéraire explose avec ce livre vendu à 100.000 exemplaires. Trois plus tard, il fait alors son entrée parmi les Immortels. Cette même année, ce normalien et agrégé de philosophie délivre alors son oeuvre phare, Au plaisir de Dieu, publiée chez Gallimard. 

Dans ce roman incontournable, qui sera adapté en série à la télévision, "Jean d'O" retrace la vie d'une famille aristocratique et en dresse un portait sincère pour mettre en avant l'évolution des mentalités et des valeurs aux XXème siècle. L'écrivain y évoque ses thèmes de prédilection: la famille, les traditions, la foi en la littérature, l'Histoire, le temps, Dieu, la quête de vérité...

La vie, le bonheur, Dieu: ses thèmes de prédilection

Très prolifique tout au long de sa carrière, Jean d'Ormesson n'aura eu de cesse de s'interroger dans ses romans, souvent avec un regard émerveillé, sur l'origine de l'univers, le hasard, le temps et Dieu. Même quand les problèmes de santé le rattrapaient. Un cancer de la vessie lui a valu en 2013, huit mois de souffrances et de séjours à l'hôpital.

Epuisé, il a pourtant écrit après cet épisode douloureux un roman, Comme un chant d'espérance, publié en 2014 aux Editions Héloïse d'Ormesson, dirigées par sa fille. L'occasion pour lui de se questionner une nouvelle fois sur ces thèmes préférés, comme il l'avait déjà fait dans le remarquable C'est une chose étrange à la fin que le monde, paru aux éditions Robert Laffont en 2010 et dont le titre provient d'un célèbre poème d'Aragon. Il s'interrogeait à alors sur le monde, son origine et le sens de la vie.

"Dès que j'écris quelque chose, c'est du d'Ormesson"

A ceux qui lui reprochaient parfois d'écrire à chaque fois "le même livre", Jean d'Ormesson répliquait avec sa verve habituelle dans Le Point: "Heureusement! Mauriac disait: 'C'est une malédiction. Dès que j'écris quelque chose, c'est du Mauriac !' Eh bien, dès que j'écris quelque chose, c'est du d'Ormesson. Ça vaut ce que ça vaut, mais déjà on le reconnaît."

Celui qui avouait un peu honteux avoir voulu écrire la première fois pour "plaire à une fille" laisse derrière lui une oeuvre d'une extrême richesse. Attendu en février 2018, son dernier roman publié à titre posthume s'intitulera Et moi, je vis toujours. Immortel, jusqu'au bout, pour ce brillant intellectuel qui en 2003, dans C'était bien, écrivait alors: "Ce qui était bien, c'était la vie. Pas la mienne, bien sûr. La vie tout court. J'ai beaucoup aimé ce bref passage dans notre monde."

Fabien Morin