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Un enregistrement audio révèle les échanges glaçants des assassins du journaliste Jamal Khashoggi

Sherine Tadros, cheffe du bureau d'Amnesty International à New York, parle durant une conférence de presse à l'ONU en octobre 2018

Sherine Tadros, cheffe du bureau d'Amnesty International à New York, parle durant une conférence de presse à l'ONU en octobre 2018 - Timothy A. Carly / AFP

Dans un documentaire diffusé par la BBC ce lundi 30 septembre, un an après la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, des témoins racontent ce qu'ils ont entendu des enregistrements du consulat d'Istanbul, le jour du meurtre. Ils rapportent des propos glaçants des assassins présumés.

Les enquêtes sur la mort du journaliste saoudien Jamal Khashoggi continuent, et des éléments sordides s'ajoutent à l'horreur de l'assassinat au consulat d'Istanbul par les services secrets saoudiens, le 2 octobre 2018.

Une experte des droits de l'homme et rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard, a enquêté pendant six mois sur la mort de Jamal Khashoggi et en a tiré un rapport, où elle tient l'Arabie Saoudite pour responsable. Elle a demandé en juin dernier au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, d'ouvrir une enquête pénale internationale. Plusieurs personnes ont participé à l'enquête d'Agnès Callamard pour l'ONU et ont eu accès aux éléments du dossier.

Ce lundi, un an après le meurtre, la BBC a diffusé dans l'émission Panorama un documentaire intitulé "Les enregistrements du meurtre de Khashoggi", où la journaliste Jane Corbin parle avec les quelques personnes qui ont pu écouter les enregistrements du consulat, révélant des détails sur le déroulé des événements

"Vous les entendez rire, c'est glaçant"

"Même un boucher ne découpe pas de la viande sur le sol" plaisantent les assassins présumés du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, juste avant son arrivée au consulat saoudien à Istanbul. Helena Kennedy, une avocate britannique qui a participé à l'enquête de l'ONU, a écouté un enregistrement fourni par les autorités turques - qui avaient placé des micros dans le consulat - dans lesquels Khashoggi est qualifié d'"animal destiné au sacrifice". 

"Ils se demandaient 'si le corps et les hanches rentraient dans un sac de cette façon'", a-t-elle dit à la BBC dans ce documentaire diffusé dans l'émission Panorama lundi soir, un an après le meurtre le 2 octobre 2018.

Le médecin légiste soupçonné d'avoir découpé le corps en morceaux disait "J'écoute souvent de la musique quand je découpe des cadavres. Parfois avec un café et un cigare à la main", selon Mme Kennedy. "Il dit: 'C'est la première fois de ma vie que je dois découper des morceaux sur le sol -même un boucher qui veut découper un animal le suspend'", a-t-elle ajouté. "Vous les entendez rire, c'est glaçant".

Le meurtre aurait impliqué 15 agents saoudiens

La Turquie avait remis à l'ONU un enregistrement de 45 minutes pour son enquête sur le meurtre du journaliste, critique du régime de Ryad. Le meurtre, qui aurait impliqué 15 agents saoudiens, avait soulevé une émotion considérable. La CIA et l'experte de l'ONU, Agnes Callamard, ont mis en cause le prince héritier saoudien et homme fort du pays Mohammed ben Salmane, qui dément. Cherchant à soigner son image fortement ternie, le royaume saoudien a traduit en justice 11 suspects.

Khashoggi se rendait à l'ambassade pour obtenir des papiers afin d'épouser sa fiancée turque. "Vous entendez Khashoggi passer du sentiment de confiance à la peur, puis l'angoisse croissante, la terreur et enfin la réalisation que quelque chose de fatal va se produire", a souligné Mme Kennedy.

La rapporteure spéciale de l'ONU Agnes Callamard, qui a également écouté les bandes, dit que Khashoggi demande à ses bourreaux: "Vous allez me faire une piqûre?", ce à quoi ils répondent "oui". "Ce qu'on entend après montre qu'il est étouffé, sans doute avec un sac en plastique sur la tête", selon elle. "Peu après, quelqu'un dit: 'C'est un chien, mettez-ça sur sa tête, enveloppez-là'. On ne peut que comprendre qu'ils ont coupé sa tête", explique-t-elle à la BBC.

Julia Galan avec AFP