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"Pathétique", "ridicule", "digne d'un enfant": le langage diplomatique de Trump fustigé après sa lettre à Erdogan

Donald Trump le 16 octobre 2019 à Washington

Donald Trump le 16 octobre 2019 à Washington - Brendan Smialowski - AFP

Régulièrement critiqué pour son niveau de langage, Donald Trump a de nouveau choqué les observateurs, après la diffusion d'une lettre qu'il a envoyée au président turc Recep Tayyip Erdogan.

Une lettre tellement surréaliste, que certains ont cru qu'elle était fausse. Mais non. Une lettre du président américain à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan a été dévoilée mercredi soir. Donald Trump y menace le président turc de représailles économiques s'il continue son offensive en Syrie, ce en des termes peu châtiés.

"Ne jouez pas au dur! Ne faites pas l'idiot! (...) Vous ne souhaitez pas être responsable du massacre de milliers de personnes, et je ne veux pas être responsable de la destruction de l'économie turque - ce que je ferai [si nécessaire]", écrit le président américain.

"Un enfant de maternelle aurait pu mieux l'écrire"

Les journalistes américains ont confirmé tour à tour qu'il s'agissait bien d'une lettre officielle de la Maison Blanche, ce qui a horrifié plusieurs commentateurs politiques. "Mal écrit", "pathétique", "ridicule", "un enfant de maternelle aurait pu mieux l'écrire", "illettré"... Les critiques ont déploré le vocabulaire pauvre et limité du chef d'État. 

"La lettre de Trump à Erdogan ressemble étrangement à la lettre que ma fille a écrite à mon fils (quand elle avait six ans)", a par exemple tweeté un analyste de la chaîne CNN.

David Gergen, ancien conseiller de plusieurs présidents américains, a déclaré sur CNN qu'il avait d'abord cru à un faux. Il a caractérisé le style présidentiel "d'une qualité adolescente" et assure que ce type de missive était "sans précédent" à la Maison Blanche.

Le vocabulaire "d'un élève américain niveau 5ème"

"Trump écrit comme ça depuis trois ans", temporise François Durpaire, consultant spécialiste des États-Unis de BFMTV. "Ce n'est pas vulgaire pour lui, c'est franc, c'est direct, et il s'adresse à son électorat (...) La première transcription de son échange avec le président indonésien, au début de son mandat, avait déjà choqué par le style grammatical très simple", rappelle-t-il.

En 2018, une professeure américaine s'était amusée à corriger les lettres de Donald Trump envoyées aux citoyens, et à les renvoyer à la Maison Blanche. Avant même qu'il soit officiellement président, une traductrice avait fait part à Slate de la différence de niveau linguistique entre Donald Trump et Barack Obama, écrivant que le président républicain avait un "vocabulaire très simple, comparable, à la louche, à celui qu’est censé posséder un élève américain niveau 5e".

Pas grand chose de si nouveau du côté des capacités linguistiques du chef d'État américain donc. Mais cette fois, on a "d'un côté les Kurdes qui se font massacrer et de l'autre une insoutenable légèreté. Il y a là un contraste édifiant", explique François Durpaire.

Trump "adapte son style à son interlocuteur"

Selon l'historien, il faut noter que Donald Trump "adapte son style au management de son interlocuteur. Pour lui, Recep Tayyip Erdogan est le Trump des Balkans, brut de décoffrage, il pense baigner dans le même bassin lexical que lui". Ce qui signifie également qu'il ne s'adresserait pas exactement de la même façon à un autre chef d'État: "Emmanuel Macron il lui donnerait plutôt du 'Cher Emmanuel'".

Le président américain s'est toutefois montré très fier de sa lettre, comme le rapportent plusieurs journalistes américains. "Trump a remis des copies de la lettre qu'il avait envoyée à Erdogan lors de la réunion d'aujourd'hui", rapporte un journaliste de l'Associated Press, "une tentative de montrer à tout le monde à quel point il avait été dur", selon les personnes présentes.

"Sa rhétorique est très forte, violente, mais il y a peu d'actes derrière", explique François Durpaire. "La vulgarité du style détourne les commentateurs ailleurs", ici de l'offensive militaire de la Turquie contre les Kurdes.

La lettre menaçante de Donald Trump est d'ailleurs datée du 9 octobre 2019, et n'a pas vraiment dissuadé le président turc, qui a lancé son attaque en Syrie le même jour.

Salomé Vincendon