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Un refuge pour les LGBT, une première en Russie

La directrice du "Moscow Community Center", Olga Baranova (D), lors d'un entretien donné à l'AFP à Moscou, le 10 novembre 2017

La directrice du "Moscow Community Center", Olga Baranova (D), lors d'un entretien donné à l'AFP à Moscou, le 10 novembre 2017 - Alexander NEMENOV, AFP

Un complexe pouvant héberger jusqu'à 14 personnes LGBT dans le besoin a ouvert ses portes en Russie. Un temps de répit accordé à ces personnes rejetées par leurs proches, qui rêvent d'un avenir meilleur.

Nicole souhaitait devenir une femme. Il a passé neuf mois enfermé par ses parents dans leur appartement, jusqu'à ce qu'il réussisse à s'échapper et vienne s'abriter dans le premier refuge ouvert en Russie pour les homosexuels ou les transsexuels.

"Quand je suis arrivé ici, je ne pouvais pas me tenir debout, mes muscles étaient atrophiés", raconte Nicole à l'AFP. "Je me battais contre moi-même, conte mon moi intérieur, contre mon apparence."

Nicole se présente avec ce prénom féminin, mais parle de lui au masculin. Il prend des hormones féminines et a récemment subi une opération destinée à lui retirer les testicules.

Premier refuge pour les jeunes LGBT

Il fait partie des résidents du premier refuge pour les jeunes LGBT (lesbiennes, gays, bis et trans) ouvert en Russie, où l'homophobie s'exprime souvent ouvertement et ce d'autant plus depuis l'adoption en 2013 d'une loi réprimant la "propagande" de l'homosexualité envers les mineurs.

Ce centre qui se situe dans un complexe sécurisé en périphérie de Moscou peut accueillir jusqu'à 14 personnes. Il a ouvert en avril pour abriter des homosexuels venus de Tchétchénie, peu après les révélations du quotidien russe d'opposition Novaïa Gazeta sur les persécutions dont sont victimes les gays dans cette république russe du Caucase très conservatrice et qui ont suscité une indignation internationale.

Mais depuis octobre, il accueille "tous les LGBT qui souffrent", qu'ils aient été rejetés par leur famille, perdu leur emploi ou été agressés, explique la directrice du Moscow Community Center, le groupe de soutien qui le gère, Olga Baranova.

Six semaines de répit 

L'idée existait de longue date mais c'est l'émotion suscitée par la situation des homosexuels en Tchétchénie qui a permis de lever des fonds pour financer ce lieu, ajoute-t-elle. Ses résidents viennent de toute la Russie, ou dans le cas de Nicole, d'Azerbaïdjan, ex-république soviétique du Caucase.

Nicole raconte que sa famille l'a enfermé dans son appartement quand il a décidé de se laisser pousser les cheveux, coiffés aujourd'hui en queue de cheval, et de prendre des hormones féminines. Ses parents l'ont finalement laissé partir et l'ont aidé à acheter un billet pour la Russie mais ont prévenu: ils le tueront, et se tueront, s'il revient un jour.

Le refuge permet à ses résidents d'y vivre six semaines, dans des chambres de deux ou trois lits. Il leur offre nourriture, conseils et soutien juridique.

37 demandes en un mois

Il a reçu 37 demandes depuis un mois, provenant de toute la Russie y compris Moscou et le Grand Nord, soit bien plus que le nombre de places disponibles, rapporte sa directrice. Le centre choisit en priorité ceux qui ont des projets réalistes pour l'issue de leur séjour et tente d'aider les autres.

La plupart des résidents sont des hommes homosexuels, tandis qu'un quart est constitué de transsexuels et un cinquième de femmes.

S.Z avec AFP