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Que se passe-t-il quand la source d'un fleuve, comme la Tamise, se retrouve à sec?

La Tamise à sec à Ashton Keynes, non-loin de sa source historique, le 8 août 2022.

La Tamise à sec à Ashton Keynes, non-loin de sa source historique, le 8 août 2022. - ADRIAN DENNIS / AFP

De nombreux cours d'eau souffrent de la sécheresse en Europe et voient leur niveau baisser ou se trouvent en partie à sec. Un phénomène aux conséquences importantes pour la faune et la flore locales.

La sécheresse continue de frapper l'Europe. Entre manque de précipitations et fortes chaleurs, de nombreux fleuves du Vieux Continent voient leur niveau d'eau baisser de façon importante, voire sont en partie à sec. Pour la célèbre Tamise en Angleterre, la source même du fleuve s'est tarie. Un phénomène peu fréquent et préoccupant s'il vient à se répéter.

Un "filet d'eau" fragile

Comment la source du fleuve le plus long d'Angleterre peut-elle se tarir? Malgré l'importance de ce cours d'eau, l'hydrologue Laurie Caillouet rappelle pour BFMTV.com qu'"au tout début, un fleuve ne débute généralement que par un filet d'eau".

"La Tamise à sa source peut se traverser à pieds", souligne-t-elle.

Ce filet d'eau provient de l'eau du sol "qui remonte des nappes souterraines", explique l'hydrologue. Problème: quand les précipitations manquent ou que l'eau est puisée de façon trop importante, les nappes phréatiques ne peuvent pas reconstituer leur stock comme elles le devraient.

C'est justement ce qu'il s'est passé pour la Tamise. Depuis plusieurs mois, voire depuis l'hiver dernier, les pluies ont été trop faibles par endroit pour permettre à certaines cavités souterraines de se régénérer.

En revanche, d'autres cours d'eau ont continué à alimenter le fleuve plus en aval. "Il y a souvent aussi des apports d'eau d'origine humaine d'un fleuve à l'autre, à travers des systèmes de conduites et canaux", ajoute l'hydrologue Isabella Zin pour BFMTV. Ce qui explique que la Tamise ne soit pas à sec sur toute la longueur.

Une consommation d'eau qui aggrave le phénomène

Le manque de pluies ne suffit pas cependant à expliquer cette situation. Pour Laurie Caillouet, la sécheresse que connaît actuellement l'Europe est d'ailleurs "importante", mais n'est en soit pas exceptionnelle. "Le phénomène météorologique n'est pas inédit", estime-t-elle, rappelant que le Vieux Continent a connu de fortes sécheresses en 1976 ou encore en 2011.

"La grosse différence est dans nos usages. Dans le passé, il y avait moins de gens et beaucoup moins de dépenses en eau. C'est en sens que la sécheresse est inédite", explique l'hydrologue.

Face à ce problème, l'experte estime qu'il devient nécessaire de repenser notre gestion des ressources en eau que ce soit sur le plan agricole, industriel ou dans nos utilisations domestiques. "Nos usages sont trop importants par rapport à l'eau disponible", estime-t-elle.

Des conséquences désastreuses pour la faune et la flore

Les conséquences de la sécheresse sont importantes pour la faune et la flore des cours d'eau. "Lorsque le niveau d'eau diminue, les espèces qui vivent dans la rivière ou près de celle-ci ne retrouvent pas leurs conditions de vie normale. Dans les cas plus graves, elles n'arrivent pas à s'adapter et meurent", explique Isabella Zin, comme cela a été le cas dans le Rhin, la semaine passée.

L'eau perd à la fois en qualité, puisqu'elle possède moins d'oxygène et de minéraux, mais en plus, les eaux plus chaudes contribuent à "développer les algues et les bactéries", ces dernières libérant des toxines dangereuses pour la faune et la flore locales, selon Laurie Caillouet.

"C'est tout l'écosystème de la rivière qui est mis en danger", résume la chercheuse.

Un retour à la normale seulement à l'automne

Il faudra maintenant être patient. "Ce n'est pas avec une semaine de pluies que la situation va revenir à la normale. Ce ne sera pas avant octobre ou novembre", prévient l'hydrologue.

"Les sols sont très secs et ne sont pas en mesure d'absorber l'humidité d'un coup", explique-t-elle.

Si la situation devrait finir par se régler dans les semaines et mois à venir, la répétition de ce type de phénomène inquiète la chercheuse qui craint qu'ils affaiblissent animaux et végétaux marins. "Les écosystèmes peuvent se régénérer, mais il leur faut du temps", souligne-t-elle.

Juliette Desmonceaux