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"On en a rêvé": Français installés à l’étranger, ils racontent leur déconfinement

Des supporters des Yankees de New York attablés sur la terrasse d'un restaurant le 1er avril 2021 à l'occasion du lancement de la saison de baseball aux Etats-Unis.

Des supporters des Yankees de New York attablés sur la terrasse d'un restaurant le 1er avril 2021 à l'occasion du lancement de la saison de baseball aux Etats-Unis. - Spencer Platt / GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Danser à Tel-Aviv, pouvoir sculpter à nouveau avec ses camarades anglais, partager un repas avec des amis à Brooklyn… Cinq Français dont certains binationaux racontent à BFMTV.com le déconfinement qu'ils vivent dans leur pays de résidence. Joie, crainte, impatience, leurs regards varient sur l'évolution de la pandémie.

"Mes parents me disent que j'ai deux-trois ans d'avance sur eux". À seulement 20 ans, Carla est vaccinée contre le Covid-19, son père pas encore. La raison principale: elle réside en Israël, lui en France. Tandis que l'Hexagone entame cette semaine sa première étape du déconfinement qui doit en théorie s'achever le 30 juin, l'Etat hébreu poursuit sa réouverture, tout comme le Royaume-Uni et les États-Unis.

Trois pays où cinq Français ont donné à BFMTV.com leur ressenti face à une crise sanitaire qui les a parfois éloignés de leurs proches mais qui, pour certains, semble désormais derrière eux.

"La vie 'coronavirus', on la sent finie en Israël”, confie Carla.

En Israël, "plus aucune peur sur les visages"

Cette étudiante française, partie seule il y a an et demi en Israël faire son alyah et installée depuis fin 2019 à Netanya, était censée rentrer en France pour fêter la Pâque juive chez ses parents en 2020. Le Covid-19 en a décidé autrement. Sa nouvelle vie s'est alors "complètement arrêtée", elle a toutefois préféré ne pas rentrer pour ne pas "mettre en danger" ses proches.

Trois confinements plus tard et une solide campagne de vaccination menée par les autorités, Carla a pu retrouver un moment de liberté encore impossible en France: "deux ou trois jours après ma première dose, je suis sortie avec mon copain au restaurant à la plage un soir et j'y ai mangé mon plat préféré: des lasagnes".

"C'était un petit resto, mais le fait de se dire qu'on s'est bien habillé pour l’occasion, qu'on nous serve et qu'on ne mange pas chez soi, c'était comme si c'était un endroit incroyable", nous décrit-elle, "ce sont des choses dont on a rêvées".

Depuis le 18 avril, il n'est plus obligatoire de porter le masque en extérieur en Israël. Si Carla s'en est gentiment vanté à ses amis sur les réseaux sociaux, elle estime que la fin de cette restriction a aussi une incidence sur le comportement des gens: "les Israéliens respectent désormais davantage le port du masque en intérieur, car ils savent qu'ils ne le portent plus que pour un petit moment". Quelques jours plus tôt, la jeune franco-israélienne (naturalisée depuis août 2020) avait pu fêter Yom Ha'atzmaout célébrant l'indépendance du pays.

"C’était la folie tout simplement, il y avait des gens partout dehors sans masque, certains au-dessus des camions. On aurait dit une parade ou un carnaval, il n'y avait plus aucune peur sur les visages".

"Mes potes ils pleurent quand je leur raconte ça"

Son ami Jarod a profité d'une manière encore plus festive de cette journée. Lui et ses amis sont partis à treize au Shalvata, une discothèque ou plutôt un beach club de Tel-Aviv, la plupart des scènes se trouvant en extérieur là-bas.

"Déjà c’est moins dangereux", estime le Français également parti obtenir sa citoyenneté israélienne. "Il y avait un monde de fou, la boîte explosait, à partir de 23h, il n'y avait plus de tables, heureusement j'en avais réservé une avec mes amis", ajoute-t-il fièrement, "je dansais avec mes potes aussi et on n'était pas proche des autres personnes présentes".

Des centaines de personnes sans masque - sauf à de rares exceptions - heureuses d'un retour à la vie normale, ou presque. Il faut dorénavant présenter devant les videurs son précieux sésame: un QR code attestant de sa vaccination contre le coronavirus.

"Mes potes en France ils pleurent quand je leur raconte ça, ils voient les nouvelles aussi, me demandent quel vaccin j'ai eu, me disent qu'Israël leur manque encore plus", relate Jarod.

"Comme si Londres se réveillait"

Inès, elle, préfère ne pas narguer ses amis dans l'Hexagone. Travaillant dans l'administration publique de la ville de Londres, cette Française de 25 ans se rappelle des périodes où l'Angleterre était confinée et non la France: "il y a eu des moments où moi je ne pouvais rien faire et mes potes, eux, pouvaient se voir".

Aujourd'hui, l'épidémie connaît un très net recul au Royaume-Uni où des concerts-tests ont eu lieu le week-end dernier à Liverpool. En attendant, Inès peut profiter à nouveau de son pub préféré à Brixton au sud de Londres: le Duke of Edinburgh.

"On avait réservé avec des amis plusieurs semaines à l'avance pour être sûrs d'avoir un spot le jour de la réouverture (le 12 avril, NDLR), on avait l'impression de revivre, comme si la ville se réveillait, ça nous a donné un sentiment d'espoir", raconte celle qui vit depuis bientôt huit ans dans la capitale britannique.

Reste que l'envie de se prendre une pinte ne peut encore se faire de manière spontanée et que les pubs doivent - eux aussi - se soumettre à un protocole sanitaire précis: "on doit être six personnes max, tu ne peux pas bouger ta table, tu ne vas pas rencontrer de nouvelles personnes et donc agrandir ton cercle social [...] ça n'est pas encore comme avant”.

"Tout le monde avait la banane"

Qu'importe pour Sabine qui habite dans le quartier de Hammersmith depuis 2008 et se réjouit de cette "excitation ambiante" qui regagne les rues londoniennes.

"Les serveurs étaient débordés et désolés car ils avaient perdu les réflexes et l’attente était longue. Mais on les excusait, les gens étaient tellement contents de reprendre leur business, tout le monde avait la banane", décrit cette Française de 52 ans qui raconte avoir bravé "un froid de gueux" pour s'installer sur la terrasse d'un restaurant italien près du marché de Portobello à Notting Hill, "en temps normal, on n’aurait jamais dîné dehors, là on voulait se prouver qu’il ne faisait pas froid".

La mère de famille a surtout pu profiter à nouveau d'une activité artistique qui lui est chère: la sculpture.

"Depuis quelques jours, les cours ont repris et cela faisait un an qu'ils s'étaient arrêtés", s'enthousiasme Sabine qui, bien qu'ayant perdu un peu la main, fait part de sa grande joie de se retrouver à nouveau dans une grande salle aux côtés de plusieurs autres personnes autour d’une même passion, "avec des masques encore parce que c'est à l’intérieur".

"Je suis allé voir quatre potes, j'ai craqué"

Vacciné au Moderna, Pierre, qui habite aux Etats-Unis, n'a pas attendu sa seconde dose pour revoir ses amis en privé, des retrouvailles en petit comité qui le font toutefois culpabiliser :

"Je suis allé voir quatre potes, j’ai craqué, c’était hypocrite. Ce qui aurait été correct c'est d'attendre deux semaines après la deuxième dose", estime-t-il.

Les autorités américaines visent une "réouverture complète" de New York au 1er juillet, une perspective qui ravit Pierre, attendant impatiemment la reprise du foot en salle: "c'est affreux, ça fait plus d'un an que je n'ai pas joué".

Voyages, concerts et "méga-fête"

Aujourd'hui, à l'aube d'une sortie de crise peut-être définitive dans leurs pays respectifs, chacun désire pouvoir bénéficier de nouvelles libertés. Pour Inès et Jarod, celle de pouvoir rentrer plus facilement en France pour y retrouver leurs proches et voyager. Sabine, elle, veut surtout faire une "méga-fête" avec ses amis londoniens.

Si elle n'a pas encore pu se rendre en boîte de nuit, Carla souhaite avant toute chose assister à un concert: "j’aimerais bien aller voir Omer Adam (un chanteur israélien) et je sais que les places sont limitées et réservées aux personnes vaccinées. Est-ce qu'il n'y a aucun risque? Je n'en suis pas sûre à 100%".

Hugues Garnier Journaliste BFMTV