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Ukraine: un cessez-le-feu qui n'est pas un cessez-le-jeu

Des camions d'un convoi russe de "camions blancs" stationnés à la frontière ukrainienne, le 22 août 2014.

Des camions d'un convoi russe de "camions blancs" stationnés à la frontière ukrainienne, le 22 août 2014. - Sergey Venyavsky - AFP

Depuis le cessez-le-feu mis en place le 5 septembre et violé aux abords de l'aéroport de Donetsk, l'Ukraine vit des journées déroutantes

Le cessez-le-feu mis en place le 5 septembre a sans doute évité à l'armée ukrainienne un grave revers. L'on constate maintenant combien les lignes ukrainiennes ont reculé depuis le 21 août. Les séparatistes se sont requinqués à la vitesse lumière, appuyés très vraisemblablement par des soldats russes, très légèrement déguisés en séparatistes et au nombre indéterminé. Armés de véhicules blindés, et de chars souvent vieillissants, mais en état de marche, ils ont apporté la victoire aux séparatistes dans leur contre-offensive à Donetsk, à Lougansk, et à Novoazovsk.

Une bonne nouvelle: l'aide alimentaire

Ainsi, le cessez-le-feu du 5 septembre ne prévoyant pas le retrait des forces, la seule bonne nouvelle est l'arrivée d'aide alimentaire. L'armée russe, déguisée en volontaires humanitaires, en livre, et pour une fois, l'on ne pense pas qu'il s'agisse de matériel militaire. Pourquoi le matériel passerait-il dans des camions blancs? La frontière est tenue désormais par les autorités russes. Et le gouvernement ukrainien en livre, et enfin, le Programme alimentaire mondial de l'ONU le fait aussi! C'est peut-être le seul effet positif du cessez-le-feu. Avec en prime quelques centaines de milliers de personnes, parmi le demi-million à avoir quitté l'Ukraine orientale, qui sont revenues.

Et pourtant, les échanges d'artillerie continuent autour de l'aéroport de Dontesk, point stratégique que détient encore l'armée gouvernementale ukrainienne.

Sur le front diplomatique: autant de confusion

Le Premier ministre Arseni Iatseniouk et le ministre des affaires étrangères russe Serguei Lavrov, jouent un match de ping-pong verbal: le Russe dit que son pays n'a aucune intention de fabriquer un État tampon en Ukraine orientale, et l'Ukrainien est d'accord puisque selon lui, Poutine souhaite incorporer l'Ukraine tout entière!

Enfin, le gouvernement ukrainien a signé l'accord sur la zone de libre-échange avec l'UE, avec un bémol: l'accord n'entrera en vigueur que le 1er janvier 2016! Cela est vu comme une concession au Kremlin, en vue d'adoucir certaines clauses pour préserver quelques bribes de l'accord économique entre Russie et Ukraine. Aussi, de tels égards à la position russe éviteront éventuellement une guerre du gaz. En effet, le gaz russe irrigue toute l'Europe orientale et centrale.

Enfin, dans une énième manœuvre diplomatique, à la fois les États-Unis et l'UE augmentent les sanctions contre des personnes et des entreprises russes ayant un lien avec les pressions sur l'Ukraine. Mais à peine ces sanctions adoptées par les Européens, que certains responsables disent publiquement que leur rêve est de les lever rapidement! Sur ces entrefaites, le Kremlin fait comprendre que les États-Unis sont à la manœuvre pour pourrir la relation euro-russe...

Vraiment très peu de confiance dans tout cela. Le gros non-dit du moment est quand même l'identité de vue entre Moscou, Paris, Washington, sur la lutte à mener contre le terrorisme islamique. L'on n'en parle pas publiquement, mais on y pense très fort, et on en parle en privé. Aucune puissance, ni la Russie ni les États-Unis, ne peuvent détruire l'État islamique et en même temps tout gagner en Ukraine. C'est mathématique, et l'on dit que Poutine est calculateur, comme Obama d'ailleurs.

Harold Hyman