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La "no-satisfaction zone" de la coalition nationale syrienne en visite à Paris

Poignée de main sur le perron de l'Elysée entre Ahmad al Jarba et François Hollande.

Poignée de main sur le perron de l'Elysée entre Ahmad al Jarba et François Hollande. - -

L'opposition syrienne a été reçue par François Hollande ce mercredi. Bilan: des échanges satisfaisants mais pas que...

Deux jours d'une visite du plus haut niveau: la quasi-totalité de la direction de la Coalition Nationale Syrienne (opposée au régime d'Assad) est passée en visite officielle à Paris. Rencontre avec la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée Nationale, puis avec le Quai d'Orsay, et enfin l'Élysée.

La Coalition n'aura pas d'interdiction aérienne ("no-fly zone"). Au bout de 48 heures, la Coalition peut en être sûre! Car à New York, nous rappelle-t-on, le Conseil de Sécurité a voté contre à trois reprises, la France ne peut faire des miracles, c'est le ton utilisé dans les couloirs de l'Élysée.

Il faudra penser à autre chose de concret, de l'aide civile et qui sait -- en fait, on sait déjà que non -- de l'aide militaire.

Un peu de plaisir, et beaucoup de malaise

Certes quelques phrases ont fait plaisir à la Coalition, comme celle-ci: "Vous êtes les seuls représentants légitimes du peuple syrien". Et d'autres phrases ont fait plaisir aux gouvernants de la République: "Nous n'avons aucun lien avec les extrémistes religieux." Voici ce qu'on répété Ahmad al-Assi al-Jarba, président de la Coalition, et Selim Idriss chef militaire de l'Armée Syrienne Libre.

Mais ce plaisir est furtif, et quelque peu feint. Est arrivée la phrase qui fait mal: la France ne peut donner d'armes sans l'assurance qu'elles ne tomberont entre les mains des extrémistes, tels que le front al-Nosra ou les autres djihadistes, tous rattachés mollement à al-Qaïda.

Les Syriens libres ont beau dire qu'ils contrôlent bien les voies de distribution, ils n'ont manifestement convaincu personne. Du moins personne ne veut annoncer avoir été convaincu.

La France voudra des garanties, alors il faudra inventer une manière de garantir la bonne livraison des armes en pleine guerre civile à trois bandes -- régime, al-Qaïda, Armée syrienne libre. Les couloirs humanitaires ont été évoqués -- les officiels évitent de dire l'expression qui est pleine de sous-entendus interventionnistes. Il ne s'agit pas de couloirs encadrés par la force militaire, mais de quelque chose d'autre, à définir nous dit la partie française.

Al-Jarba, juste avant de s'engouffrer dans la voiture officielle, a déclaré qu'il en avait parlé avec Hollande. La presse n'a pu lui poser aucune question.

Pourquoi tant d'hésitations françaises et occidentales: Non, pas grand chose n'est sorti de cette rencontre importante. En réalité, la France ne peut défier l'ONU paralysée par la Russie au Conseil de Sécurité.

Si les Occidentaux armaient l'Armée syriene libre en missiles anti-aérien, alors ce matériel nous mettrait en guerre quasi ouverte avec les avions et hélicoptères russes. Et enfin, si nos missiles finissaient entre les mains des amis d'al-Qaïda, ce serait à la Russie de sauver le régime Assad afin de détruire al-Qaida.

François Hollande ne peut qu"hésiter. Et l'insatisfaction des Syriens libres ne peut être que complète.

Harold Hyman