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Marseille: un artiste tatoue des lettres de la Déclaration universelle des droits de l'Homme aux passants

Abigail Glasgow reçoit un tatouage éphémère chez Ephemeral, à New York, le 21 avril 2021 (photo d'illustration)

Abigail Glasgow reçoit un tatouage éphémère chez Ephemeral, à New York, le 21 avril 2021 (photo d'illustration) - Angela Weiss © 2019 AFP

L'artiste néerlandais Sander Van Bussel était ce samedi à Marseille pour proposer aux passants de se faire tatouer des lettres de la Déclaration universelle des droits de l'Homme.

Ce n'est qu'une lettre, mais chargée de sens: à Marseille, samedi, l'artiste néerlandais Sander Van Bussel proposait aux passants de se faire tatouer une des 6.773 lettres de la "Déclaration universelle des droits de l'Homme", un projet débuté il y a 10 ans pour rendre ce texte emblématique "vivant".

Ce projet en anglais, "Human Rights Tattoo", l'artiste l'a débuté après le meurtre d'un collègue et ami.

Et pour la première fois, ses pérégrinations à travers le globe l'ont conduit en France, juste après les Pays-Bas et le Mexique, dans le cadre conjoint du Festival Aoziz "des artistes précaires et migrant-es LGBTQ" et du Festival de Marseille.

4.600 participants

A raison d'une lettre tatouée par personne depuis 2012, les 30 articles de la "Déclaration universelle des droits de l'Homme", signés le 10 décembre 1948 à Paris par les Etats-membres de l'Onu, se déploient déjà sur la peau de quelque 4.600 participants, de 78 nationalités différentes, comme autant de bannières en mouvement à travers le monde.

Je voulais "rendre ce texte vivant", en faire "la Déclaration vivante des droits de l'Homme", a expliqué Sander Van Bussel, à l'occasion d'une session de tatouages au coeur de Marseille.

"Pour moi, c'est une oeuvre d'art parce que je suis un artiste, un artiste social: avec mon travail, je veux contribuer à la société, à l'humanité", a-t-il ajouté, arborant lui-même un "R" tatoué sur le bras.

"Je ne pensais pas que cela allait prendre dix ans": "Il nous reste encore trois ou quatre ans, mais c'est une bonne nouvelle, car tant qu'il y a des lettres à tatouer, ça stimule les gens, ça soulève des questions, ce qui est le réel but de ce projet", a poursuivi l'artiste.

Une exposition au Mucem

Chaque lettre, une fois tatouée, est photographiée par Sander Van Bussel, qui expose pour la première fois, jusqu'au 9 juillet, au Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille, l'ensemble de ces clichés mis côte-à-côte sur de grands parchemins, dont une partie reste donc encore vierge.

Sur les 6.773 lettres de cette Déclaration, environ 2.000 doivent encore trouver preneurs. C'est désormais chose faite pour Anna Bonnin, 42 ans, qui a franchi le pas même si elle "déteste les tatouages".

"Cela m'a émue et touchée de me dire que cela constituait une espèce de maillon dans le monde entier, que je pouvais faire partie de cette grande chaîne", explique la jeune femme: "En plus, peut-être qu'un jour je verrai une personne qui aura juste une lettre tatouée, ça va devenir un défi, un jeu", de reconnaître d'autres participants au projet.

Emplacement laissés à la discrétion

Si les participants ne peuvent pas choisir la lettre qui leur sera tatouée, sa graphie et son emplacement sont en revanche laissés à leur discrétion.

Pour son premier tatouage, un "L" tiré de l'article 24, Anna a choisi la surface extérieure de l'index. "Je voulais que ce soit quelque chose de visible", souligne-t-elle, avant d'ajouter en riant : "C'est l'article qui dit que les gens ont droit d'avoir des congés dans le travail, et en ce moment c'est une thématique importante dans ma vie".

"D'autres personnes choisissent de l'avoir à un endroit plus caché, comme un rappel: quand vous vous regardez dans le miroir, vous savez que vous devez rester fidèle à ces objectifs moraux", a relevé Sander Van Bussel.

"Un message concernant les droits humains"

C'est aussi "une façon de faire passer le message concernant les droits humains (...): tu n'es pas tout seul là-dedans, tu ne peux pas changer le monde tout seul, nous devons nous unir", a-t-il insisté.

"Cela crée un lien entre les personnes discriminées dans leurs pays" et c'est un moyen "de se battre pour ses droits", estime pour sa part Bryan, demandeur d'asile gay de 22 ans originaire du Kenya, qui vient de se faire tatouer un "T" sur l'avant-bras.

Un combat qui "ne s'arrêtera pas quand la dernière lettre sera tatouée", pour Sander Van Bussel: "Les gens vont continuer à vivre, parler, diffuser le message."

P.B. avec AFP