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Syrie : l’UE lève l’embargo sur les armes pour les rebelles

Les livraisons d'armes aux rebelles pourraient reprendre le 1er juin, mais le manque d'unité de l'opposition et la présence de jihadistes incite les européens à attendre.

Les livraisons d'armes aux rebelles pourraient reprendre le 1er juin, mais le manque d'unité de l'opposition et la présence de jihadistes incite les européens à attendre. - -

Les 27 pays de l’Union européenne se sont mis d’accord et lèvent l’embargo sur les armes à destination des rebelles syriens. Les pays qui le souhaitent pourront donc fournir les mouvements dissidents, même s’ils ne semblent pas pressés de le faire, alors que le régime de Bachar Al-Assad utilise maintenant des armes chimiques, selon Le Monde.

Paris et Londresont obtenu ce qu'ils voulaient, non sans difficulté. Lundi soir, les 27 ont décidé de ne pas reconduire l'embargo sur les armes à destination des rebelles et dès le 1er juin, les pays qui le souhaitent pourraient donc techniquement livrer des armes aux rebelles, même s’ils devraient s’abstenir dans un premier temps. En effet, les 27 se sont engagés à ne pas fournir d'armes aux insurgés "pour l'instant", un engagement qui expire au 1er août. Plusieurs pays, dont l'Autriche et la Suède, craignent en effet que l'afflux d'armes ne profite aux jihadistes et vienne déstabiliser la région.

Par ailleurs, l'UE a décidé de reconduire pour un an les sanctions économiques et financières contre le régime de Bachar Al Assad. Quelques heures avant la réunion, deux journalistes du Monde révélaient aussi l’utilisation d’armes chimiques par le régime. Et si la semaine prochaine doit se tenir à Genève une conférence pour tenter de trouver un accord politique entre rebelles et régime syrien, c'est très mal parti : les représentants rebelles sont à Istanbul et ne parviennent pas à se mettre d'accord entre eux.

« On ne sait pas où vont atterrir les armes »

Si la levée de cet embargo est une façon de mettre la pression sur le régime de Bachar Al-Assad, de nombreux pays craignent en effet que ces armes ne se retrouvent dans les mains des djihadistes et invitent à ne pas se précipiter. « C’est une très mauvaise idée, parce que ceux qui sont dans la coalition nationale, reconnus comme représentants légitimes du peuple syrien, n’ont pas d’armée à eux », estime le politologue Bassam Tahhan pour qui les armes pourraient directement aller au jihad. « Ceux qui se battent sur le terrain, ce sont des groupes islamistes, et il y a une grande partie de mercenaires. Et l’Armée syrienne libre, il ne reste plus grand monde. Donc on ne sait pas où vont atterrir les armes ».

« Ces gens crèvent de faim »

Pour l'économiste syrien Samir Aïta, membre de l'opposition, cette levée d'embargo est en revanche un premier pas positif, même si ce n’était pas la priorité. « Ça peut être un moyen de pression pour pousser le régime à céder, mais dans la situation actuelle, avec toutes les divisions qu’il y a dans l’opposition, il faut le prendre avec des pincettes. Il faut voir quelles sont les implications, sur la possibilité des négociations de Genève. J’aurais préféré qu’ils enlèvent les sanctions économiques sur le peuple syrien et qu’ils les laissent sur le régime, car ces sanctions ont fait souffrir le peuple syrien. Ces gens crèvent de faim ».

« Des gens en train de suffoquer, de cracher du sang »

Lundi, le journal Le Monde publiait aussi des nouvelles inquiétantes. Jean-Philippe Rémy et son photographe, Laurent Van der Stockt, ont été témoins de l'usage de toxiques puissants. « On s’est aperçus que c’est quotidien, raconte le reporter Jean-Philippe Rémy. Parti en avril en Syrie sans chercher spécialement à enquêter sur les armes chimiques. Il est tombé sur des témoignages au cours de son reportage. « C’est très dur, on ne comprenait pas très bien le mode de propagation, si ce n’est qu’il y avait des explosions et que tout à coup, quelque chose se répandait. Ça avait un effet absolument terrifiant et on a vu sans cesse les gens, 200 mètres plus loin, sortir en train de cracher du sang, de suffoquer. Ils étaient combattants mais dans certaines régions, il y a des civils pris au passage. Il y a des morts mais aussi des souffrances terribles ».

« La France n’ira pas »

Ces horribles nouvelles n’incitent pas pour autant la communauté internationale à bouger et ni l'ONU ni l'UE ne parviennent à se décider sur une intervention. « Le Conseil de sécurité est divisé, car les Russes s’opposent systématiquement à des mesures de rétorsion », analyse Didier Billion, chercheur en relations internationales à l'IRIS (Institut recherches internationales et stratégiques). « Ensuite, la France n’ira pas seule car elle n’a pas la capacité d’intervention militaire. Le dossier malien n’est pas réglé, et la Syrie est beaucoup plus compliquée que le Mali. Par ailleurs, Barack Obama, qui avait fait les déclarations les plus fortes sur l’utilisation des armes chimiques, n’a pas non plus envie d’y aller. Donc la France n’ira pas ».

M. Chaillot avec V. Voldoire et P. Baduel