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TOUT COMPRENDRE - Pourquoi un touriste français en Iran risque d'être jugé pour espionnage

Le Français Benjamin Brière a été interpellé en Iran il y a plus d'un an

Le Français Benjamin Brière a été interpellé en Iran il y a plus d'un an - AFP - BFMTV

Benjamin Brière a été arrêté il y a un an dans le nord-est de l'Iran, accusé de propagande hostile au régime et d'espionnage. Sa soeur en appelle à l'intervention de l'Elysée. Cette détention s'inscrit dans une atmosphère tendue entre Occidentaux et Iraniens sur le dossier du nucléaire.

Ce lundi, ça fait très exactement un an et cinq jours que Benjamin Brière a été arrêté à Ghoutchan, en Iran. Ce touriste français de 36 ans, qui voyageait à bord de son van, était sans aucun doute bien loin de se douter que son séjour, ses photos et vidéos publiées sur Instagram lui vaudraient en bout de course d'être accusé de propagande hostile au régime et d'espionnage par la justice locale.

Avant que ces chefs de mise en accusation soient dévoilés dimanche à l'issue de l'instruction par Saeid Deghan, l'avocat iranien de Benjamin Brière, la soeur de ce dernier a lancé un appel au président Emmanuel Macron via une lettre ouverte relayée dans Le Point. Elle souhaite que la France le tire de ce mauvais pas. Elle pense, à l'instar de l'avocat français de son frère, que celui-ci ne fait que payer les pots cassés d'un jeu diplomatique qui le dépasse.

• Que faisait Benjamin Brière en Iran?

Selon Le Point, c'est en 2018 que Benjamin Brière a entamé son périple à bord de son van. C'est d'ailleurs sur un compte Instagram baptisé Call_It_living_vanlife que le Français a longtemps documenté son voyage à travers l'Iran, à coup de photos et de vidéos pittoresques. En mai 2020, les roues de son véhicule l'avaient amené du côté de Goutchan, dans l'extrême nord du pays, tout près de la frontière avec le Turkmenistan. On peut encore voir les images qu'il y a captées sur Instagram.

La localité de Goutchan se trouve dans la province montagneuse du Khorasan qui, en plus de compter de nombreuses curiosités et beautés naturelles, revêt une importance historique et religieuse profonde en Iran.

• Que lui reprochent les autorités iraniennes?

Les accusations portées à l'encontre de Benjamin Brière relèvent d'ailleurs pour partie de la sphère religieuse. On lui reproche en effet de s'être interrogé tout haut sur les réseaux sociaux au sujet du voile islamique:

"Pourquoi le voile est-il obligatoire pour les femmes en Iran, alors qu'il est facultatif dans d'autres pays musulmans?" Cette question anodine est qualifiée de "propagande" anti-iranienne par le système judiciaire de Téhéran.

Le second volet des soupçons est plus inquiétant encore: il est accusé d'espionnage pour avoir fait voler son drone au-dessus de zones considérées comme interdites par les autorités, situées dans un parc de la région. "Espionnage", un mot qui pèse lourd comme une menace de peine de mort - la sentence encourue selon le code pénal.

• Que demande Blandine Brière au président de la République?

Pendant toute une année, la situation dramatique et incertaine de Benjamin Brière n'a pas paru à la surface de l'actualité. Et l'homme se morfond depuis lors dans la prison de Vakilalabad, à Mashhad, où il est cependant correctement traité, selon les nouvelles qu'il a pu transmettre à sa famille en quatre occasions, selon ce reportage de TF1 dimanche soir.

C'est d'ailleurs à l'action de sa soeur Blandine qu'on doit l'intérêt nouveau soulevé depuis quelques jours autour de l'affaire. Elle a ainsi publié une lettre ouverte à l'attention du président de la République dans le numéro du Point sorti jeudi dernier. Elle s'y émeut des "conditions très inquiétantes" de l'incarcération de son frère, souligne le désarroi de sa famille. Elle ajoute que sa famille et son avocat "ne disposent d'aucun acte de procédure" et "n'ont aucune visibilité sur le possible dénouement de l'affaire".

"Il est évident que ces poursuites judiciaires iraniennes ne sont pas les raisons de cette attente interminable. L'enjeu est ailleurs, mon frère se retrouve être un instrument de négociations qui le dépassent. Un jeune Français se retrouve au centre de conflits entre pays, ce qui lui échappe évidemment", écrit-elle encore.

"Benjamin, il prenait des photos de drone de son voyage comme un touriste qui veut prendre de jolies photos pour son joli compte Instagram et donner des nouvelles à sa famille. Et ça s'arrête là en fait!" a-t-elle complété au micro de TF1.

• Quelle est la position officielle de la France ?

Du côté de l'exécutif, on est cependant demeuré discret sur le dossier, signe supplémentaire que la partie géopolitique est serrée. Et c'est plutôt du Quai d'Orsay que de l'Elysée qu'est venue la réponse officielle à la lettre ouverte de Blandine Brière. Dimanche, le ministère des Affaires étrangères a ainsi posé, dans une déclaration diffusée par l'Agence France-Presse (AFP): "Les accusations dont Benjamin Brière fait l'objet sont incompréhensibles". Le communiqué soutient de surcroît que le ministère n'a "connaissance d'aucun élément susceptible d'étayer" pareil soupçon.

D'après Philippe Valent, avocat français de Benjamin Brière, la situation que vit son client ne se comprend en effet qu'à l'aune des tractations et bras-de-fer entre l'Iran et es partenaires occidentaux, dont la France. Il y voit un nouvel exemple d'une méthodologie devenue selon lui classique pour le régime de Téhéran. "C'est la méthode habituelle qui consiste à accuser des citoyens étrangers d'espionnage contre le régime iranien, de les détenir et de s'en servir comme monnaie d'échange", a-t-il déclaré au Journal télévisé de la première chaîne.

• Un incident diplomatico-nucléaire?

C'est le thème du nucléaire qui concentre les échanges entre la France et ses alliés et l'Iran depuis de longues années. L'Agence internationale à l'énergie atomique vient de s'entendre avec l'Iran pour prolonger jusqu'au 24 juin une inspection du programme iranien, comme l'a signalé ici France 24 qui rappelle que l'enjeu est de sauver les accords conclus à Vienne en 2015.

Ces accords visaient à encadrer et limiter ledit programme nucléaire iranien afin d'empêcher son usage militaire, tout en validant son développement dans une certaine mesure. Cette optique valait aussi pour le traitement de l'uranium et la production du plutonium. L'Iran consentait à ces restrictions et à ce droit de regard moyennant une levée des sanctions économiques et diplomatiques à son égard. Mais les États-Unis de Donald Trump ont désavoué le traité en 2018, le condamnant de fait.

Si les négociations peinent depuis à se dépêtrer de la volte américaine, le programme iranien va son train: le pays a récemment annoncé porter le taux d'enrichissement de l'uranium de 20 à 60%.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV