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Simple "route 4370" ou "route de l'apartheid": une voie inaugurée en Cisjordanie divise 

La route divisée en son centre entre trafic israélien et palestinien.

La route divisée en son centre entre trafic israélien et palestinien. - THOMAS COEX / AFP

La semaine dernière, les autorités israéliennes inauguraient une nouvelle portion de route, joignant Jérusalem et les colonies israéliennes les plus proches. Une moitié est dévolue aux véhicules israéliens et l'autre aux Palestiniens. L'artère est de plus divisée par un mur. Les Israéliens mettent en avant un gain de temps et de sécurité, les Palestiniens y voient une mesure de ségrégation.

C'est une affaire de division et ce, à double titre. La semaine dernière, les autorités israéliennes inauguraient un nouveau tronçon, baptisé la "route 4370". Vue de loin, c'est une simple portion bitumée de cinq kilomètres courant sur un axe nord-sud depuis Jérusalem-Est. Mais si l'on s'en approche, les raisons de la discorde apparaissent plus clairement. 

Accès réglementé 

Tout d'abord, l'accès à la route est strictement réglementé: une moitié de cette quatre voies est dévolue au trafic israélien, l'autre au trafic palestinien. Et au milieu est coulé un mur, terminé par une clôture, atteignant une hauteur de huit mètres. La raison d'être de cet axe routier n'a rien de consensuel non plus: l'artère doit surtout permettre aux Israéliens travaillant à Jérusalem mais vivant dans les colonies établies en Cisjordanie et dans le voisinage immédiat de la cité hiérosolymitaine, de rejoindre leurs maisons. Or, ce processus de colonisation, qui ulcère les Palestiniens, est illégal au point de vue de la communauté internationale qui le sanctionne régulièrement par des résolutions de l'ONU et voit dans ces zones des "territoires occupés", terme qu'Israël réfute.

Les usagers israéliens de cette route, dont le correspondant du Figaro a interrogé un certain nombre, évoquent avant tout un gain de temps mais aussi une amélioration en matière de sécurité. "La nouvelle route est sûre. Les risques d'attaque ont disparu. Avant les embouteillages étaient quotidiens. Je me retrouvais seule dans ma voiture entourée par des véhicules conduits par des Palestiniens", a ainsi fait valoir une Israélienne. 

Apartheid? 

Le ministre de la Sécurité publique israélien, Gilad Erdan, a cependant affirmé, à nouveau relayé par le plus vieux quotidien de France, que cette route ne s'était pas faite au détriment des Palestiniens: "La route est un exemple de la capacité de créer une vie partagée entre Israéliens et Palestiniens, tout en relevant les défis sécuritaires". Ce n'est pas franchement l'avis des seconds. Ahmad Majdalani, un cadre de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), a fustigé: "Tout Israélien qui croit en la démocratie devrait avoir honte de cette nouvelle voie". Les détracteurs les plus vifs de la chaussée contestée font même le rapprochement avec "l'apartheid" en Afrique du sud, cet ensemble de mesures qui a longtemps divisé le pays sur une base raciale, maintenant la population noire dans des conditions dramatiques. 

Parvenue aux oreilles israéliennes, la référence a fortement déplu. "L'idée selon laquelle il s'agirait d'une route de l'apartheid est complètement absurde. L'apartheid était fondé sur des critères ethniques et raciaux", a énoncé auprès de CNN Israel Gantz, qui dirige le Conseil régional de Binyamin, regroupant les colonies de cette partie de la Cisjordanie. Certes, les Palestiniens devant emprunter cette route peuvent toujours, aussi bien que les Israéliens, entrer dans Jérusalem s'ils disposent d'un permis en ce sens. Mais c'est aussi là que réside la profonde dissonance entre les situations respectives, a encore noté CNN car, alors que les Israéliens peuvent aller et venir à leur gré, sortant puis rentrant dans les territoires israéliens, les Palestiniens de Cisjordanie ont besoin de se faire délivrer par les autorités israéliennes un document spécial. 

Checkpoint 

Enfin, ces derniers déplorent une dernière chose: si la nouvelle route avait aussi pour but de décongestionner certaines étapes d'un trajet très fréquenté, l'engorgement est toujours le même pour eux. Ils doivent toujours satisfaire à divers contrôles de checkpoint. 

Robin Verner