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Syrie: les jihadistes se sont déguisés en forces kurdes pour massacrer des civils à Kobané

Des proches de victimes des attentats à la voiture piégée commis dans la nuit du 25 juin, à Kobané.

Des proches de victimes des attentats à la voiture piégée commis dans la nuit du 25 juin, à Kobané. - Ilyas Akengin - AFP

Le 25 juin, les jihadistes du groupe État islamique ont à nouveau pénétré dans Kobané, cette ville syrienne kurde dont ils avaient été chassés en janvier, et y ont perpétré l'un de leurs pires massacres. En 24 heures, plus de 230 civils, hommes, femmes et enfants, ont été délibérément visés et assassinés. Pour tromper leurs victimes, les jihadistes avaient revêtu des uniformes semblables à ceux des YPG, les combattants kurdes de Syrie.

Le 25 juin dernier, le groupe État islamique commettait l'un de ses pires massacres en Syrie. Ce jour là, les combattants de l'organisation jihadiste ont mené un assaut surprise contre Kobané, cette ville syrienne kurde, située à la frontière avec la Turquie, qui avait été libérée de l'emprise de Daesh en janvier dernier. Plus de 230 civils, hommes, femmes et enfants, ont ainsi été massacrés - tués par balles, par des tirs de roquettes ou de grenades, ou à l'aide de couteaux, par des tireurs à pied ou embusqués - en l'espace de 24 heures, avant que les jihadistes ne soient chassés de Kobané par les forces kurdes

Des assaillants déguisés en combattants kurdes

Mais l'horreur ne semble pas s'être arrêtée là. Dans un rapport publié vendredi, l'ONG Human Rights Watch, qui se base sur le récit de témoins ayant survécu à l'assaut, explique que les jihadistes ont cherché à tromper leurs futures victimes et à gagner leur confiance en se grimant en combattants des forces kurdes, les YPG (Unités de protection du peuple), ou de l'Armée syrienne libre, en enfilant des uniformes ressemblants. Une méthode d'action visant à terroriser les populations locales et faire le maximum de victimes, et qui laisse peu de doute quant au caractère planifié de l'attaque.

L'assaut aurait ainsi commencé aux alentours de 4 heures du matin, lorsque les jihadistes ont fait exploser trois voitures piégées dans la ville, avant de sillonner les rues en voiture ou à pied, en tirant sur tous les civils croisés dehors, parfois depuis les toits. Certains assaillants sont même allés jusqu'à suivre les habitants jusqu'à leur domicile, pour y assassiner des familles entières, quand d'autres ont délibérément tué des passants qui cherchaient à porter secours à des civils blessés gisant au sol.

Des témoignages accablants

"Ils nous ont tiré dessus intentionnellement, nous ne sommes pas des combattants, nous cherchions juste à nous rendre à l'hôpital", témoigne Fatima, 33 ans, qui se trouvait dans sa voiture avec son mari au moment de l'attaque, alors qu'elle se rendait à l'hôpital pour y reconnaître le corps de son père, mort la veille des suites d'une maladie. Visé par des tirs de Daesh, son mari a été tué. Fatima a été touchée par trois balles, à la jambe et au bras.

"Nous avons vu deux voitures remplies de femmes et d'hommes dans des uniformes des YPG. Nous avons cru qu'ils étaient des membres des YPG et ne nous sommes pas doutés qu'il y avait un problème", raconte Fatima. "Ils nous ont visé et ont commencé à tirer. Ils ont tué mon mari et son ami".

Dans une vidéo publiée sur le site de Human Rights Watch, et visible ci-dessous, Mohammed raconte avoir perdu onze membres de sa famille lors de cette attaque. "J'ai entendu des bruits de balles dehors, aux alentours de 4h30. Mon jeune frère est sorti, pour voir ce qu'il se passait. Un groupe d'hommes armés lui a tiré dessus", raconte-t-il. "Sa femme est sortie à son tour. Elle a vu son mari gisant sur le sol. Alors qu'elle essayait de le relever, ils lui ont également tiré dessus". 

Selon les chiffres de Human Rights Watch, entre 233 et 262 civils auraient été massacrés par le groupe État islamique au cours de cet assaut, la plupart le 25 juin, entre 4 heures du matin et le milieu de la matinée.