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"Rien n'a changé à Cuba", estime le dissident Guillermo Farinas

Chaise vide dans l'hémicycle du Parlement européen pour symboliser l'absence du dissident cubain Guillermo Farinas, qui a reçu symboliquement le prix Sakharov mercredi. Empêché de se rendre à Strasbourg pour recevoir ce prix "pour la liberté de l'esprit"

Chaise vide dans l'hémicycle du Parlement européen pour symboliser l'absence du dissident cubain Guillermo Farinas, qui a reçu symboliquement le prix Sakharov mercredi. Empêché de se rendre à Strasbourg pour recevoir ce prix "pour la liberté de l'esprit" - -

STRASBOURG/LA HAVANE (Reuters) - Empêché de se rendre à Strasbourg pour recevoir mercredi le prix Sakharov du Parlement européen, le dissident cubain...

STRASBOURG/LA HAVANE (Reuters) - Empêché de se rendre à Strasbourg pour recevoir mercredi le prix Sakharov du Parlement européen, le dissident cubain Guillermo Farinas estime, dans un message enregistré, que rien n'a changé dans son pays.

Le message, recueilli mardi au domicile de Guillermo Farinas à Santa Clara, dans l'est de l'île, a été diffusé en milieu de journée dans l'hémicycle de Strasbourg.

"Pour le malheur de ceux qui nous gouvernent mal, je considère que le fait de ne pas pouvoir sortir de cette île dans laquelle je suis né et de ne pas pouvoir revenir de façon volontaire est déjà en soi la preuve la plus aveuglante que rien n'a changé dans le système autocratique de mon pays", y dit-il.

Comme pour la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo, la semaine dernière à Oslo, une chaise vide avait été installée au pied de la tribune, ornée pour la circonstance du drapeau cubain.

Guillermo Farinas a demandé à l'Union européenne de ne pas apporter son soutien économique à Cuba "tant que le régime n'aurait pas libéré tous les prisonniers politiques et abrogé l'ensemble des lois incompatibles avec la déclaration universelle des droits de l'homme".

Le président du Parlement européen, le Polonais Jerzy Buzek, a lui-même lancé un appel au régime de Raul Castro pour la libération immédiate de tous les prisonniers politiques.

"Il (Guillermo Farinas) lutte pour la liberté d'opinion, pour la liberté d'expression à Cuba, au risque de sa santé et de sa vie", a-t-il déclaré en attribuant virtuellement au dissident le prix Sakharov "pour la liberté de l'esprit" décerné depuis 1988.

GRÈVE DE LA FAIM

Guillermo Farinas, docteur en psychologie et journaliste âgé de 48 ans, a mené une longue grève de la faim cette année pour réclamer la libération des prisonniers politiques cubains.

Son jeûne a duré 135 jours, au cours desquels il a frôlé la mort. Il l'a interrompu en juillet, à l'annonce de la libération de 52 dissidents incarcérés depuis 2003 dans le cadre d'un accord conclu entre l'Eglise catholique cubaine et le président Raul Castro.

A ce jour, 41 des prisonniers concernés ont été libérés. Tous, sauf un, ont accepté de s'exiler en Espagne. Selon le cardinal Jaime Ortega, chef de l'Eglise catholique cubaine, les autres recouvreront prochainement la liberté.

La dernière grève de la faim de Farinas, sa 23e, a joué un grand rôle dans les négociations entre les autorités cubaines et l'Eglise, et dans les pressions exercées sur La Havane par l'Union européenne et les Etats-Unis.

Avec Guillermo Farinas, c'est la troisième fois que le prix Sakharov distingue des dissidents cubains: les "Dames en blanc" (groupe de femmes manifestant pour la libération de leurs proches) l'avaient obtenu en 2005. Trois ans plus tôt, le prix avait été attribué à Oswaldo Jose Paya Sardinas.

Paya avait été autorisé à venir chercher son prix. Aucune représentante des "Dames en blanc", mères, épouses ou filles de dissidents, n'avait obtenu en revanche de visa.

Le gouvernement communiste cubain, qui considère les dissidents comme des mercenaires rémunérés par les Etats-Unis, n'a fait aucun commentaire.

Gilbert Reilhac à Strasbourg, Esteban Israel à La Havane, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser