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Transmission, dangerosité, propagation: les questions qui se posent sur le mystérieux virus chinois

L'inquiétude grandit autour du nouveau et mystérieux virus chinois, alors que le bilan en Chine est désormais de six morts. "C'est un virus respiratoire qui risque d'évoluer (...) il faut qu'on mette en place toutes les technologies de telle manière a être capable de le détecter", a expliqué un virologue sur BFMTV.

La propagation d'un nouveau virus semblable au Sras (syndrôme respiratoire aigu sévère), a déjà provoqué la mort de six personnes en Chine et fait craindre une crise sanitaire mondiale. La Chine a recensé mardi 77 nouveaux cas, portant le total à près de 300. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) se réunira mercredi pour déterminer s'il convient de déclarer une "urgence de santé publique de portée internationale".

La souche incriminée est un nouveau type de coronavirus, une famille comptant un grand nombre de virus. Ils peuvent provoquer des maladies bénignes chez l'homme (comme un rhume) mais aussi d'autres plus graves comme le Sras, ou ce nouveau virus. Pour rappel le Sras a durement frappé la Chine en 2003. Cette maladie respiratoire hautement contagieuse avait à l'époque gagné de nombreux pays et fait près de 800 morts, en majorité sur le territoire chinois.

"C'est un virus respiratoire qui risque d'évoluer, aujourd'hui il est moins dangereux que le SRAS, [virus] duquel il se rapproche le plus", explique sur BFMTV Vincent Enouf, virologue, directeur du centre national de référence de la grippe à l'Institut Pasteur. "En attendant il faut qu'on mette en place toutes les technologies de telle manière a être capable de le détecter".
  • D'où vient ce virus?
"C'est une épidémie qui a débuté vers mi-décembre dans une ville chinoise qui est Wuhan. A priori le point de départ ce serait un marché de poissons où il y a d'autres animaux et la transmission s'est faite des animaux à l'homme. On ne sait pas quel animal est à l'origine", explique sur BFMTV Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat de Paris.

"À ce jour, tous les cas confirmés identifiés de cet épisode ont séjourné à Wuhan", explique Santé Publique France. Si plusieurs centaines de cas ont été identifiés en Chine, plusieurs autres personnes ont été contaminées, au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande et à Taïwan. Et "comme on identifie les cas uniquement sévères, il est possible qu'il y ait beaucoup d'autres cas non-identifiés", précise Yazdan Yazdanpanah.

  • Quels sont les symptômes? 
"Les symptômes décrits évoquent principalement une infection respiratoire fébrile", écrit Santé Publique France à propos du nouveau virus. "Certains cas présentent également des difficultés respiratoires et des anomalies pulmonaires détectables radiologiquement compatibles avec des infiltrats bilatéraux étendus".

"Les symptômes sont des symptômes respiratoires, c'est à dire une toux, une fièvre, on a l'impression que c'est une pseudo grippe, et puis ça peut se compliquer, et en particulier donner une infection pulmonaire, comme une pneumonie", explique Alain Ducardonnet, médecin consultant santé pour BFMTV. "Selon le terrain sur lequel ça survient, cela peut entraîner des décès et on ne sait pas comment ce virus fonctionne, donc on peut avoir des sujets jeunes qui en décèdent. Dans tous les cas il faut le surveiller de très très près."

  • Comment se transmet-il?

C'est une des inconnues. Si la source animale était privilégiée au début, car le point commun des malades était le marché aux poissons où se trouvaient d'autres animaux, le virus pourrait se transmettre d'homme à homme.

"Le fait que plusieurs cas n’aient pas rapporté de contact avec le Huanan South China Seafood Market ou d’autres marchés similaires de Wuhan évoque la possibilité d’une source d’infection plus étendue et/ou de l’existence de cas de transmission interhumaine limitée", écrit Santé Publique France.

Sans connaître la source exacte, la grande difficulté est donc de contenir le virus pour éviter une épidémie mondiale. De plus, "la grande problématique qui va apparaître c'est que tous les virus respiratoires circulent actuellement dans l'hémisphère nord, donc il va être de plus en plus difficile de faire la part des choses", explique Vincent Enouf. 

"Sans test spécifique de biologie moléculaire [qui n'existe pas pour le moment], on ne pourra pas déterminer avec exactitude si cette personne à affaire à un virus grippal ou un autre virus respiratoire, notamment le virus de Wuhan", continue le virologue.
  • Comment s'en protéger?
"Alors déjà si vous allez à Wuhan, l'épicentre de l'épidémie, éviter d'aller sur les marchés comme celui qui a été fermé. Si vous toussez, se protéger avec un masque, se laver les mains... Ça va être les mesures que l'on utilise toujours l'hiver", explique simplement Vincent Enouf. Pour le moment, il n'existe pas de vaccin, pas de traitement pour ce virus.

Au niveau structurel, afin d'éviter la diffusion d'un pays à un autre, "dès que quelqu'un arrive de la Chine, et en particulier de Wuhan, qui a une symptomatologie respiratoire avec de la fièvre, il faut l'isoler rapidement pour pouvoir éliminer cette infection" déclare Yazdan Yazdanpanah.

  • Comment éviter la propagation mondiale? 

Les autorités thaïlandaises ont par exemple mis en place des détections thermiques obligatoires dans les aéroports de Bangkok, Chiang Mai, Phuket et Krabi, pour les passagers en provenance des zones chinoises à risques.

Dans un communiqué, le ministre thaïlandais de la Santé, Anutin Charnvirakul, a annoncé que ces passagers étaient contrôlés "sans exception", et placés sous observation en quarantaine pendant 24 heures s'ils présentent des signes de fièvre.

"La vigilance vient d'être déclenchée en France" explique Santé publique France au Parisien. Depuis vendredi, les médecins doivent orienter vers le Samu ou un infectiologue les personnes avec: "une infection respiratoire aiguë" et "ayant voyagé ou séjourné dans la ville de Wuhan en Chine dans les 14 jours précédents la date de début des signes cliniques ou ayant eu un contact étroit avec une personne tombée malade dans cette ville".

Par ailleurs, des messages de précautions à destination des voyageurs se rendant à Wuhan depuis Paris ou au retour de Wuhan sont diffusés dans les avions et des affiches ont été installées à Roissy. 

Les fêtes du Nouvel An chinois pourraient aggraver la propagation de cette maladie à l'intérieur même de la Chine, car les Chinois voyagent beaucoup à travers le pays à cette occasion, se rendant notamment dans leurs familles. 

Salomé Vincendon