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Venezuela : que va-t-il rester de 14 ans d'Hugo Chavez ?

Hugo Chavez est élu président pour la première fois en décembre 1998.

Hugo Chavez est élu président pour la première fois en décembre 1998. - -

Le président vénézuélien Hugo Chavez s’est éteint à l’âge de 58 ans. Le leader socialiste et figure de l’antiaméricanisme luttait contre un cancer depuis 2011. Il laisse derrière lui un bilan contrasté, « des changements éphémères », disent les universitaires.

Le président emblématique du Venezuela, Hugo Chavez, est décédé mardi alors qu’il luttait contre un cancer depuis plusieurs années. Soigné à Cuba, il était revenu dans son pays il y a deux semaines. Hugo Chavez s'est imposé comme l'une des grandes figures politiques sud-américaines, mêlant dans un tempérament extraverti une opposition acharnée aux Etats-Unis, un idéalisme révolutionnaire hérité des années 60 et une autorité qui supportait peu la contradiction. Mais que va-t-il rester des 14 années de pouvoir d'Hugo Chavez ? Des changements éphémères pour certains, des leçons de redistribution pour d'autres.

« Des changements éphémères »

Pour Renée Fragosi, maître de conférence à l'université Paris III et membre de l'institut des haute études de l’Amérique latine, Hugo Chavez aura marqué son temps mais ne laissera pas derrière lui de véritables changements dans la durée. « Selon moi, explique l’universitaire, les changements apportés par Hugo Chavez sont des changements éphémères. Ce sera une époque dans la vie du Venezuela après une longue époque d’un état démocratique et redistributeur. Après, il y a eu une grave crise qui a amené Chavez. Il a mis en effervescence le pays, il a mis en œuvre des changements, mais qui ne sont pas enracinés ni dans un consensus ni dans des institutions solides ».

« Des disparités sociales encore immenses »

Du côté du peuple, la disparition de Chavez va provoquer un grand vide. S’il n’était pas apprécié de tous, Hugo Chavez avait œuvré pour les plus démunis même si les écarts entre riches et pauvres ont toujours été important dans le pays. « Il va laisser un grand vide, estime François-Xavier Freland, journaliste, correspondant à Caracas pour RFI et auteur du livre Qui veut la peau d'Hugo Chavez aux éditions du Cherche Midi. On disait "Chavez le peuple". C’est la manne pétrolière qui a permis à Chavez de lancer des médecins dans les bidonvilles, l’accès aux soins gratuits, les logements sociaux… Le problème, c’est que les résultats ne sont pas toujours au bout. C’est un pays où les disparités sociales sont encore immenses malgré 14 ans de socialisme du XXIe siècle comme il a voulu le vendre ».

« Pas un tyran »

Si l’antiaméricanisme de Chavez était connu de tous, certains le qualifiaient aussi de dictateur. Faux répondait Jean-Luc Mélenchon il y a quelques mois, la figure de proue de Front de Gauche voyant en Chavez un exemple à suivre pour la répartition des richesses : « Hugo Chavez a gagné 12 élections sur 13, il a fait diminuer la pauvreté dans son pays. Ce n’est donc pas un tyran. Qu’est-ce que vous lui reprochez ? Ses hommes ont eu du courage. Ils ont fait des erreurs, sans doute, mais ils ont fait reculer la pauvreté et partager la richesse. Nous qui donnons des leçons depuis la soi-disant riche Europe, de plus en plus pauvre, nous ferions bien d’aller prendre des leçons sur la manière de répartir la richesse ».

Tugdual de Dieuleveult avec M. Bodrero et C. Bordet