BFMTV

Scandinaves tuées au Maroc: le procès des assassins présumés reporté

Photo d'illustration

Photo d'illustration - AFP

Le procès des assassins supposés de deux jeunes touristes scandinaves, décapitées dans les montagnes de l'Atlas au Maroc au nom de Daesh, a été renvoyé au 16 mai, juste après son ouverture ce jeudi à Salé, ville jumelle de la capitale Rabat. Les accusés risquent la peine capitale.

Ce jeudi devait avoir lieu au Maroc le procès pour le meurtre de deux jeunes touristes scandinaves assassinées dans l'Atlas en décembre dernier. Au total 24 accusés, dont les trois meurtriers supposés, ont brièvement comparu devant la chambre criminelle de la cour d'appel de Salé, pour "apologie du terrorisme", "atteinte à la vie de personnes avec préméditation" ou "constitution de bande terroriste". Mais leurs avocats ont demandé un renvoi d'audience pour mieux prendre connaissance du dossier.

Tout sourire devant la cour

Les faits remontent à la nuit du 16 au 17 décembre 2018. Ce soir-là, Louisa Vesterager Jespersen, une étudiante danoise de 24 ans, et son amie Maren Ueland, une Norvégienne de 28 ans, ont été tuées, égorgées et décapitées, sur un site isolé du Haut-Atlas où elles campaient. Me Khalid Elfataoui, l'avocat des parents de Louisa qui se sont constitués partie civile, a indiqué qu'il comptait demander la peine de mort pour les assassins "même si les pays d'origine des victimes y sont par principe opposés". Au Maroc au contraire, des condamnations à la peine capitale sont toujours prononcées mais un moratoire est appliqué de facto depuis 1993 et son abolition est en débat. 

Ce jeudi, Abdessamad Ejjoud, chef présumé du groupe déjà condamné pour avoir tenté de rejoindre Daesh en Syrie, s'est présenté devant la chambre criminelle tout sourire. Au premier rang des accusés, il était vêtu de l'habit traditionnel des salafistes, barbe et kufi blanc - une sorte de bonnet - vissé sur la tête. A ses côtés, également au premier rang dans l'immense box vitré, Younes Ouaziyad, 27 ans et Rachid Afatti, 33 ans, tous deux accusés d'avoir participé avec lui à la tuerie, ainsi qu'Abderrahim Khayali, 33 ans, parti avec eux dans la montagne mais rentré chercher une planque à Marrakech peu avant le passage à l'acte, selon l'accusation.

"Cellule terroriste"

Assis derrière eux, le reste du groupe: 20 prévenus âgés de 20 à 51 ans, accusés d'avoir adhéré à une "cellule terroriste" fondée par Ejjoud pour mener des attaques au Maroc. Ils étaient pour la plupart eux aussi barbus et habillés en tenue traditionnelle salafiste. Certains affichaient un visage impassible. Parmi eux un Hispano-Suisse, Kevin Zoller Guervos, âgé de 25 ans. Ce converti, surnommé "Abdellah" ou "Yahya", est accusé d'avoir appris aux principaux suspects à utiliser une messagerie cryptée, de "les avoir entraînés au tir" dans une salle de paintball, d'avoir participé à leurs réunions et planifié avec eux des attaques jamais mises en oeuvre, selon l'acte d'accusation.

Ce père de famille né dans la région de Genève se trouvait en Suisse au moment de l'assassinat, selon Me Saskia Distisheim, une avocate suisse dépêchée au Maroc par sa famille. "Mon fils n'est pas radicalisé, il aime le foot et la musique et il fume des joints", a déclaré sa mère à des journalistes avant l'audience.

"Ennemis d'Allah"

De nombreux journalistes étaient présents ce matin pour couvrir le début de ce procès, le sort des deux jeunes Scandinaves ayant suscité une grande émotion. Les deux amies partageaient le même appartement, suivaient les mêmes études en Norvège et voyageaient ensemble au Maroc pour leurs vacances. Leur périple s'est arrêté au pied des cimes enneigées du Toubkal, le plus haut sommet d'Afrique du Nord, dans le Haut-Atlas, à 80 kilomètres de la capitale touristique Marrakech.

Une vidéo montrant la décapitation de l'une d'elles, filmée par un des tueurs avec un téléphone portable, avait été diffusée sur les réseaux sociaux après la découverte des corps. Dans cette séquence d'une extrême violence, on entend un des tueurs parler d'"ennemis d'Allah" et de "revanche" pour des "frères" en Syrie. Une autre vidéo publiée dans la foulée montre les trois meurtriers présumés et un de leurs compagnons prêtant allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de Daesh. 

Niveau d'éducation "très bas"

Les principaux suspects avaient été arrêtés alors qu'ils tentaient de quitter Marrakech en autocar. Ils avaient sur eux des couteaux portant des marques de sang, selon l'acte d'accusation. Issus de milieux modestes, avec un niveau d'études et d'instruction "très bas", tous vivaient dans la précarité dans des quartiers déshérités de Marrakech, selon les enquêteurs. Leur chef présumé, Abdessamad Ejjoud, est un marchand ambulant sorti de prison en 2015.

Surnommé "Abou Moussab", il avait réuni autour de lui des hommes qui l'ont proclamé "émir". La cellule inspirée par l'idéologie de Daesh n'avait pas de "contact" avec des cadres opérationnels en Syrie ou en Irak, selon les enquêteurs. Daesh n'a pas revendiqué le double assassinat.

Ambre Lepoivre avec AFP