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Un G7 façon start-up pour Emmanuel Macron

Emmanuel Macron lors du G7.

Emmanuel Macron lors du G7. - Ian LANGSDON / POOL / AFP

L'Elysée avait annoncé son intention de faire "évoluer" le format du G7 à l'occasion du sommet de Biarritz. Force est de constater que le chef de l'Etat s'est comporté en manager au moment de présider les échanges.

De Valéry Giscard d'Estaing à Emmanuel Macron, en passant par Ronald Reagan ou encore Helmut Kohl, de nombreuses personnalités, et parfois très dissemblables, ont eu l'occasion d'organiser "leur" G7. Pourtant, il semble qu'en 44 éditions peu aient cherché à imprimer leur marque sur l'événement, et celui-ci est resté intangible, ou presque, changeant à la marge en accueillant un pays de plus ou de moins. Mais cette fois-ci, l'Elysée l'avait assuré via un communiqué diffusé en amont, il fallait s'attendre à une "évolution du format".

S'il est encore trop tôt pour toucher du doigt les retombées concrètes de ce remodelage, la mouture biarrote du sommet en a bien proposé une forme revue et corrigée: points d'étape réguliers devant la presse, panel de participants élargi (notamment en direction de l'Afrique et de l'Amérique du sud), réunions pourtant resserrées à la première occasion, élaboration ou rappel de positions communes; notamment en ce qui concerne le nucléaire iranien; invitation, honorée ou non, d'acteurs de la société civile. 

Le rendez-vous d'un ancien banquier 

Ce n'est pas forcément inattendu au vu du profil d'Emmanuel Macron, mais le schéma a quelque chose de managérial:

"Ça reste un ancien banquier d'affaires qui a l'habitude d'organiser des tours de table, ça correspond à son ADN professionnel", note auprès de BFMTV.com Arnaud Mercier, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris 2-Panthéon-Assas. 

Pour ce spécialiste de la communication politique, il s'agit d'affirmer sa stature de chef d'Etat, à l'écoute des problèmes de son époque:

"Il veut absolument sortir de la perception nourrie après tous les sommets internationaux, celle d'un président en goguette, qui se goberge et ne se sent plus d'être avec les puissants de ce monde tandis qu'existe une coupure entre le peuple, ou les ONG, et les élites".

Car ce "nouveau format" renvoie à une dimension tout aussi nationale qu'internationale selon Arnaud Mercier:

"C'est la première manifestation concrète de l'inflexion de sa communication pour ce qu'il appelle 'l'acte II' du quinquennat. Il est dans des postures d'humilité, de pédagogie, dans l'expression de sa préoccupation du quotidien des gens etc. Il veut faire croire qu'il y a une pure connexion entre le national et l'international. Quand il parle des feux en Amazonie, il va expliquer qu'il le fait car 'c'est le poumon vert de la planète et donc que ça nous concerne' par exemple."

Le bunker impossible 

L'image d'un Biarritz découpé en deux zones, dont l'accès n'était autorisé que sur présentation d'un badge spécifique, quadrillé par une très forte présence policière, cadre mal avec celle d'un président cherchant à renouer le contact avec les Français. Cependant, si Emmanuel Macron a voulu refaire le coup du "nouveau monde" en l'appliquant à un G7 compassé, il s'est aussi rappelé une autre de ses antiennes: le fameux "et en même temps".

"Il est vraiment dans le 'et en même temps'. D'un côté, il gère ça comme un événement diplomatique habituel, avec protocole et sécurité et donc un cadre un peu bunkérisé. De l'autre, il veut montrer qu'il est au moins capable de sortir du bunker, comme lorsqu'il permet à la télévision de filmer certaines coulisses", détaille Arnaud Mercier qui ajoute: "La venue du ministre iranien s'inscrit dans ce cadre, c'est 'je pousse les murs du bunker'". 

Le navire amiral, la flottille et les autres 

L'arrivée surprise du ministre des Affaires étrangères iranien à Biarritz a marqué les esprits. Peut-être est-elle appelée à y demeurer le plus durablement. "Ces sommets, préparés des mois à l'avance par des sherpas, ont toujours donné lieu à des à-côtés", tempère Arnaud Mercier qui enchaîne:

"Ce qui me paraît spectaculaire en revanche, c'est le fait qu'on mette à ce point-là en scène ces à-côtés. Là, il y a le navire amiral, la flottille autour et on fait encore venir des bateaux imprévus". 

Ces bateaux de pavillons divers ont une fonction de bannière. Ils incarnent le multilatéralisme, vanté sur tous les tons par le chef de l'Etat. D'où un enjeu politique majeur pour Emmanuel Macron:

"Il tient une ligne qui est celle de la diplomatie française depuis très longtemps: le multilatéralisme. Ce genre de réunions est donc excessivement important pour lui car ça correspond à l'idée qu'il se fait des relations internationales et de ce qu'elles devraient être", pose le spécialiste. 

Urbi et orbi 

Le costume de manager géopolitique d'Emmanuel Macron lui a-t-il octroyé autre chose qu'une occasion de briller sur la scène internationale? De ce point de vue, il est encore trop tôt pour se prononcer. Il faut encore attendre la dernière déclaration pour se faire une idée et il lui faut surtout surtout éviter le scénario canadien de l'an passé au sortir duquel Donald Trump avait immédiatement torpillé l'ensemble des tractations en un tweet ravageur.

Toutefois, il n'y a pas que les discours du pape qui s'adressent autant à la ville qu'au monde. Mais au plan intérieur aussi, le bénéfice est incertain. "Son image est tellement dégradée, solidifiée autour de quelques idées comme l'arrogance, l'image du président des riches, qu'il lui faudra mener un travail de très longue haleine", explique Arnaud Mercier qui affirme ensuite:

"L'essentiel pour lui, c'est de donner à croire qu'il change de voie. Il ne convaincra pas ceux qui ne croient pas en lui mais il doit retrouver les électeurs qu'il a perdus. A cet égard, il me semble que l'exercice est réussi. Il donne l'impression qu'il commence à s'amender". 
Robin Verner