BFMTV

La Palestine, Etat observateur à l'ONU : quels enjeux ?

Mahmoud Abbas à l'ONU en 2011.

Mahmoud Abbas à l'ONU en 2011. - -

Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, bataille depuis des années pour la reconnaissance d'un Etat palestinien à part entière. Le nouveau statut probablement voté par l'Assemblée générale de l'ONU jeudi va dans ce sens.

Aux côtés d'une majorité des 193 Etats de l'ONU, la France s'apprête à voter ce jeudi une résolution permettant à la Palestine de se voir reconnaître le statut d'Etat observateur à l'ONU. Mais que recouvre exactement cette réalité ? Comment ce statut va-t-il changer la donne ?

Une valeur plus symbolique que juridique

Le statut d'Etat observateur non membre ne constitue pas la reconnaissance d'un Etat à part entière avec tous les droits s'y rattachant. Comme le souligne Jean-François Daguzan, directeur adjoint à la Fondation pour la recherche stratégique, ce statut "ne confère pas tout les droits d'un Etat membre des Nations unies. La valeur est symbolique, c'est un état de préfiguration de statut de membre". Autrement dit, une étape intermédiaire.

Frédéric Encel, professeur de relations internationales à l'ESG Management School et maître de conférences à Sciences-Po Paris, fait le même constat. Mais ajoute-t-il "les symboles ont une importance très grande dans cette région".

La possibilité de saisir la Cour pénale internationale

Le statut d'Etat observateur non membre ouvrirait d'après les diplomates, une nouvelle possibilité à l'Autorité palestinienne, celle de saisir la Cour pénale internationale (CPI). Laurent Fabius a prévenu mercredi contre le "risque" que constituerait cette saisine, créant un obstacle à la reprise des négociations de paix entre Palestiniens et Israéliens.

Pour Frédéric Encel, cette saisine est un faux problème. Selon lui, "cette prérogative n'est pas fondamentale dans la mesure où elle existe déjà. Un Etat peut très bien saisir la CPI au profit d'un autre Etat, ou d'ailleurs d'un groupe de population. C'est exactement ce qui s'est passé avec l'histoire du mur il y a quelques années quand la CPI a été saisie par trois Etats arabes" (NDR : un avis du 9 juillet 2004 a statué que ce mur était illégal). 

En revanche, nuance-t-il, si l'Etat non membre de Palestine caressait le dessein de saisir la CPI "pour toutes sortes de raisons, à commencer par les implantations à Jérusalem-Est, cela ne ferait que bloquer un peu plus le processus de paix". Du côté du gouvernement israélien, cela lui donnerait "un argument supplémentaire pour protester contre la mauvaise volonté des Palestiniens à négocier directement".

Pousser Israël à la négociation

En parlant d'un processus de paix qui ne peut être davantage bloqué qu'actuellement, Jean-François Daguzan souligne que cette résolution est aussi un moyen de faire pression sur les Israéliens pour qu'ils reviennent à "la table des négociations". Elle est le résultat "d'un travail de tranchée de l'Autorité palestinienne qui tend à grignoter morceau par morceau sa légitimité en raison du blocage des Israéliens". Le but serait de faire admettre aux autorités israéliennes qu'elles "ont plus à gagner" en acceptant et n'ont pas d'intérêt à "détricoter le travail diplomatique engagé depuis tant d'années".

Jean-François Daguzan explique que cette résolution "arrange" aussi au fond, sans qu'ils puissent le dire les Etats-Unis, qui voudraient aussi amener Israël à négocier.

David Namias (article) et Emeline d'Harcourt (sujet vidéo)